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La transition énergétique en Suède

  • Source : Ifri

Le 10 juin 2016, les 5 principaux partis politiques suédois ont conclu un accord sur la politique énergétique du pays(1). Il y est notamment fixé comme objectifs que la Suède ne soit plus émettrice nette de gaz à effet de serre à l’horizon 2045 et que la production électrique nationale provienne en intégralité des énergies renouvelables dès 2040(2). Il y est également annoncé la suppression progressive entre 2017 et 2019 de la taxe portant sur la puissance thermique des tranches nucléaires, soulageant ainsi la filière alors que des fermetures de réacteurs étaient annoncées(3). Cet accord reflète la transition énergétique suédoise qui a largement reposé sur les énergies renouvelables et nucléaire, aux côtés des actions d’efficacité énergétique.

Dans cette étude publiée par le Centre Énergie de l’Ifri, Michel Cruciani détaille les caractéristiques de cette transition énergétique, souvent citée en exemple. La Suède ne dispose pas de réserves fossiles significatives mais du premier gisement forestier d’Europe et s’est tournée de façon pragmatique vers des sources « décarbonées » (hydroélectricité, nucléaire, biomasse) pour assurer ses besoins énergétiques.

Taxe carbone et « certificats verts »

En 1991, le gouvernement suédois a encouragé cette « décarbonation » avec la mise en place d’une taxe(4) sur les émissions de CO2. La création de cette taxe et les subventions de collectivités en faveur des réseaux de chaleur ont notamment permis de fortement développer les bioénergies. Ces réseaux de chaleur assurent aujourd’hui plus de la moitié des besoins en chaleur du pays et ils sont alimentés à près de 62% par du bois énergie en 2014 (et à seulement 9,2% par des combustibles fossiles).

La Suède a également mis en place en 2003 un système de « certificats verts » ayant permis de développer les énergies renouvelables à un prix « remarquablement modéré » selon Michel Cruciani. Ce système consiste à octroyer à certains producteurs d’électricité d’origine renouvelable(5) des certificats pour chaque MWh vendu sur des plateformes dédiées. Dans le même temps, les fournisseurs d’électricité doivent remettre chaque année un nombre de certificats proportionnel à leurs ventes (7,5% de leurs ventes en 2003, 18% en 2010, probablement 20% en 2020).

Objectif « zéro carburants fossiles » pour les transports

Pour renforcer sa sécurité énergétique(6), la Suède a, comme la France, développé un important parc nucléaire(7) (en complément de son parc hydroélectrique) avec la construction de 12 réacteurs nucléaires entre 1972 et 1985. Le parc nucléaire actuel, composé de 10 réacteurs, a généré 54,3 TWh en 2015, soit 34,3 % de la production électrique suédoise(8). Couplé à l’hydroélectricité et aux autres énergies renouvelables, ce parc permet à la Suède de disposer d'une production électrique « décarbonée » à plus de 98%. Le pays se distingue en outre des autres États membres de l’Union européenne par l’importance de l’électricité dans sa consommation d’énergie finale (près de 33% contre moins de 22% en moyenne dans l’UE).

Dans le secteur des transports(9), la Suède ambitionne de disposer d’un parc de véhicules indépendant des carburants fossiles en 2030 (en combinant pénalités et subventions en faveur des motorisations alternatives pour y parvenir) mais cet objectif semble difficile à atteindre. Notons que si la Suède a très peu recours au gaz dans son mix énergétique, elle a favorisé l’usage du biométhane parmi les carburants alternatifs (le pays comptant à lui seul pour 67% de la consommation européenne de biogaz carburant dans l’Union européenne(10)).

Si le modèle énergétique de la Suède est souvent cité en exemple dans l’Union européenne, c’est in fine principalement dû à l’empreinte carbone de ce pays, la plus faible de l’UE alors même que l’intensité énergétique de la Suède reste relativement élevée (en raison de l’importance de son industrie dans le PIB). Selon cette étude, un Suédois émet en moyenne 23% de gaz en effet de serre en moins qu’un Français et 2 fois moins qu’un Allemand(11).

Lire l'étude :
Energie en Suède
Sources / Notes
  1. Framework agreement between the Swedish Social Democratic Party, the Moderate Party, the Swedish Green Party, the Centre Party and the Christian Democrats 
  2. Bien qu’il soit mentionné que cet horizon ne constitue pas une « deadline » pour la fin de la production nucléaire.
  3. L’électricien OKG envisageait la fermeture de 2 de ses réacteurs, suite aux nouvelles exigences de sûreté.
  4. Comme ses pays voisins qui ont instauré une taxe similaire au début des années 1990.
  5. Pour les filières éligibles dont ne font notamment pas partie les anciens barrages hydrauliques.
  6. En 1973, les produits pétroliers comptaient pour près de 72% de la consommation d’énergie primaire de la Suède.
  7. Qui est devenue la première source d’énergie primaire du pays en 1986.
  8. Production nucléaire de la Suède, données de l'AIEA.
  9. Qui absorbe l’essentiel des produits pétroliers consommés par la Suède (25% du mix national en consommation fiale).
  10. La Suède construit actuellement un second terminal méthanier principalement destiné à cet usage.
  11. 5,8 tonnes équivalent CO2 par an par habitant en Suède contre 7,5 t éq.CO2/an en France et 11,6 t éq.CO2/an en Allemagne.