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Marché du charbon vapeur en 2016 : le choc de l’offre

  • Source : Ifri

Après cinq ans de baisse continue, les prix du charbon « vapeur » (type de charbon principalement utilisé dans les centrales thermiques et dans certaines industries, notamment pour fabriquer du ciment) ont doublé entre le début et la fin de l’année 2016, tant en Europe qu’en Asie. La demande mondiale de charbon, qui provient toujours pour moitié de la Chine, a pourtant baissé en 2016.

Dans cette étude publiée par le Centre Énergie de l’Ifri, Sylvie Cornot-Gandolphe explique cette remontée des prix qui peut sembler « paradoxale », dans le contexte d’une consommation mondiale « en berne ». Elle fait état des grandes évolutions en 2016 sur les différents marchés charbonniers en matière d’offre et de demande et analyse en particulier la baisse de la production chinoise qui est principalement responsable de la hausse des prix. 

En effet, parmi les différentes réformes mises en œuvre par la Chine pour diminuer ses surcapacités de production (5 600 des 11 000 mines de charbon du pays doivent être fermées d’ici à 2020) et réduire la pollution locale, Pékin a imposé en avril 2016 aux compagnies minières du pays une réduction du nombre de jours ouvrés dans les mines (de 330 à 276 jours par an). Cette restriction a entraîné une chute de la production nationale qui a dû être compensée par une forte hausse des importations à l’été 2016, pour faire face à la remontée de la demande intérieure (hausse de la demande d’électricité liée aux températures élevées, problèmes d’approvisionnement dans le Shanxi, etc.).

De 2011 à 2016, les capacités mondiales de production de charbon vapeur ont été fortement réduites en raison des faibles prix de marché : fermetures de mines, faillites d’entreprises (en particulier aux États-Unis), réduction des investissements par les compagnies minières, etc. L’accroissement soudain des importations chinoises à l’été 2016 a eu pour effet de « retourner le marché international d’une situation excédentaire à un marché tendu, et de faire grimper les prix internationaux », précise Sylvie Cornot-Gandolphe.

Le gouvernement chinois a depuis assoupli temporairement sa réforme de l’offre afin de limiter la hausse des prix domestiques du charbon(1). Selon Sylvie Cornot-Godolphe, c’est « l’adaptation plus ou moins rapide de la capacité de production chinoise et les réglementations mises en place par le gouvernement » qui dictent et vont encore dicter l’évolution des cours du charbon au niveau international.

L’Inde a certes été le premier importateur mondial de charbon en 2015 (à nouveau dépassé par la Chine en 2016) mais ce pays souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis des importations de charbon vapeur et ne devrait pas être « le relais de croissance espéré par les exportateurs mondiaux de charbon » (Indonésie et Australie en tête). Les marchés charbonniers devraient s’appuyer davantage sur la demande d’autres marchés asiatiques : le Japon, la Corée du Sud et Taïwan constituent collectivement la première région importatrice du monde et les pays émergents d’Asie du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande, Philippines, Vietnam) sont considérés comme « le dernier bastion d’accroissement des importations de charbon ».

La hausse brutale des prix du charbon vapeur sur les marchés en 2016 constitue, pour Sylvie Cornot-Gandolphe, « une leçon à tirer pour tous les marchés énergétiques cycliques qui connaissent actuellement la même situation de sous-investissement (pétrole et gaz) », la hausse des importations chinoises ayant suffi, dans le cas du charbon vapeur, à créer au 2e semestre 2016 des tensions sur l’offre qui tendent aujourd’hui à se résorber.

Lire l'étude :
Marché du charbon vapeur en 2016
Sources / Notes
  1. Pour maintenir les prix dans une fourchette de 500 à 570 yuans (73 à 83 $) par tonne, le gouvernement a mis en place en janvier 2017 un mécanisme basé sur la fluctuation du nombre de jours ouvrés dans les mines (entre 276 et 330 jours) pour ajuster l’offre à la demande selon l’évolution des prix domestiques, précise Sylvie Cornot-Gandolphe.

Site du Centre Énergie de l’Ifri