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Un data center « connecté » à des batteries usagées de voitures électriques

Data center de Saint-Romain-de-Colbosc

Webaxys vise à optimiser au maximum la consommation électrique au sein de son data center de Saint-Romain-de-Colbosc inauguré le 21 juin. (©Eaton) 

Inauguré la semaine dernière, le data center de Saint-Romain-de-Colbosc près du Havre (Seine-Maritime) dispose d’un système de stockage d’électricité basé sur des batteries usagées de véhicules électriques. Explications.

Une seconde vie pour les batteries de Nissan Leaf

Les data centers visent à stocker et sécuriser un nombre gigantesque de données provenant principalement d’ordinateurs et d’équipements de télécommunication. Ils doivent être disponibles en permanence et être à ce titre alimentés de façon continue en électricité, notamment pour refroidir les serveurs(1). Des unités de production renouvelables, principalement photovoltaïques, sont de plus en plus installées au sein de ces data centers pour les rendre moins dépendants du réseau électrique traditionnel. Cette intégration se heurte toutefois à la contrainte de l’intermittence de ces unités de production.

Le nouveau data center de Saint-Romain-de-Colbosc, inauguré par la PME normande Webaxys (hébergeur et opérateur télécom pour entreprises), pourrait s’affranchir en partie de cette contrainte grâce à un système de stockage d’électricité à partir de batteries « usagées » de voitures électriques. Fournies pas Nissan, ces dernières proviendront des berlines Leaf du groupe, les voitures 100% électriques les plus vendues au monde(2).

Lorsque les batteries de ces véhicules ne disposent plus de leur pleine capacité (24 kWh ou 30 kWh), elles doivent être remplacées. Or, leur capacité de stockage résiduelle (typiquement 17 kWh) reste par exemple suffisante pour alimenter un onduleur. Au lieu d’être directement recyclées, les batteries pourront ainsi être réutilisées dans des data centers pour une durée d’au moins 10 ans(3). Elles pourront y stocker de l’électricité provenant d'installations renouvelables ou à partir du réseau lorsque le prix sur les marchés de gros est peu élevé. La société américaine Eaton, spécialisée dans les solutions de gestion de l’énergie, a fourni les onduleurs et autres équipements informatiques permettant d’optimiser le stockage et la distribution d’électricité sur le site.

Au total, le data center de Saint-Romain-de-Colbosc est composé de 30 « baies de stockage » (unités de sauvegarde des données) dont 4 sont aujourd’hui « autonomes en énergie » selon Webaxys grâce à l’intégration de 60 m2 de panneaux photovoltaïques sur la toiture et au stockage d’électricité par batterie associé. Les 26 autres sont actuellement alimentés par le réseau électrique, l’hébergeur ayant conclu un contrat EDF dit « énergie verte ».  

Pour des data centers plus « green »

Le système mis en place à Saint-Romain-de-Colbosc a été développé dans le cadre du projet européen GreenDataNet qui vise à développer des data centers plus économes en énergie et respectueux de l'environnement. Pour rappel, les data centers absorberaient actuellement 1,5% à 2% de la consommation annuelle d’électricité dans le monde.

Si la consommation électrique des data centers a fortement augmenté depuis 2000, elle pourrait toutefois connaître une croissance moins rapide dans les années à venir (prévision de 4% de hausse aux États-Unis entre 2014 et 2020) grâce aux actions d’efficacité énergétique selon une étude du laboratoire américain Lawrence Berkeley qui vient d’être publiée(4). Les hébergeurs y ont tout intérêt, sachant que leurs factures d’énergie peuvent atteindre jusqu’à 50% des coûts d’exploitation des data centers.

Pour le grand public, l’impact du numérique sur la consommation d’électricité reste souvent très sous-estimé. Webaxys rappelle par exemple que l’envoi d’un mail avec pièce jointe de 1 Mo transitant sur différents serveurs entraîne à lui seul une consommation aussi importante qu’une ampoule basse consommation de 20 watts allumée pendant une heure(5). La somme de ces pratiques individuelles aboutit à des ordres de grandeur assez marquants. En 2014, la consommation électrique des data centers aux États-Unis dépassait notamment celle de nombreux pays européens comme le Portugal, la République Tchèque ou encore la Suisse.