Guerre au Moyen-Orient: Equinor ne voit pas de normalisation avant six mois

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le géant énergétique norvégien Equinor, porté par la flambée des cours due à la guerre au Moyen-Orient, dit ne pas s'attendre à un retour à la normale sur le marché mondial du pétrole et du gaz avant au plus tôt six mois.

Le groupe contrôlé majoritairement par l'Etat norvégien a annoncé mercredi avoir dégagé un bénéfice net de 3,1 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 18% sur un an.

A l'instar de ses pairs en Europe comme TotalEnergies et BP, Equinor tire parti de l'envolée du prix des hydrocarbures déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, notamment grâce à ses activités de négoce.

Déclenchée le 28 février par l'offensive des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, la guerre a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, corridor stratégique où transitent habituellement environ 20% du pétrole brut mondial.

La chute brutale de l'approvisionnement qui a suivi a provoqué une flambée des cours.

"Même si la paix devait revenir maintenant, cela prendra du temps -- on pense au minimum six mois -- avant que la situation revienne à la normale", a estimé le directeur général d'Equinor, Anders Opedal, au micro de la radio NRK.

"De nombreux navires sont bloqués (dans le Golfe persique, ndlr), de nombreux autres sont éparpillés dans le monde et doivent revenir, et cela prendra donc un peu de temps", a-t-il ajouté, tout en disant souhaiter une normalisation car "personne n'a rien à gagner de cette guerre".

Au premier trimestre, Equinor a aussi affiché une production d'hydrocarbures record, à 2,3 millions de barils équivalent-pétrole par jour.

Cela représente une hausse de 9% par rapport à la même période de 2025, grâce à trois gisements dans les eaux norvégiennes, dont Johan Castberg en mer de Barents.

Indicateur préféré du groupe, le résultat d'exploitation ajusté, qui gomme certains éléments exceptionnels, a progressé de 13%, à près de 9,8 milliards de dollars, nettement au-delà du consensus des analystes (9 milliards).

L'action, qui a pris 49% en trois mois à la Bourse d'Oslo, chutait de 7,7% en fin de matinée. Un recul imputé par des analystes au reflux du cours des hydrocarbures, Donald Trump ayant fait état "de grands progrès" dans les négociations avec l'Iran.

- Profiteur de guerre? -

Plus gros producteur d'hydrocarbures d'Europe hors Russie, la Norvège a mis les bouchées doubles pour approvisionner le continent européen, dont la vulnérabilité en matière énergétique a été mise en lumière par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.

Les immenses recettes supplémentaires engrangées à cette occasion ont valu au pays scandinave d'être taxé de "profiteur de guerre".

"Bien sûr, la guerre pousse les prix du pétrole et du gaz vers le haut, on ne peut rien faire face à ces guerres, nous n'y sommes pas impliqués et n'avons aucune prise sur les décisions qui les entourent", a contré M. Opedal auprès de NRK.

"Nos clients apprécient énormément que la Norvège et Equinor soient un fournisseur de long terme sur lequel ils peuvent compter aussi bien dans les périodes favorables que dans les périodes plus difficiles comme maintenant", a-t-il fait valoir.

Les revenus exceptionnels dégagés par les compagnies pétrolières ont relancé le débat sur une taxation des superprofits en Europe.

"Il est clair que nous gagnons beaucoup grâce à des prix élevés. Mais en même temps, on paie de fortes taxes. La plupart de nos revenus viennent de Norvège et le taux de taxation y est déjà de 78%", a souligné M. Opedal.

Equinor est, de surcroît, contrôlé à 67% par l'Etat norvégien, qui engrange donc une très grande partie des dividendes, ensuite versés dans le fonds souverain du pays, le plus gros au monde.

Sur les trois premiers mois de l'année, le groupe a par ailleurs accru de 29% sa production dans les énergies renouvelables, à 1,39 TWh.

Mais, a noté M. Opedal, ce secteur pâtit de coûts élevés de construction dans l'éolien en mer, d'une désaffection pour l'hydrogène et d'une demande atone dans le transport et le stockage du CO2.

"Cela fait qu'on doit repousser (nos) investissements", a affirmé le patron d'Equinor.

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