L'Europe a besoin du pétrole et gaz russe pour "survivre", en pleine crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient, a estimé jeudi l'émissaire russe pour les questions économiques, Kirill Dmitriev.
Les hydrocarbures russes font l'objet de sanctions occidentales depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, mais les pays européens continuent d'en importer sous diverses formes ou via des pays tiers.
La volatilité du marché de l'énergie en raison de la guerre israélo-américaine contre l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont même poussé certains pays, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, à assouplir les restrictions existantes sur le pétrole russe.
"Le monde est au seuil d'une très grave crise énergétique à cause de l'instabilité au Moyen-Orient", a constaté M. Dmitriev auprès de l'AFP, en marge du Forum économique de Saint-Pétersbourg, qui accueille chaque année investisseurs et responsables étrangers dans la deuxième ville de Russie.
"Pour surmonter cette crise, l'Europe devrait trouver des variantes du partenariat avec la Russie", a-t-il ajouté, estimant que le pétrole et le gaz russes sont "indispensables pour la survie de l'Europe".
Des pays de l'Union européenne continuent malgré la guerre en Ukraine d'importer du pétrole russe, notamment via l'oléoduc Droujba, et du gaz russe sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), dont l'interdiction à l'importation ne doit entrer en vigueur qu'en 2027.
Selon les analystes, l'UE a importé des niveaux records de GNL russe depuis 2022, au 1e trimestre 2026, et la Russie demeure ainsi son deuxième fournisseur dans ce domaine.
- Pas d'allègement des restrictions -
Les Européens ont toutefois exclu pour l'heure tout allégement des restrictions adoptées contre la Russie et destinées à la priver des revenus lui permettant de financer la guerre contre l'Ukraine.
"Nous n'avons pas vu, du côté russe, de réelle volonté de négocier", a affirmé mercredi à l'AFP la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas, en appelant à continuer d'accentuer la pression sur Moscou.
La France a annoncé lundi l'arraisonnement dans l'océan Atlantique d'un nouveau pétrolier sous sanctions européennes en provenance de Russie, soupçonné d'arborer un faux pavillon. Le président français Emmanuel Macron a assuré sa "détermination" à lutter contre la "flotte fantôme" qui permet à la Russie de continuer à exporter ses hydrocarbures.
Pour sa part, le président russe Vladimir Poutine avait assuré début mars être prêt à fournir les pays européens en pétrole et gaz s'ils se déclaraient en faveur d'une "collaboration durable et stable" avec Moscou.
Au-delà de l'Europe, la Russie a réorienté depuis 2022 ses exportations vers ses principaux partenaires tels que la Chine, l'Inde et la Turquie.
Les Etats-Unis ont de leur côté accordé en avril une dérogation autorisant l'achat de pétrole russe stocké en mer, prolongée jusqu'à mi-juin, afin de calmer la volatilité des marchés énergétiques.
L'émissaire du Kremlin, Kirill Dmitriev, a salué jeudi la "poursuite du dialogue" avec Washington, affirmant être "en contact permanent" avec ses collègues américains afin de renforcer la coopération économique.