Un fonds devenu bras économique à l’Est
Créé début 2024 pour rebâtir Derna après la tempête Daniel de septembre 2023, le Fonds pour le Développement et la Reconstruction de la Libye (FDRL) a été doté initialement de 10 milliards de dinars, soit environ 1,6 milliard d’euros. Désormais bras économique des autorités de l’Est, il est dirigé par l’ingénieur Belgacem Haftar, 46 ans, qui assure que « l’autocrate Kadhafi n’a pas réalisé en 40 ans ce que nous avons accompli […] en seulement deux ans ».
Des journalistes de l’AFP, pris en charge par l’Armée nationale libyenne dirigée par Khalifa Haftar, ont constaté des dizaines de chantiers à Benghazi, Derna et Beida. Les travaux portent sur des ponts, routes, immeubles d’habitation, écoles et hôpitaux, avec l’ambition déclarée de « rattraper les années perdues » dans les zones de l’Est et d’une large partie du Sud contrôlées par le camp Haftar.
Transparence, appels d’offres et contrôles
Face aux critiques d’experts évoquant une gestion opaque, des détournements et l’absence de contrôle, Belgacem Haftar oppose le volume des chantiers livrés ou en cours. « Le nombre et le niveau des projets en cours répondent à la question de savoir où l’argent est dépensé », affirme-t-il, ajoutant que « ce qui témoigne de la transparence », c’est « ce que nous avons mis en œuvre sur le terrain ».
Le responsable défend l’absence d’appels d’offres publics à Derna par l’urgence des reconstructions et la nécessité d’éviter des procédures jugées trop lourdes. Il assure que chaque contrat du FDRL est « audité par les instances appropriées » basées à Tripoli et que les paiements transitent par la Banque centrale. Selon lui, ces projets ont restauré « la confiance entre le citoyen et l’État » après des années de mauvaise utilisation des fonds publics.
Hydrocarbures et arbitrages budgétaires
Les initiatives du FDRL se déploient dans une région qui concentre gisements et terminaux pétroliers d’un pays disposant, selon la dépêche, des plus importantes réserves prouvées du continent africain, évaluées à 48,4 milliards de barils. Dans un contexte institutionnel marqué par l’existence de deux gouvernements parallèles, celui de Tripoli reconnu par l’ONU et celui de l’Est sous la férule du maréchal Haftar, plusieurs médias indiquent que les États-Unis, via leur émissaire pour l’Afrique Massad Boulos, travaillent à un rapprochement entre l’Est et l’Ouest.
Abdelhamid Dbeibah, chef du gouvernement basé à Tripoli, a dénoncé en février des dépenses « hors budget » dans l’Est ces trois dernières années. Mi-avril, sous égide américaine, un premier budget unifié depuis treize ans a toutefois été adopté afin d’améliorer la répartition des ressources. Selon Belgacem Haftar, la loi de finances prévoit 20 milliards de dinars d’investissements pour l’Ouest et autant pour l’Est et le Sud, où le FDRL entend poursuivre ses « projets stratégiques ».