Un coût de 9,7 milliards et des bénéfices contestés
Dans un rapport publié jeudi 4 juin 2026, la Cour des comptes rappelle que l’État est passé d’environ 84% à 100% du capital d’EDF pour un montant proche de 9,7 milliards d’euros. L’institution juge que la « nécessité » de cette opération « n’est pas démontrée à ce stade » et considère que ni les impératifs de souveraineté ni les besoins de financement ou de pilotage opérationnel n’imposaient une détention intégrale.
Les Sages soulignent qu’avant la prise de contrôle totale, actée en 2023, les pouvoirs publics exerçaient déjà « un fort niveau de contrôle » via leur participation majoritaire et la régulation du secteur. Quatre ans après la décision, les « avantages réels retirés par l’État de la prise de contrôle à 100% sont difficilement identifiables, malgré l’ampleur des moyens mobilisés », dans un contexte de « dégradation des finances publiques », note le rapport.
Bercy défend un investissement « réussi »
Le ministère de l’Économie conteste l’analyse de la Cour. « Cette opération est un investissement réussi que l’État a réalisé dans une entreprise leader et essentielle à sa souveraineté énergétique », a indiqué Bercy à l’AFP.
Le ministère ajoute : « Depuis, EDF s’est brillamment redressée […] et des décisions importantes ont été prises pour le nucléaire, la relance de l’hydroélectricité, et le soutien de l’État au programme de nouveau nucléaire, ce qui a été permis par le cadre clair et favorable qu’apporte le fait d’avoir l’État comme actionnaire unique ».
Prix de l’offre, notation et trajectoire d’endettement
La Cour des comptes relève que le prix retenu pour l’offre publique, 12 euros par action, dépassait sensiblement le cours moyen pondéré observé sur le semestre précédent, à 8,27 euros. Selon ses calculs, une prime d’environ 30% au lieu de 45% aurait pu réduire la facture d’environ 1 milliard d’euros, tout en rappelant qu’« un recul temporel plus important » sera nécessaire pour apprécier pleinement les effets de l’opération.
L’institution estime que la montée de l’État au capital a contribué à stabiliser puis à améliorer légèrement la notation de la dette d’EDF par les principales agences, tout en soulignant la persistance d’un endettement élevé. L’endettement financier est passé d’environ 65 milliards d’euros en 2022 à 51,5 milliards d’euros en 2025.