Capacité industrielle et périmètre des équipements
La filière réunie par Emmanuel Macron affirme pouvoir livrer, en rythme de croisière, un million d’unités annuelles sur le territoire. La cible porte d’abord sur les pompes à chaleur air-eau, compatibles avec les réseaux hydroniques existants, et inclut aussi les PAC géothermiques ainsi que les chauffe-eau thermodynamiques. L’objectif gouvernemental s’inscrit dans une réduction de la dépendance au gaz naturel, dont la facture a flambé depuis le déclenchement du conflit.
Sur le segment air-eau, « on pourrait doubler les ventes et les fabriquer toutes en France, donc passer de 170 000 unités aujourd’hui à 300 000 unités », un niveau « qui n’a plus été atteint depuis 2022 », indique à l’AFP Arnaud Kautzmann, secrétaire de l’Association française pour les PAC (Afpac). Selon le service statistique du ministère chargé de l’Énergie, la chaleur renouvelable fournie par les pompes à chaleur a atteint 51,9 TWh en 2024 en France métropolitaine, en hausse de 4 % sur un an, portée par l’augmentation du parc installé.
Un gisement résidentiel important, des verrous en copropriété
D’après le groupe de travail gouvernemental sur l’électrification des bâtiments, près de 17 millions de logements restent à décarboner en France. La majorité relève de la maison individuelle, où l’installation de PAC air-eau serait envisageable dans environ 80 % des cas. En copropriété, Corina Osadciuc-Mahé (Foncia) souligne que la massification sera « un peu plus complexe », entre contraintes d’emplacement pour éviter nuisances sonores et visuelles, et nécessité d’un niveau d’isolation suffisant.
À Meudon (Hauts-de-Seine), une copropriété de quatre logements a basculé sur une PAC air-eau après des travaux d’isolation lourds. « On a un net gain de confort » et « un écart dingue » avec les anciennes factures de fioul, témoigne une copropriétaire. « Mais on n’est pas encore gagnant » au regard d’un coût total avoisinant 200 000 euros, avec 23 400 euros de reste à charge par propriétaire après aides publiques, « qui n’ont pas encore été versées intégralement », déplore Céline. Lorsque chaque logement dispose d’une chaudière individuelle, « des travaux colossaux » seraient nécessaires pour créer une boucle de distribution d’eau, prévient Maxime Ledez (I4CE).
Une demande contrastée et la question de la confiance
Les opérateurs rapportent un regain d’intérêt au printemps : chez Effy, les demandes de PAC air-eau ont progressé de 140 % en avril par rapport à avril 2025, et PrimesEnergie fait état d’un triplement des sollicitations de primes sur le même mois. Leur lecture associe ce sursaut à l’annonce du plan d’électrification du gouvernement en avril et à la recherche d’économies sur la facture, thème déjà au cœur de nos analyses sur l’accélération de l’électrification.
Dans les faits, ce sont toutefois les PAC air-air qui dominent la demande, en raison de leur double usage chauffage-climatisation. Nicolas Moulin (PrimesEnergie) rappelle qu’elles représentent environ 70 % du marché, soit près de 800 000 unités vendues par an selon l’Afpac, mais ces équipements sont en grande partie fabriqués hors Union européenne, à la différence des PAC air-eau. En copropriété, « plutôt des projets de systèmes hybrides, PAC plus chaudière au gaz d’appoint », sont aujourd’hui privilégiés car ils « rassurent les propriétaires », observe Mme Osadciuc-Mahé.
La filière doit aussi restaurer la confiance après un cycle de marché heurté. Entre 2023 et 2024, les ventes de PAC air-eau ont reculé d’environ 40 % en France métropolitaine, selon le ministère chargé de l’Énergie. Elles se sont ensuite établies à environ 180 000 unités en 2025 d’après la fédération professionnelle Uniclima. Consciente des obstacles, l’Afpac a lancé le Cepac, un centre d’expertise destiné à accompagner les professionnels du chauffage « fossile » dans cette transition qualifiée de « révolution culturelle » plus que technologique par Arnaud Kautzmann.
Conditions de réussite pour atteindre le rythme annuel visé
Le passage au million d’installations annuelles suppose un carnet de commandes solvable, une base d’immeubles suffisamment isolés et une montée en compétence de la main-d’œuvre, du dimensionnement hydraulique aux réglages de régulation. La standardisation des solutions en maison individuelle, la gestion des contraintes acoustiques et architecturales en habitat collectif, ainsi que la fiabilisation des circuits d’aides seront déterminants.
La trajectoire officialisée par le gouvernement associe levée des freins non techniques et soutien à la production locale, avec une priorité opérationnelle donnée aux PAC air-eau et à leurs usages dans le résidentiel chauffé à l’eau. Les arbitrages attendus sur l’outillage financier et les règles d’installation conditionneront le potentiel de rattrapage par rapport au niveau de 300 000 unités air-eau cité par l’Afpac comme palier industriel atteignable.