Mobilisation et dispositif de sécurité à La Défense

À quelques centaines de mètres du siège, une trentaine de militants communistes ont déployé une banderole appelant à la « nationalisation de Total » sur le parvis de La Défense, en amont de l’AG convoquée à 14h00. Plus tôt dans la matinée, une autre trentaine de militants avait installé un « pipeline » en carton alimenté en faux billets pour dénoncer les « projets mortifères de TotalEnergies en Afrique » et réclamer la taxation des « superprofits », à l’appel d’Attac, Avaaz, 350 et Action Justice Climat Paris.

Le sénateur communiste Fabien Gay a défendu une mise sous contrôle public du secteur énergétique : « On ne peut pas vivre de crise en crise tous les trois ans, donc nous on propose depuis un moment la nationalisation de tout le secteur énergétique, donc Total aux côtés d’ENGIE et d’EDF ». L’entreprise indique que ses assemblées générales ont été « gravement perturbées à quatre reprises depuis 2018 » et a prévu un accès sous haute sécurité, sans téléphone portable, avec contrôle par portiques et présence policière aux abords.

Gouvernance et profits au cœur des tensions

Les actionnaires doivent se prononcer sur un relèvement des limites d’âge statutaires, de 70 à 75 ans pour la présidence et de 67 à 70 ans pour la direction générale. Patrick Pouyanné, 62 ans, qui cumule ces fonctions depuis 2014, a été reconduit en 2024 pour trois ans. Sur le plan politique, une proposition de loi socialiste vise une taxation accrue des profits, tandis que le sénateur écologiste Yannick Jadot et son groupe ont déposé un texte pour un retour de l’État au capital afin de « protéger notre souveraineté énergétique ».

Dopé par la hausse des cours, le groupe a publié au premier trimestre un bénéfice de 4,96 milliards d’euros, en progression de 51% sur un an, ce qui alimente les critiques de « superprofits ». Le dirigeant conteste l’idée de gains qui « tombent du ciel » et met en avant le plafonnement des prix dans ses stations-service. Selon le communiqué financier du 29 avril 2026, TotalEnergies a enregistré un résultat net ajusté de 5,4 milliards de dollars au 1er trimestre 2026 et annoncé une hausse de 5,9% de son premier acompte sur dividende pour 2026. Dans Le Figaro, Patrick Pouyanné a dénoncé un « débat politique (...) parfois exacerbé et outrancier ».

Transition, controverses et signalements aux régulateurs

Au-delà des résolutions de gouvernance, la stratégie de transition du groupe est débattue. Les ONG critiquent l’expansion dans les hydrocarbures malgré les alertes du GIEC sur le réchauffement et les risques climatiques extrêmes. « Total ne cesse de diminuer la part de ses investissements dans la partie électricité intégrée et molécule bas carbone », a déclaré Antoine Bouhey, coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies de Reclaim Finance.

La veille de l’AG, Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous ont signalé à l’Autorité des marchés financiers et à l’Autorité européenne des marchés financiers certaines déclarations liées au climat qu’elles jugent susceptibles de tromper les investisseurs. Le groupe affirme que ses communications sont « transparentes et précises » et conformes aux exigences en vigueur, réitérant une « stratégie inchangée » fondée sur une production pétro-gazière « à faibles émissions » et une électricité « à 70% décarbonée ».

Dans son rapport Sustainability & Climate publié le 26 mars 2026, TotalEnergies indique ne pas être en mesure, à ce stade, de « formuler des objectifs » de neutralité carbone en 2050, invoquant la lenteur des progrès mondiaux de la transition. Le document rapporte aussi une baisse de 18,6% de l’intensité carbone cycle de vie de ses produits énergétiques en 2025 par rapport à 2015. Un débat, sans vote, sur ce rapport climat est inscrit à l’ordre du jour.