Définition et niveaux

Ce que mesure l'échelle INES

L’échelle INES (International Nuclear Event Scale) est une échelle internationale de classification des événements nucléaires et radiologiques, mesurant principalement leur gravité (à l'image de l'échelle de Richter pour la puissance des tremblements de terre).

Déployée au niveau international en 1991, cette échelle constitue un outil d’information et un repère pour les médias et le public pour mesurer l'impact des évènements nucléaires ou radiologiques.

Cette échelle comporte huit niveaux qui vont de 0 à 7 :

  • les événements de niveau 0, dits « écarts », sans incidence en matière de sûreté ;
  • les événements de niveau 1 à 3, qui sont qualifiés d’« incidents » ;
  • les événements de niveau 4 à 7, qui sont qualifiés d’« accidents ».

On lit parfois que l'échelle compte « sept niveaux ». Les deux formulations sont exactes : elles ne comptent simplement pas la même chose. L'échelle de gravité proprement dite va de 1 à 7, tandis que le niveau 0 sert à consigner les écarts sans conséquence pour la sûreté, d'où un total de huit niveaux lorsqu'on l'inclut.

Niveaux de gravité de l'échelle INES

Niveaux de gravité de l'échelle INES et critères associés, des écarts de niveau 0 à l'accident majeur de niveau 7
NiveauConséquences à l'extérieur du siteConséquences à l'intérieur du siteDégradation de la défense en profondeur
0.
Écart
Aucune importance du point de vue de la sûreté
1.
Anomalie
Anomalie sortant du régime de fonctionnement autorisé
2.
Incident
Contamination importante / surexposition d'un travailleurIncidents assortis de défaillances importantes des dispositions de sécurité
3.
Incident grave
Très faible rejet : exposition du public représentant au moins un pourcentage des limites fixées par le guide AIEAContamination grave / effets aigus sur la santé d'un travailleurAccident évité de peu / perte des barrières
4.
Accident
Rejet mineur : exposition du public de l'ordre des limites prescritesEndommagement important du cœur du réacteur / des barrières radiologiques / exposition mortelle d'un travailleur
5.
Accident
Rejet limité susceptible d'exiger l'application partielle des contre-mesures prévuesEndommagement grave du cœur du réacteur / des barrières radiologiques
6.
Accident grave
Rejet important susceptible d'exiger l'application intégrale des contre-mesures prévues
7.
Accident majeur
Rejet majeur : effets considérables sur la santé et l'environnement

Critères de classification

La classification selon l’échelle INES n’est pas uniquement basée sur la gravité avérée ou non d’un incident ou accident nucléaire. Elle prend également en compte les causes racines de l’événement anormal et le nombre de barrières de défense en profondeur restant opérantes.

L’échelle INES fixe trois critères pour classer les incidents ou accidents nucléaires et radiologiques(5) :

  • les conséquences à l'extérieur du site : les rejets radioactifs susceptibles de toucher le public et l'environnement. C'est le critère qui a valu leur niveau 7 aux deux accidents les plus graves de l'histoire, dont l’accident de Tchernobyl ;
  • les conséquences à l'intérieur du site : les effets de l'événement dans l'installation elle-même, sur les travailleurs comme sur les équipements, au premier rang desquels l'endommagement du cœur du réacteur et la perte des barrières qui confinent la radioactivité, comme lors de l’accident de Three Mile Island ;
  • la dégradation des lignes de défense en profondeur : l'affaiblissement des moyens successifs de protection (systèmes de sûreté, procédures, contrôles techniques, etc.) mis en place dans l'installation. Un événement peut ainsi être classé sans avoir eu la moindre conséquence, au seul motif que les protections prévues n'ont pas fonctionné comme attendu.

Il faut souligner que c’est l’exploitant des installations qui analyse l’événement anormal, le déclare et propose un niveau de gravité aux autorités nucléaires nationales. Celles-ci peuvent requalifier le niveau de l’incident ou de l’accident et ensuite déclarer ces informations à l’AIEA.

Les acteurs qui participent au développement de l’échelle INES sont les suivants :

Liste et classement des accidents nucléaires

Liste des principaux accidents nucléaires sur l'échelle INES

Principaux accidents nucléaires et radiologiques, leur niveau sur l'échelle INES, leur année et la nature de l'événement
CentraleClassement échelleAnnéeNature de l'événement
Tchernobyl (URSS)71986Cet accident a conduit à la fusion du cœur d'un réacteur entrainant ainsi un relâchement d'une quantité excessive de particules radioactives dans l'environnement. Cette exposition aux radiations a causé de nombreux décès tant à court terme qu'à long terme.
Fukushima Daiichi72011Un tsunami, consécutif à un tremblement de terre, a endommagé les systèmes de refroidissement et de secours des réacteurs et d'autres éléments de la centrale. Le réchauffement au cœur des réacteurs et l'hydrogène accumulé provoque d'énormes explosions. Selon l'autorité de sûreté japonaise, les émissions radioactives mesurées atteignent « environ 10 % de celles émises par Tchernobyl ».
Kyshtym (URSS)61957Une explosion chimique d'une cuve de stockage de déchets de haute activité (non valorisables et hautement radioactifs) s'est produite dans une usine de retraitement. Plusieurs villages aux alentours ont dû être abandonnés. L'accident a été gardé secret pendant 32 ans par les dirigeants soviétiques.
Goiânia (Brésil)51987Un vieil appareil de radiothérapie est récupéré par des ferrailleurs dans un hôpital abandonné. Source de césium-137, il a causé la mort de quatre personnes et contaminé 245 personnes selon l'AIEA.
Three Mile Island (États-Unis)51979Une série de défaillances matérielles et humaines ont entrainé une panne du système de refroidissement puis provoqué la fusion partielle du cœur du réacteur nucléaire.
Windscale (devenus Sellafield, Grande-Bretagne)51957Un incendie s'est produit dans l'un des réacteurs. Il a duré plusieurs jours et a rejeté dans l'atmosphère des produits de fission formant un nuage radioactif.
Chalk River (Canada)51952Un opérateur a fait sortir par erreur des barres de contrôle du cœur de ce réacteur de recherche. Cela a causé un défaut de refroidissement du réacteur et une explosion, suivie du relâchement d'éléments radioactifs.
Tokaimura
(Japon)
41999Pour accélérer un processus d'enrichissement, les techniciens ont dépassé la masse critique. Cela a déclenché un éclair de gamma et de neutrons. Les populations situées aux alentours ont été confinées quelques heures et 2 techniciens sont décédés.
Saint-Laurent-des-Eaux
(France)
41980Une plaque métallique vient boucher des canaux, empêchant le refroidissement normal des combustibles dans le réacteur A2. Gravement endommagé, celui-ci est resté indisponible pendant 2 ans et demi. Onze ans après un premier accident de niveau 4 sur le réacteur A1 de la même centrale, cet évènement est considéré comme le plus grave ayant jamais touché un réacteur en France.
Sellafield
(Grande-Bretagne)
32005Près de 83 000 litres de matière radioactive furent découverts dans une pièce en béton armé (conçue afin de recueillir les fuites) à l'usine de traitement de Thorp suite à une fuite dans une canalisation. La concentration d'une quantité de 200 kg de plutonium présentait un risque élevé de déclenchement d'un accident de criticité.

En France

En France, tous les incidents et accidents nucléaires doivent être déclarés à l’ASNR par les exploitants, les transporteurs ou les utilisateurs, sous 48 heures ouvrées, avec une proposition de classement sur l’échelle INES.

Chaque année, « plusieurs centaines d’événements sont classés au niveau 0 », souligne l'ASNR(1). Comme l'indique l'échelle INES, il s'agit d'« écarts par rapport au fonctionnement normal des installations, à l’utilisation normale des sources radioactives ou au déroulement normal des transports. Ils ne présentent que peu d’enjeux du point de vue de la sûreté ou de la radioprotection ». En 2024, l'ASNR a répertorié sur son site 82 événements de niveau 1 et 2 événements de niveau 2(2).

Des méduses classées au niveau 0

Les arrêts de réacteurs provoqués par l'arrivée massive de méduses dans les stations de pompage d'eau de mer illustrent concrètement ce que recouvre le niveau 0. À la centrale de Gravelines, l'épisode d'août 2025 a été classé à ce niveau : l'ASNR avait relevé que les circuits de refroidissement participant à la sûreté étaient restés totalement disponibles. Le phénomène s'est reproduit un an plus tard, avec de nouveaux arrêts de réacteurs à Gravelines les 10 et 26 août 2026. Aucun des six réacteurs du site n'était à pleine puissance le 27 août. Un événement très commenté peut donc se situer tout en bas de l'échelle : la médiatisation ne dit rien de la gravité.

En France, entre 1986 et 2006, sur plus de 10 000 événements déclarés par EDF (Electricité de France) à l'autorité en charge de la sûreté nucléaire, la plupart ont été considérés hors échelle INES (aucun niveau ne leur est attribué, faute de pertinence du point de vue de la sûreté, à la différence d'un niveau 0 qui est bien classé comme écart) ou au niveau 0, 1 615 incidents ont été classés au niveau 1 et 59 au niveau 2. Trois événements ont été classés au niveau 3 et un seul au niveau 4 (accident de Saint-Laurent-des-Eaux de 1980).

En 2008, l'irradiation par une source de cobalt-60 d’un travailleur intervenant dans un bunker d’irradiation sur le site de l’ONERA de Toulouse est classée au niveau 3 de l'échelle INES.

Le saviez-vous ?

En France, l’ASNR ne rend pas systématiquement publics les incidents de niveau 0, sauf s’ils présentent un intérêt médiatique particulier. Tous les incidents classés au niveau 1 et au-dessus font systématiquement l’objet d’une information publiée sur son site internet. Les incidents classés au niveau 2 et au-dessus sont signalés aux journalistes par communiqué de presse.

Et ailleurs

Entre 1991 et 2006, l’Allemagne a déclaré plus de 2 200 évènements classés niveau 0 ou hors échelle. 72 événements ont été déclarés au niveau 1 ou au-dessus.

Au cours de la même période, la NRC (Nuclear Regulatory Commission) des États-Unis, l’équivalent de l’ASNR en France, n’a déclaré à l’AIEA et classé sur l’échelle INES que 22 événements nucléaires anormaux, dont 6 hors échelle, 7 au niveau 0, 5 au niveau 2 et 1 au niveau 3.

Intérêt et limites

L’échelle INES est un outil international d’évaluation et d’information :

  • elle permet de faciliter la perception de l'importance des incidents et des accidents nucléaires par les gouvernements, les médias et le public ;
  • elle peut s’appliquer à tout incident ayant lieu dans les installations nucléaires de base civiles ou lors des transports de matières radioactives.

À ce titre, elle est un élément substantiel de la construction d’un rapport de confiance entre les populations et les acteurs du nucléaire.

Le classement de l’échelle INES reste cependant trop tributaire des autorités nationales. En effet, comme mentionné plus haut, les autorités nucléaires nationales peuvent requalifier le niveau de l’événement déclaré par les exploitants des installations.

Par ailleurs, dans certains États, les autorités de contrôle peuvent être sous l’influence des politiques.

Pays membres du programme INES

En 2008, le programme INES a été approuvé par 61 pays membres : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Autriche, Bangladesh, Belgique, Biélorussie, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Chine, Congo, Corée du Sud, Costa Rica, Croatie, Danemark, Égypte, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Guatemala, Hongrie, Islande, Inde, Iran, Irlande, Italie, Japon, Kazakhstan, Koweït, Liban, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Mexique, Monténégro, Norvège, Pakistan, Pays-Bas, Pérou, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Slovénie, Sri Lanka, Suède, Suisse, Syrie, Turquie, Ukraine, Vietnam.

En 2024, près de 80 pays ont des « officiers nationaux INES »(3) et fournissent des informations en suivant cette échelle.

Histoire

À l’image des critères de classement pour des phénomènes naturels comme les séismes ou les avalanches, la France a mis en place dès 1987 une échelle de gravité des événements nucléaires.

En 1990, l’échelle INES a été développée par les experts internationaux de l’AIEA et de l’AEN qui se sont inspirés de l’échelle française, et a été mise en place au niveau international en 1991. Les risques liés aux radiations et aux transports de matières radioactives ont été intégrés dans le guide international d’utilisation(4) de l’échelle INES sur le site de l’AIEA en 2008.

L'échelle INES reste aujourd'hui un outil de communication destiné à faciliter la perception par les médias et le public de l'importance des événements nucléaires. Elle devra pouvoir évoluer pour une meilleure harmonisation au niveau international.

Questions fréquentes

Huit, numérotés de 0 à 7. On lit aussi « sept niveaux », parce que l'échelle de gravité proprement dite commence à 1 : le niveau 0 sert à consigner les écarts sans conséquence pour la sûreté.

C'est le niveau INES qui les sépare : les niveaux 1 à 3 sont qualifiés d'incidents, les niveaux 4 à 7 d'accidents. Le passage au niveau 4 suppose un endommagement important du cœur du réacteur, des barrières radiologiques, ou une exposition mortelle d'un travailleur.

L'exploitant de l'installation analyse l'événement, le déclare et propose un niveau. L'autorité de sûreté nationale (l'ASNR en France) peut le requalifier, puis transmet l'information à l'AIEA. En France, la déclaration doit intervenir sous 48 heures ouvrées.

Non, pas en soi. Un arrêt, même très commenté, peut ne présenter aucun enjeu de sûreté : l'arrivée massive de méduses à la centrale de Gravelines en août 2025 a entraîné des arrêts de réacteurs et a été classée au niveau 0, les circuits de refroidissement participant à la sûreté étant restés totalement disponibles.

L'accident de Saint-Laurent-des-Eaux de 1980, classé au niveau 4 : une plaque métallique a empêché le refroidissement normal du combustible du réacteur A2, resté indisponible deux ans et demi. Il est considéré comme l'événement le plus grave ayant touché un réacteur en France, onze ans après un premier accident de niveau 4 sur le réacteur A1 de la même centrale.