La France peut-elle se passer de la géothermie ?

Jacques Varet – Service Géologique National, BRGM

Ancien directeur du Service Géologique National, BRGM

Expert international en géothermie

La France doit réduire sa dépendance aux énergies fossiles, émettrices de gaz carbonique et promises à l’échelle du siècle à la raréfaction, donc au renchérissement. Il n’est plus raisonnable de continuer à se chauffer avec du fuel, du gaz ou même du charbon, pas plus d’ailleurs qu’avec un chauffage électrique à effet Joule. Dans sa quête d’énergie renouvelable, outre le développement historique de l’hydroélectricité, elle s’est lancée plus récemment dans les renouvelables intermittentes, éoliennes et solaires. 

En comparaison, la géothermie présente des avantages majeurs : permanence, faible occupation spatiale, possibilité de stockage. Elle est ainsi en mesure de couvrir, de manière tout à fait économique, une large gamme de besoins. 

Dans nos régions tempérées et géologiquement calmes où le sous-sol superficiel est à 12°C et le gradient thermique moyen de 3°C par 100 m, elle peut parfaitement assurer les besoins de chauffage, de climatisation et d’eau chaude sanitaire :

pour les agglomérations situées dans les bassins sédimentaires, on peut chauffer très économiquement des ensembles de plusieurs dizaines de milliers de logements (ou équivalents en bureaux, hôpitaux, piscines, etc.) en utilisant la technologie du « doublet géothermique », développée en France dans les années 70 et qui repart enfin après une vingtaine d’années de pause ; 

pour les plus petits besoins, par exemple des maisons individuelles, immeubles de bureaux ou écoles, il est possible, et cela partout, d’installer des systèmes de chauffage (et de climatisation) utilisant des pompes à chaleur puisant les calories dans les formations géologiques superficielles. Ceux-ci peuvent s’installer aussi bien dans le neuf que dans l’ancien. En Suède, 80 % du neuf est chauffé ainsi ; en Suisse 50 %. La France atteint à peine 5 %, ouvrant de réelles opportunités pour les entrepreneurs un tant soit peu technologiques. 

Dans nos régions volcaniques, Antilles, Réunion ou Massif central où le gradient géothermique peut atteindre des valeurs 10 fois supérieures à la moyenne, il est rentable de produire directement de le vapeur par forage profond, comme en Toscane où près de 1 000 MW sont installés. Il est dès lors possible de produire très économiquement de l’électricité à partir de la vapeur trouvée entre 1 000 et 3 000 mètres de profondeur. 

Si la France n’a pas pris véritablement d’avance dans ces technologies, elle dispose de sites lui permettant de répondre aux besoins locaux (l’essentiel de l’électricité est produite à partir de combustibles fossiles aux Antilles françaises et à la Réunion !), et de démontrer des capacités pour répondre aux besoins de l’export, qui sont importants et en croissance soutenue (Afrique de l’Est, Asie du Sud-Est, Amérique centrale…).

A titre d’exemple, les besoins à basse température représentent en France plus du tiers de la consommation d’énergie. Ils pourraient dans leur totalité être assurés par géothermie ; il en serait de même pour une large part de leur production électrique, de nombreux pays situés en zones géologiques actives, du Japon à l’Indonésie en passant par l’Afrique de l’Est et l’Amérique latine, comme dans les DOM et le Massif central. Pourquoi et comment pourrait-on s’en passer ?