OPEP

 

Définition et catégories

L’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), dénommée OPEC en anglais (Organization of Petroleum Exporting Countries), est une organisation intergouvernementale fondée à l’issue de la conférence de Bagdad le 14 septembre 1960 par le Venezuela, l’Irak, l’Arabie Saoudite, le Koweït et l’Iran.

Cette organisation est créée à l’initiative de Juan Pablo Pérez Alfonzo, alors ministre du développement du Venezuela, qui souhaite en faire une force de régulation du marché. Elle vise à rééquilibrer les relations entre les pays producteurs et les compagnies pétrolières occidentales qui régissent le marché depuis sa création à la fin du XIXe siècle. L'OPEP réunit aujourd'hui 12 pays membres : l'Algérie, l'Angola, l'Arabie Saoudite, l'Équateur, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Venezuela.

Au-delà du contexte économique, l’action de l’OPEP sur l’évolution des prix du pétrole est étroitement liée à l’environnement géopolitique. L’influence de l’organisation décroit depuis les années 1990, à l’image de la part de sa production dans la production mondiale de pétrole (55% en 1970, 42,1% en 2014).

OPEP pétrole

Une conférence des États membres se réunit deux fois par an en sessions ordinaires, ici en 2007. (©OPEC)

Fonctionnement

Le premier objectif de l’OPEP était et reste l’orientation à la hausse du cours du pétrole et la maîtrise de son cycle de production.

Pour ce faire, l’OPEP dispose depuis 1982 d'un système de régulation de la production et du prix de vente au moyen de quotas maximums de production. Le volume de production de chacun des membres est défini en fonction de ses réserves et ajusté en fonction des besoins des pays consommateurs. Les douze membres actuels de l’OPEP constituent donc un cartel de producteurs.

Le fonctionnement de ce système de régulation est toutefois affecté par les fluctuations du cours du dollar, monnaie de transaction du pétrole : le pouvoir d’achat des pays producteurs diminue lorsque le cours du dollar baisse et inversement.

De plus, l’OPEP gère un instrument de quantification : le panier de l'OPEP qui fixe un prix de référence à partir des prix de dix-huit pétroles bruts aux qualités différentes reflétant les principales exportations de bruts des pays membres. Ce panier est concurrencé par le WTI et le Brent dont les prix ne diffèrent le plus souvent que de quelques centimes. La gestion de la production et des prix est prolongée par l’évaluation périodique des réserves disponibles.

Le cartel de l'OPEP est également un organe de collecte, de traitement et de diffusion de l’information sur le pétrole et sur l’environnement économique de cette ressource (ex : diffusion mensuelle de rapports sur le marché du pétrole).

Passé et présent

Entre février 1959 et 1960, les grandes compagnies pétrolières occidentales imposent des baisses de prix du pétrole pour affaiblir leurs concurrents. Cela affecte les revenus pétroliers des pays producteurs qui ont un statut de concédants et qui perçoivent des royalties basées sur des taux dérisoires et des taxes tout aussi modérées. Les 5 pays fondateurs (à l’origine de 82% des exportations mondiales) se réunissent au sein de l’OPEP alors que les 8 compagnies majors(1) contrôlent 90% de la production et 75% de la capacité mondiale de raffinage.

Jusqu'au début des années 1970, l'OPEP ne parvient pas à provoquer une hausse des prix du pétrole en raison de ses rivalités internes et de l’inexpérience de ses membres. Son influence est aussi largement entravée par des causes externes telles que la surabondance de l’offre, notamment due à l’exploitation de nouveaux gisements au Moyen-Orient.

Durant les années 1970, les pays de l'OPEP contrôlent plus de 55% de l'offre mondiale de pétrole et fixent des quotas de production. Les pays producteurs renforcent leur coopération dans un contexte de demande croissante. Entre 1970 et 1973, le prix du baril de pétrole passe ainsi de 1,80$ à 3,01$.

Entre 1971 et 1972, une vague de nationalisations de la production (Algérie, Egypte, Syrie, Irak) influe sur les relations entre pays producteurs et compagnies pétrolières exploitantes. Le système des concessions tombe peu à peu en déshérence, remplacé par des « joint ventures » : compagnies étrangères et États créent une société d’exploitation dont le capital est réparti entre eux à parts égales, soit 50% du permis pétrolier pour chacun(2).

En octobre 1973, la guerre du Kippour entre Israël et l'Égypte(3) déclenche le premier choc pétrolier : les principaux producteurs du golfe Persique décident d'augmenter de 70% le prix du baril de pétrole brut. L’OPEP organise un embargo pétrolier contre les pays qui soutiennent Israël et réduit sa production de 25%. En décembre 1973, deux mois après le début de la guerre, la hausse moyenne du prix du baril a atteint 130%. Après 1973, sous le contrôle de l'OPEP, le prix du pétrole se stabilise à la hausse aux alentours de 10$ par baril.

Réaction des pays occidentaux après la crise pétrolière de 1973, Journal télévisé d'IT1 du 13/11/1976 (©INA) 

La révolution iranienne en 1979 puis la guerre Irak-Iran en 1980 provoquent une nouvelle crise pétrolière. Le prix du baril dépasse alors 35$. La réaction des pays consommateurs de l’OCDE, représentés notamment par l’AIE, modère le pouvoir pris par l’OPEP.

En 1982, un contre-choc pétrolier (baisse des prix) est initié par l’Iran qui souhaite augmenter sa part de marché et ainsi financer la guerre contre l’Irak. La baisse de prix du baril à 15$ décide l’OPEP à adopter le système actuel des quotas par pays membres. L’OPEP connaît alors l’apogée de son influence et constitue une vraie force de régulation des cours.

Au cours des années 1990, l'influence de l’OPEP sur les prix des cours décline pour trois raisons : des divergences internes et la violation des quotas de production par certains de ses membres, l’échec d’extension de sa zone d’influence aux nouveaux producteurs (Russie, Mexique, Norvège, Royaume-Uni, Colombie, etc.) et l’influence des marchés de Londres et de New-York qui orientent notablement les cours.

Enjeux

Après avoir limité son action à l’amélioration des recettes tirées de l’exploitation pétrolière par les pays membres, l’OPEP est devenue un interlocuteur économique majeur capable d’influer sur le prix d’une ressource stratégique. Elle est aussi implicitement devenue un acteur politique de premier plan, en particulier dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

L’OPEP emmenée par l’Arabie Saoudite a pour objectif de concilier l’optimisation des revenus de ses membres et la gestion sur le terme de leurs ressources pétrolières tout en préservant la stabilité des relations et des échanges avec les pays clients. La réalisation de cet objectif paradoxal implique un contrôle permanent sans faille des prix mondiaux du pétrole.

Cinquante ans après sa fondation, l’OPEP doit relever trois défis majeurs qui perdurent depuis les années 1990 :

  • la résolution des nouveaux conflits internes : la fracture entre membres pro et anti-américains exacerbe ces conflits. L’Arabie Saoudite, alliée traditionnelle des États-Unis, est confrontée à l’Iran et au Venezuela, deux des pays les plus ouvertement anti-américains dans le monde, qui contestent son influence sur l’organisation. Au-delà des divergences idéologiques, une frontière se dessine entre les pays pour qui l’OPEP doit avant tout être l’animateur d’un marché de matières premières et ceux désireux d’en faire une arme plus politique ;
  • la montée en puissance de la Russie…et des autres : l’OPEP est le seul cartel dans son domaine et ne possède pas de moyen de pression sur les États qui n’en sont pas membres, notamment sur la Russie. Dopée par des investissements importants et des réserves a priori substantielles, la Russie s’est engagée dans une course à la production. Entre maintien des prix pour l’un et gain de parts de marché pour l’autre, les intérêts de l’OPEP et ceux de la Russie sont clairement divergents. Avec 10,8 millions de barils par jour en 2013(4), la Russie produit autant que l’Iran, le Nigéria, le Venezuela, l'Algérie et l’Équateur réunis. La production croissante d'hydrocarbures non conventionnels aux États-Unis (contribuant à la production de pétrole américaine qui avoisine au total 10 millions de barils par jour en 2013) est également susceptible de réduire l'influence de l'OPEP. Si cette influence tient encore à ses réserves d’hydrocarbures annoncées comme les premières au monde, personne ne sait les évaluer avec précision. Les nouveaux gisements découverts notamment au Canada ou au large du Brésil pourraient bouleverser la répartition mondiale de ces réserves et donc diminuer significativement la part de l’OPEP. Dans un contexte économique mondial difficile, la consommation de pétrole est soutenue par la croissance des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Sauf à convaincre de nouveaux États d’adhérer à son organisation, l’influence de l’OPEP sur les cours du pétrole devrait inexorablement décliner ;
  • les déclins simultanés de son influence et de l’économie pétrolière : la dépendance des pays industrialisés envers le pétrole décline (ex. la facture pétrolière de la France représentait 4 % de son PIB en 1980 et 2,7 % en 2012). A contrario, les pays de l’OPEP restent très dépendants du pétrole. A l’exception du Koweït et du Qatar, les membres ont encore peu développé un modèle économique pérenne pouvant relayer l’industrie pétrolière, or les revenus pétroliers représentent en moyenne plus de la moitié de leur PIB. Les contextes politiques favorisent cette atonie dans la mesure où une partie importante des revenus du pétrole finance en priorité des activités militaires ou de maintien de l’ordre. Notons que la consommation de gaz naturel croît plus vite que celle de pétrole, ressource à laquelle se limite l’OPEP.

La conjugaison de ces facteurs affaiblit l’influence géopolitique de l’institution OPEP. Ce déclin est mis en exergue par la concurrence des marchés organisés apparus au début des années 1980. Ces marchés tels que le New York Mercantile Exchange (NYMEX) gèrent des contrats à terme ou des options dont les prix servent de plus en plus de référence de marché (le volume de pétrole brut traité par des contrats à terme a dépassé le volume de la production mondiale).

Acteurs

Le siège de l’OPEP est basé à Vienne (Autriche) et abrite les services du seul organe permanent, le secrétariat général, l’organe exécutif chargé de faire appliquer les résolutions de la conférence ou les décisions du conseil d’administration. Le secrétaire général en poste depuis le 1er janvier 2007 est le Libyen Abdalla El-Badri, ancien dirigeant de la compagnie nationale NOC.

L’OPEP regroupe actuellement 12 pays membres : 

Afrique

  • l’Algérie : membre depuis 1969. Premier pays à avoir nationalisé la production d’hydrocarbures ;
  • l’Angola : membre depuis 2007. Une des plus grandes zones d’exploration, principalement menée comme la production par les grandes compagnies pétrolières de l’OCDE ;
  • la Libye : membre depuis 1962. Un très grand potentiel d’exploration ;
  • le Nigéria : l’industrie pétrolière la moins nationalisée de l’OPEP. Dépasse souvent le quota de production alloué ;

Amérique du Sud

Moyen-Orient

  • les Emirats Arabes Unis : membre depuis 1967. Un grand producteur aux réserves a priori déclinantes ;
  • l’Arabie Saoudite : membre fondateur. Leader traditionnel de l’OPEP. Premier pays producteur au monde. Possèderait les plus vastes réserves conventionnelles ;
  • l’Iran : membre fondateur. Deuxième plus grand producteur de l'OPEP et quatrième plus grand exportateur de pétrole brut dans le monde ;
  • l’Irak : membre fondateur. Une production montant en puissance depuis la fin du conflit conduisant à la chute de Saddam Hussein ;
  • le Koweït : membre fondateur. Un gisement unique dont le pic de production serait atteint ;
  • le Qatar : membre depuis 1961. Des réserves de brut limitées, le pays se distinguant davantage par ses ressources gazières (3es réserves prouvées au monde).

Chiffres clés

Les réserves prouvées en pétrole des pays de l’OPEP atteignent, fin 2013, 1 214 milliards de barils, soit 71,9% des réserves prouvées dans le monde, selon les données de BP.

Il est à noter que dans la mesure où la valorisation des compagnies pétrolières et la notation des pays producteurs dépend pour une part importante de l’appréciation des réserves, les montants communiqués, en particulier par l’OPEP, sont souvent surestimés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'objectif de l’OPEP est d'orienter à la hausse le cours du pétrole et de maîtriser son cycle de production.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le panier de l'OPEP fixe un prix de référence à partir des prix de 18 pétroles bruts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2013, la production de pétrole de l’OPEP a constitué 42,1% de la production mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Gabon et l'Indonésie ont été membres de l'OPEP avant de quitter l'organisation, respectivement en 1995 et 2009(6).