- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les marges brutes des distributeurs de carburant en France ne se sont pas envolées, a assuré Bercy mercredi en dévoilant les chiffres du suivi mis en place pour assurer "la transparence" sur l'évolution des prix à la pompe depuis le début de la guerre dans le Golfe.
"En moyenne les marges brutes de transport-distribution" relevées début mai "sont équivalentes à celles pratiquées avant crise", indique le ministère dans ce document qui couvre la période allant du 1er janvier au 4 mai 2026.
Depuis le début de la crise énergétique provoquée par la flambée des cours du pétrole, le gouvernement s'inquiète d'une hausse trop importante des prix de l'essence et du gazole pesant sur le pouvoir d'achat des ménages et l'activité des entreprises.
Les trois principaux carburant se vendent entre 16% et 30% plus cher qu'avant le déclenchement de la guerre, fin février.
L'exécutif a annoncé des mesures de soutien aux secteurs les plus touchés comme l'agriculture, la pêche, les routiers mais aussi les "travailleurs modestes grands rouleurs". Mais, dans un contexte budgétaire contraint, il essaie tant bien que mal d'atténuer les effets de la guerre sur le portefeuille des Français sans concéder d'aides généralisées.
Dans les jours suivant le déclenchement des hostilités, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé un plan de 500 contrôles dans les stations-service pour éviter les "hausses abusives des prix à la pompe".
Dans le document publié mercredi, Bercy indique que ces contrôles de la Répression des fraudes (DGCCRF) "ont montré que, pour l'heure, le niveau d'anomalies n'avait pas augmenté depuis le début de la crise".
Dans le détail, pour le gazole, carburant le plus consommé, les marges de distribution représentaient 26,7 centimes par litre sur la période du 1er mars au 4 mai, contre 28,1 centimes en moyenne sur la période avant-crise, entre le 1er janvier et le 28 février.
Bercy a évoqué notamment "un effet du plafonnement des prix de Total" (TotalEnergies), qui représente 25% du carburant écoulé en France, ce qui a pu avoir "un effet même peut-être concurrentiel" sur l'ensemble du réseau des stations-service.
- Variabilité des prix -
Le ministère précise qu'il y a bien eu un "affolement" et "une variabilité très forte des prix" dans les jours qui ont suivi le déclenchement de la guerre mais cela s'est estompé après son intervention auprès des distributeurs.
C'est pour éviter de tels emballements que le gouvernement a décidé de mettre en place un dialogue "extrêmement exigeant" avec les distributeurs, "qui ont joué le jeu".
Cette variabilité de la marge brute, d'environ 10 centimes d'euro par litre, a duré du 3 au 11 mars, notamment sur le gazole.
Le graphique de l'évolution des marges brutes, dans le document, montre ensuite une baisse en dessous de la moyenne observée avant le déclenchement de la guerre, jusqu'au 16 avril.
La marge brute est la différence entre le prix auquel le distributeur achète le carburant en sortie de raffinerie et le prix auquel il le vend à la pompe. Elle sert à couvrir les frais d'acheminement et les coûts liés au fonctionnement de la station-service.
Le document ne donne en revanche pas d'indication sur les marges commerciales, des données confidentielles auxquelles l'Etat n'a pas accès.
Les données s'appuient sur celles issues de près de 10.000 stations-service de métropole qui renseignent chaque jour le prix des carburants sur le site prix-carburants.gouv.fr.
Pour assurer la transparence des prix, Maud Bregeon a promis qu'"une actualisation sera(it) faite chaque semaine".
Mais si les marges ne sont pas dans la distribution, elles sont ailleurs.
Auditionné par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le 28 avril, Guillaume Larroque, directeur marketing et services Europe de TotalEnergies, a assuré que les marges de distribution du groupe pétrolier étaient, en mars et en avril, "significativement inférieures" à celles observées avant la guerre.
En revanche, a-t-il indiqué, celles liées au raffinage ont été "exceptionnellement bonnes" en mars.
Mais ce sujet doit se traiter au niveau européen, a souligné Bercy, rappelant avoir demandé à la Commission européenne de lancer une enquête sur les marges de raffinage au niveau européen.
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