- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'Union européenne a dévoilé mercredi des mesures pour affronter la crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient dont une surveillance renforcée de son approvisionnement en kérosène afin d'éviter que la pénurie cloue les avions au sol cet été.
Pas de grand soir: Bruxelles a surtout égrené ses recommandations aux Etats membres, renvoyant à juin des annonces plus structurantes notamment une stratégie d'électrification du continent.
Le kérosène sous surveillance
La Commission européenne souligne qu'à ce stade il n'y a pas de pénurie systémique de kérosène au sein des Vingt-Sept. Mais l'inquiétude grandit alors que 20% du carburant d'aviation consommé par l'UE transitait habituellement par le détroit d'Ormuz.
Une crise d'approvisionnement pourrait se produire "très rapidement", avec le risque de billets d'avion plus chers et d'annulations de vols cet été, avait récemment déclaré le Commissaire européen à l'Energie Dan Jorgensen.
Pour l'éviter, Bruxelles a confirmé mercredi la création d'un observatoire des carburants qui surveillera plus particulièrement le kérosène.
L'UE pourrait aussi assouplir certaines règles encadrant les créneaux aéroportuaires ou le "fuel tankering", quand les compagnies volent avec plus de carburant que nécessaire afin d'éviter de racheter du kérosène dans un autre aéroport.
La Commission appelle les Etats à "maximiser la production des raffineries européennes" et à se coordonner en cas de libération de stocks d'urgence, si la crise perdure.
A plus long terme, l'UE envisage d'importer du kérosène alternatif depuis les Etats?Unis ou d'imposer aux Etats européens la constitution de réserves minimales. Un partage volontaire du kérosène entre les Etats membres est aussi évoqué.
Remplissage de gaz
Gaz, pétrole... : la guerre au Moyen-Orient a alourdi la facture de l'UE de 24 milliards d'euros pour ses importations de combustibles fossiles.
La Commission rappelle ses recommandations notamment commencer le plus tôt possible le remplissage de stock de gaz afin de préparer l'hiver. Pour atténuer la pression sur les prix, les Etats peuvent remplir un peu moins que prévu (80% plutôt que 90% habituellement). Le seuil pourrait être abaissé à 75%.
Concernant le pétrole, Bruxelles souligne aussi la nécessaire coordination en cas de libération de stocks.
Pour les engrais, qui se sont eux aussi envolés, l'UE mettra sur la table un plan d'action en mai afin de diversifier les approvisionnements et soutenir la production européenne.
Malgré la pression des agriculteurs et de certains Etats, la Commission n'entend pas suspendre son mécanisme de taxe carbone aux frontières de l'UE, en vigueur depuis début janvier.
Règles assouplies pour les aides d'Etat
L'UE a soumis aux Vingt-Sept un nouveau cadre sur les aides d'Etat qui leur permettra de soutenir temporairement les secteurs les plus exposés, sans être inquiétés pour entrave à la concurrence.
Les pays pourront par exemple accompagner l'industrie lourde, l'agriculture ou la pêche. C'est avec ce mécanisme que la France entend soutenir ses pêcheurs, avec une réduction entre 30 et 35 centimes d'euro par litre de gazole non routier.
Plan d'électrification en juin
Télétravail, transports publics, covoiturage: Bruxelles prône la sobriété énergétique pour limiter les effets de la crise.
Un temps attendue en mai, une "stratégie d'électrification" des usages sera présentée en juin. Elle vise à "mobiliser les investissements" et "lever des obstacles réglementaires" en la matière, avec un objectif chiffré.
"Les renouvelables et le nucléaire représentent désormais plus de 70% de la production d'électricité en Europe", mais "il faut aller beaucoup plus loin: ces sources doivent être mieux intégrées au système énergétique. Aujourd'hui encore, de grandes quantités d'électricité propre restent inutilisées ou gaspillées", avait souligné Ursula von der Leyen mi-avril.
Concernant, les interconnexions des réseaux électriques entre les 27, la présidente de la Commission souhaite l'adoption avant l'été d'un plan présenté en décembre dernier.
Elle n'a par ailleurs pas donné suite aux appels à taxer les "superprofits" des entreprises d'énergie.
Hydrogène vert et nucléaire
L'Union européenne promet de réviser durant le deuxième trimestre les critères de production de "l'hydrogène renouvelable", et y voit un moyen de contribuer "à accélérer le développement du carburant aérien durable d'origine électrique (eSAF)".
D'ici le 30 juin, la Commission regardera s'il faut prendre en compte l'électricité produite par les centrales nucléaires dans la méthodologie d'évaluation des réductions d'émissions de gaz à effet de serre.
Satisfecit sur la fin des chaudières à gaz en France
Bruxelles liste par ailleurs les "bonnes pratiques" pour décarboner l'économie.
Sans nommer les pays concernés, la Commission soutient par exemple l'interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs, annoncée par la France à partir de fin 2026 ou des réductions de tarifs dans les transports publics appliqués en Espagne.