- Connaissance des Énergies avec AFP
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Plus petit territoire jamais qualifié pour une Coupe du monde de football, Curaçao espère que le Mondial-2026 stimulera son tourisme, déclare son Premier ministre dans un entretien à l'AFP consacré à l'économie de cette île néerlandaise des Caraïbes.
Gilmar "Pik" Pisas assure aussi qu'il n'est "pas pressé" de rouvrir la méga-raffinerie Isla, ex-pilier de son économie anciennement exploité par un géant public vénézuélien et fermé en raison de sanctions américaines. Il promet également que l'île, jadis un paradis fiscal, est aujourd'hui irréprochable.
"Le football vient de nous mettre sur la carte du monde. Nous devons simplement mieux nous organiser en interne", se félicite le Premier ministre de 54 ans.
"Le flux de personnes qui vont venir à Curaçao" va augmenter, "les gens voudront savoir d'où viennent ces garçons (footballeurs), comment est notre pays, ce que nous avons à offrir.... Ce sera fort économiquement. Ca nous a donné un +boost+. Nous devons nous préparer parfaitement à ce qui arrive", souligne-t-il.
Le tourisme représente entre 35 et 40% des revenus du territoire, qui a accueilli en 2025 quelque 1,5 millions de voyageurs, selon l'agence locale du tourisme. Effet coupe du monde? Le tourisme dans l'île de 160.000 habitants a augmenté de 13% au premier trimestre.
- "PDVSA va revenir!" -
L'autre ancien pilier de l'économie curacienne, la méga-raffinerie de Isla, qui peut traiter quelque 350.000 barils par jour, est à l'arrêt depuis plus de cinq ans en raison des sanctions américaines contre le Venezuela, son voisin.
Curaçao a tenté en vain de relancer l'activité à plusieurs reprises. M. Pisas espère qu'avec la capture du président Nicolas Maduro en janvier, Washington va débloquer la situation et permettre au géant public Petroleos de Venezuela (PDVSA) de revenir.
"En ce moment, les Etats-Unis et le Venezuela sont dans une phase de coopération, ils travaillent bien ensemble", analyse M. Pisas, alors que la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, opère une détente avec les Etats-Unis et a fait adopter de nouvelles lois à la satisfaction de Donald Trump. De son côté, Washington assouplit graduellement les sanctions.
"Je dois aller au Venezuela. (...) Maintenant, nous avons une bonne communication. Je suis sûr que nous allons avoir une bonne discussion quand j'irai là-bas, en parlant avec la présidente actuelle, pour que PDVSA puisse redémarrer", dit-il.
"PDVSA va revenir! On ne sait pas quand. J'en suis sûr avec le temps. En ce moment, là-bas (au Venezuela) aussi, il faut investir beaucoup" pour réparer et moderniser les structures, "les Etats-Unis sont en train de dégeler les avoirs (...) Je pense qu'ils (les Vénézuéliens) vont se stabiliser. On m'a dit: +Donne-nous un an. A partir de là, on pourra parler+".
"Je ne suis pas pressé. Grâce (aux recettes) de stockage, nous avons des revenus pour maintenir le fonctionnement de la raffinerie", précise-t-il.
Mais si réouverture il y a, pas question de revenir à la pollution d'antan, promet-il: "nous ne pouvons pas rouvrir simplement en laissant sortir ces fumées qu'on rejetait avant. C'est fini. Nous allons être respectueux de l'environnement. Si cela n'est pas possible, alors nous n'ouvrirons pas", dit-il.
- "Nous avons des lois" -
"Avec le temps, la raffinerie va rouvrir et nous allons à nouveau avoir un pilier économique solide. En ce moment, nous en avons plusieurs: le tourisme" et les "licences" de casinos en ligne, ajoute-t-il. Le jeu en ligne "nous rapporte beaucoup", assure-t-il.
Des spécialistes estiment toutefois que le pays ne bénéficie pas suffisamment de cette manne. Selon des sources proches du gouvernement, les licences rapportent environ 20 millions de dollars par an à l'Etat qui ne touche rien ou très peu sur l'activité (impôts ou taxes).
Le Premier ministre réfute complètement les accusations de blanchiment d'argent qui ont entaché autrefois la réputation de l'île: "Non, non non (Pas de blanchiment). Nous avons des lois. Pratiquement toutes les banques travaillent avec les opérateurs américains et nous sommes soumis à un contrôle tellement strict que nous sommes obligés de nous y conformer", promet-il.
Sur le dossier de l'immigration, à contre-courant de beaucoup de pays, Curaçao va régulariser prochainement quelque 20.000 immigrés vénézuéliens: "ils travaillent déjà ici. Mais ils envoient beaucoup d'argent à l'étranger. En ce qui concerne les impôts, nous avons un gros problème" puisqu'ils n'en paient pas, n'étant pas déclarés.
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