- Connaissance des Énergies avec AFP
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"On sent un frémissement": la demande de plastique recyclé semble repartir à la hausse, conséquence des difficultés de son concurrent "vierge", produit à partir de pétrole, depuis le blocage du détroit d'Ormuz et la flambée des cours de l'or noir.
Sous les auvents de l'usine Paprec de La Loyère, près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), des "balles" de plastique, gros cubes d'emballages agglomérés issus de la collecte sélective des déchets, patientent avant de partir pour leur odyssée du recyclage.
Dans un immense hangar, les plastiques défilent sur des tapis roulants et des machines équipées de capteurs infrarouges trient dans un brouhaha permanent les déchets selon le type de plastique, polyéthylène haute densité (PEHD) d'un côté, polypropylène (PP) de l'autre, avant de "surtrier" les plastiques par couleur. Ils seront ensuite broyés, lavés, découpés en "paillettes", des petites particules "de un à deux centimètres carrés", explique David Verrien, directeur de production de l'usine.
Enfin, les paillettes sont lavées pour ôter les résidus et préparer la phase finale de transformation en granulés de plastique: l'extrusion, qui consiste à faire fondre les paillettes pour les transformer en granulés à destination des transformateurs.
Mais l'usine de La Loyère, pour laquelle Paprec a investi 26 millions d'euros en 2021, dont 5 millions de l'Agence de maitrise de l'énergie Ademe, ne tourne pas à plein régime.
"Quand on a fait nos investissements, on imaginait qu'on allait saturer beaucoup plus rapidement que ça notre capacité de production", explique Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec.
C'était sans compter sur une crise de longue haleine, marquée par "la dégradation de la demande", selon lui. Son groupe a dû faire face, comme l'ensemble du secteur en Europe, à une féroce concurrence de plastique vierge en provenance de Chine et du Moyen-Orient, favorisée par des surcapacités chinoises et des prix en baisse, conséquence de cours du pétrole en berne depuis des mois.
"Enormément de plasturgistes français et européens dépendent de l'import depuis le Moyen-Orient ou bien depuis l'Asie", explique à l'AFP, Bibiane Barbaza, responsable des affaires économiques de Polyvia, principal syndicat français de la plasturgie. Elle estime à "10 à 15%", la quantité de matière vierge importée du Moyen-Orient en 2025.
Des flux commerciaux remis en cause par le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20% des hydrocarbures mondiales, conséquence de la guerre au Moyen-Orient.
- Fermetures d'usines -
"Il n'y a pas de risque généralisé de ruptures d'approvisionnement en Europe, mais certains plasturgistes, en particulier ceux qui achetaient des matières plastiques au Moyen-Orient ou en Asie, peuvent être confrontés à des arrêts ou retards de livraisons", confirme à l'AFP Jean-Yves Daclin, directeur général France de l'association d'industriels Plastics Europe.
Une nouvelle donne qui pousse à se tourner vers la matière recyclée, d'autant que l'écart de prix entre matière vierge et recyclée, plus onéreuse, tend à se réduire, avec la flambée des cours du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
"On sent un frémissement" de la demande "sur les 15 derniers jours", confirme M. Petithuguenin, mais "ça ne constitue pas un modèle économique d'avoir des clients en situation de crise".
Avec l'ensemble de ses collègues recycleurs européens, il milite depuis des mois auprès de Bruxelles pour un cadre réglementaire favorisant un "choc de la demande" et notamment des obligations d'incorporation renforcées de matière recyclée pour les emballages de boissons.
Car la crise a commencé à faire des dégâts dans l'appareil industriel européen: alors que le secteur a investi massivement, doublant la capacité de recyclage entre 2017 et 2022, de 6 à plus de 12 millions de tonnes (Mt), plusieurs usines ont fermé dernièrement, faisant perdre à l'Europe 1 Mt de capacités, compromettant les objectifs de recyclage fixés par Bruxelles.
L'Europe vise 55% de recyclage des emballages plastiques d'ici 2030.
"C'est là où l'industrie du recyclage montre toute sa pertinence", estime Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, qui appelle également l'Etat à faire pression sur les donneurs d'ordres industriels, débouchés potentiels.
Car même si cela a un coût, "utiliser du plastique recyclé ça permet d'émettre moins de CO2, donc d'utiliser moins de pétrole, mais ça permet également de se rendre indépendant des pays qui nous approvisionnent", conclut M. Chastel.