- Connaissance des Énergies avec AFP
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La Chine parvient à amortir le choc énergétique de la guerre au Moyen-Orient grâce à ses stocks et à la diversification de ses approvisionnements, selon des analystes.
Le géant asiatique, qui importe plus de pétrole qu'il n'en exporte, a vu l'an dernier plus de la moitié de ses importations de brut arrivant par voie maritime provenir du Moyen-Orient, selon le cabinet d'analyse Kpler.
Depuis six semaines, le conflit déclenché par des frappes d'Israël et des Etats-Unis contre l'Iran a quasiment interrompu les expéditions de pétrole depuis le Golfe. La trêve actuelle, fragile, ne devrait pas permettre une reprise rapide des flux.
La Chine apparaît toutefois bien préparée, fruit d'une priorité accordée de longue date à la sécurité énergétique, indiquent des analystes à l'AFP.
Les inquiétudes croissantes des dirigeants chinois ces dernières années face à la situation géopolitique les ont poussés à développer les capacités de stockage et renforcer les réserves stratégiques, explique Muyu Xu, analyste chez Kpler.
Cette planification place aujourd'hui la Chine dans une position bien plus confortable que plusieurs de ses voisins asiatiques, comme le Japon ou les Philippines, souligne-t-elle.
Le pays n'a ainsi pas eu à "se précipiter" pour puiser dans ses importantes réserves stratégiques, ajoute-t-elle.
Cela s'explique par la transition énergétique engagée depuis plusieurs décennies pour réduire sa dépendance au charbon et aux énergies fossiles.
- Pas de choc immédiat -
Le développement massif des renouvelables place la Chine dans une situation "relativement favorable" face à la crise, estime Lauri Myllyvirta, cofondateur du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (Crea), un institut basé en Finlande.
Des capacités éoliennes, solaires et nucléaires ont été installées dans les régions côtières densément peuplées et l'amélioration des réseaux permet de mieux acheminer l'électricité depuis l'intérieur du pays.
Sans ces évolutions, "les besoins d'importations de pétrole et de gaz pour alimenter ces provinces seraient bien plus importants", souligne-t-il.
Pour Li Shuo, spécialiste de la politique climatique chinoise à l'Asia Society Policy Institute, un centre de réflexion américain, la crise actuelle "valide" la stratégie chinoise de diversification énergétique.
Face aux tensions géopolitiques croissantes, le président Xi Jinping entend d'ailleurs accélérer encore le développement des renouvelables.
Dans un reportage diffusé lundi par la télévision publique CCTV, qui ne mentionnait pas explicitement le conflit au Moyen-Orient, le chef de l'Etat a appelé à accélérer la construction d'un "nouveau système énergétique" pour garantir la sécurité du pays dans ce domaine.
Pour la Chine, le principal risque n'est pas un choc énergétique immédiat, mais un éventuel ralentissement économique mondial induit par le conflit, estime Li Shuo.
Certains secteurs seront touchés, compliquant la tâche d'autorités déjà en proie à une activité en berne.
C'est notamment le cas des petites raffineries chinoises privées, qui ont historiquement profité d'un accès à du brut iranien et vénézuélien sous sanctions, acheté à prix réduit.
- "Pressions importantes" -
Elles ont déjà été fragilisées par l'intervention militaire américaine au Venezuela cette année, qui a tari les flux de pétrole provenant du pays sud-américain.
La perte du brut iranien pourrait porter un coup fatal à plusieurs de ces installations, principalement situées dans la province du Shandong (est).
Un coup dur pour Pékin?
D'un côté, ces petites raffineries représentent environ un cinquième de la capacité de raffinage chinoise et génèrent beaucoup d'emplois, explique Muyu Xu, de Kpler.
Mais leurs normes environnementales laxistes, leurs contributions fiscales moins prévisibles et la concurrence qu'elles font subir aux géants publics font que leur disparition "n'est pas une si mauvaise nouvelle pour la Chine", selon elle.
Autre secteur exposé si le détroit d'Ormuz reste fermé: les semi-conducteurs, priorité stratégique pour Xi Jinping.
Le Qatar, l'un des rares grands producteurs mondiaux d'hélium, gaz indispensable à la fabrication de puces, a vu ses exportations interrompues depuis le début du conflit.
L'industrie chimique pourrait aussi subir "des pressions importantes" liées aux perturbations, estime la chercheuse Michal Meidan, du centre de recherche Oxford Institute for Energy Studies.
L'économie chinoise "ne sera pas à l'abri de la hausse des prix et du ralentissement de l'activité, mais les acteurs concernés ont déjà pris des mesures préventives en cas de perturbations prolongées" et les effets devraient être "contenus", souligne-t-elle.