L’intensité carbone de votre consommation électrique détaillée... et anticipée

Electricity Map

Plus d’un million de personnes ont consulté l’Electricity Map depuis septembre 2016. (©Tomorrow)

Après plus d’un an d’existence, l’Electricity Map va entrer dans une nouvelle phase « dans les jours qui viennent » en apportant de nouveaux services aux professionnels. Explications.

La consommation électrique de 50 pays décryptée en direct

Mise en ligne par la start-up danoise Tomorrow en septembre 2016, l’Electricity Map(1) permet de consulter en direct l’intensité carbone de sa consommation d’électricité en fonction des émissions de gaz à effet associées en amont à sa production (en équivalent CO2).

Concrètement, Tomorrow utilise un facteur d’émission pour chaque type de centrale électrique (sur la base de données du GIEC) et précise l’origine de la consommation électrique dans chaque pays. L’Electricity Map intègre des données des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité et prend en compte les échanges transfrontaliers et le stockage d’électricité pour calculer l’intensité carbone réelle des consommations.

Actualisée toutes les 5 minutes, la carte délivre aujourd’hui les données de 50 pays dans le monde entier et de 70 zones géographiques (en incluant notamment plusieurs États nord-américains et australiens). Elle permet de visualiser facilement l’impact de sa consommation grâce à une gamme de couleurs, allant du vert au noir.

Le jeudi 14 décembre à 16h15, la France était par exemple colorée en vert (79 g CO2/kWh consommé), le Royaume-Uni en orange (383 g CO2/kWh), la Pologne en marron (606 g CO2/kWh) et l’Estonie en noir (874 g CO2/kWh). La France produisait alors 63% de son électricité grâce au nucléaire (intensité carbone de 12 g CO2/kWh)(2), 12% grâce à l’hydroélectricité (24 g CO2/kWh) et 10% grâce à l’éolien (12 g CO2/kWh). Au même moment, l’électricité en Estonie était massivement produite à partir de centrales au fioul.

L’importance de la prise en compte des interconnexions

Pour mesurer l’impact réel de sa consommation électrique, il est indispensable de connaître les différentes sources de production, qu’elles soient locales ou importées.

Dans l’Union européenne, les capacités d’interconnexion des États membres devront atteindre au moins 10% de leurs capacités de production électrique à l’horizon 2020. Cet objectif réglementaire est déjà largement dépassé dans certains pays avec un taux d’interconnexion atteignant jusqu’à 40%.

C’est le cas de l’Autriche et du Danemark, pays qui a importé 54% de sa consommation électrique durant l’été 2017 (en utilisant les barrages hydroélectriques norvégiens pour stocker sa production éolienne intermittente). En moyenne, 12% de l’électricité consommée par un citoyen européen l’été dernier a été importée depuis un pays voisin, selon les données de Tomorrow.

Un historique de données et un service « API » à fort potentiel

La version professionnelle de l’Electricity Map (actuellement accessible sur https://pro.electricitymap.org/) va délivrer de nouveaux types de services. Un service « Data » permettra de consulter un historique de 5 ans de données tandis qu’un service « API » donnera accès à des données prédictives (à 72h). Des rapports et infographies pourront être édités pour disposer d’un aperçu synthétique de la consommation électrique sur une durée donnée.

Pour les données prédictives, «  des modèles de machine learning utilisent l’historique de données, qui sont croisées avec des prévisions météo, de l’évolution des prix spots et des importations/exportations », indique Bruno Lajoie, co-fondateur de Tomorrow.

Le service « API » pourrait avoir un impact sensible sur les émissions de CO2 : des fabricants de thermostats connectés, de véhicules électriques et des exploitants de data centers testent actuellement ce service afin de déclencher les consommations d’électricité lorsque leur empreinte carbone est la plus limitée. Dans le cas des data centers, des opérations pourraient être arbitrées entre différentes zones géographiques en fonction de l’intensité carbone, précise Bruno Lajoie.

A plus long terme, Tomorrow envisage de faire de l’Electricity Map « un Google Map de l’électricité disponible dans le monde entier », puis d’étendre la mesure de l’impact carbone à toutes les autres énergies consommées au quotidien.

Electricity Map de Tomorrow
L’Electricity Map délivre des données « instantanées » sur le mix de production électrique de son pays, sur le stockage ou encore sur les prix « spot » ainsi que des prévisions météorologiques. (©Tomorrow)

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