Le président Macron a-t-il dissous plus que le Parlement ?

Brice Lalonde

Président d'Équilibre des Énergies
Ancien ministre de l'Environnement et ancien ambassadeur chargé des négociations internationales sur le climat pour la France

Le soudain renvoi du Parlement a stoppé net l’activité législative, dont celle qui préparait l’avenir énergétique de la France. Évaporées la loi énergie-climat, la Programmation pluriannuelle de l’énergie, la Stratégie bas-carbone, l’adaptation au changement climatique, tous textes structurants qui devaient engager l’économie dans la prochaine décennie et encadrer une intense politique d’industrialisation.

La cassure est d’autant plus fâcheuse que la France vient d’accélérer son rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre et paraît ainsi capable d’atteindre ses objectifs climatiques. Il ne faut surtout pas arrêter. À cet égard, il serait détestable de détourner le pays du chemin emprunté depuis le discours de Belfort, d’entraver l’électrification des usages de l’énergie et de rompre la coexistence des sources renouvelables et nucléaire. En somme il faut continuer à faire du Macron, avec ou sans Macron

Évidemment la politique de la France ne se limite pas à l’environnement, et je ne diminue pas la nécessité d’entamer une négociation de paix en Ukraine, l’aspiration à la sécurité et à l’ordre dans les rues, le souci du pouvoir d’achat et de l’efficacité des services publics, l’envie d’être fier de son pays et de son identité.

L’élection du nouveau Parlement ne se jouera pas sur le climat. Pour autant l’énergie, les sols, l’eau sont des ressources primordiales trop souvent considérées comme acquises. Une nature maltraitée devient inhospitalière. Les morts de La Mecque en sont témoins. C’est pourquoi, quels que soient les résultats des élections, la lutte contre le changement climatique doit être conduite avec détermination sous l’égide du Pacte vert européen, lequel appelle une relance industrielle et des moyens de financement à l’échelle du continent.

Pas question de revenir sur l’électrification des véhicules et son accompagnement, c’est l’industrie automobile qui le dit. En revanche plus de pragmatisme dans la rénovation des logements où l’économie d’énergie doit aller de pair avec sa décarbonation. Pour moins de la moitié la chaleur d’origine renouvelable et pour plus de la moitié l’électricité bas carbone seront les vecteurs de la transition. Le prochain gouvernement devra favoriser leur développement.

Les prix de l’électricité devront contribuer au financement de sa production et de son transport, ainsi qu’à l’équilibre de ses réseaux, tandis que les règles du marché devront garantir une répartition optimale de la production entre les sources intermittentes et pilotables.

Je m’inquiète du risque de décrochage de l’Europe, en particulier d’une France endettée et désorientée, par rapport aux États-Unis ou à la Chine. Là-bas parmi les sujets de débats, on parle d’exploration spatiale, de robots qui surpasseraient les intelligences humaines ou d’êtres vivants bricolés par la biologie de synthèse. Ce sont des questions aussi lourdes de conséquences pour l’humanité que le changement climatique, mais elles sont absentes de la campagne électorale française, trop passionnée pour voir l’horizon. Est-ce que nos partis laissent à d’autres le soin de choisir le futur ? Comment se fait-il que les plus grandes entreprises du numérique se trouvent en Amérique ou que les techniques vertes soient produites avec tant de réussite par la Chine ?

Pendant vingt ans, l’Europe avait le monopole de la politique climatique. Aujourd’hui elle est concurrencée par ces deux pays-continents. La comparaison des stratégies est intéressante. L’Europe prescrit les politiques favorables au climat et les appuie en interdisant celles qui ne le sont pas. Elle se donne beaucoup de mal pour établir le catalogue des choses permises dont le nucléaire a longtemps été exclu.

La Chine et les États-Unis incitent aussi aux politiques climatiques, les subventionnent généreusement, mais n’interdisent en rien celles qui ne le sont pas. Tout est permis, les forages pétroliers ou les centrales à charbon. Au bout du compte, je constate néanmoins que les panneaux photovoltaïques et les éoliennes en ont supérieurement profité, comme si le supplément de croissance sale avait bénéficié à la croissance propre. Au fond peut-être suffit-il de conclure qu’il vaut mieux agir qu’interdire.

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Commentaire

Fayat pierre

je suis fort heureux que soit enfin mise en cause ce que Valery Giscard d'Estaing a appelé l'arnaque du siècle. Elle consiste à faire payer au réseau et aux consommateurs l'intermittence et le stockage des excès de productions et à maintenir les productions à bases d'énergies fossiles au nom de" on ne peut pas faire autrement"; Suivons plutôt les conseils de JANCOVICI;

Hervé

Plutôt d'accord mais l'auteur devrait développer l’intérêt de faire cohabiter nucléaire et ENR qu'il semble promouvoir. Mis a part un peu de solaire, et bien évidemment les investissements dans l'hydraulique, j'ai du mal a percevoir un intérêt technico-économique à cette stratégie en l'état des technologies de stockage prévisible à moyen terme.

La meilleure politique pour limiter les émissions de CO2 tout en favorisant l’économie est d'augmenter progressivement la taxation de la cause, à savoir les hydrocarbures importés tout en diminuant les taxes sur l’électricité bas carbone (souvent produite localement). Le marché fera le reste...

Ségala

Bonjour,
puissent les locataires de l'Assemblée Nationale vous entendre à défaut de vous lire. Ce ne sera pas suffisant. Nous entrons dans une période où nous allons avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière pour contraintes défavorables. Donc ça risque d'être particulièrement raide à digérer. Ce qui amènera des distorsions dans le paysage, qu'il soit urbain, rural, politique et militaire.
Je m'explique parce que dit comme ça, cela n'avance à rien.
Premier point le climat. Malheureusement ce qui est engagé l'est pour longtemps et nos efforts, nécessaires pour ne pas aggraver la situation ne seront pas récompensés par un apaisement. Nous aurons donc à faire face à des coûts.
Deuxième point, l'énergie. Malgré la bonne volonté de nos dirigeants pour électrifier et décarboner l'économie et l'industrie, tout ne sera possible qu'avec des machines qu'il faudra bien d'abord créer puis alimenter; et tout ceci ne peut se faire qu'avec du pétrole que nous n'avons pas; donc de nouveau des coûts. (la commission européenne et ses prévisions en matière de renouvelable et d'hydrogène vient d'être renvoyée dans les cordes par sa cour des compte sur le dernier point pour impréparation et calcul peu précis; voir ici: https://www.eca.europa.eu/ECAPublications/SR-2024-11/SR-2024-11_FR.pdf
Et puis pour finir, justement l'argent. Même si celui-ci n'est qu'un morceau de papier ne reposant sur pas grand chose, ceux qui n'en ont pas beaucoup trouvent qu'ils n'en ont pas assez et qu'on leur en prend encore trop; ceux qui en ont beaucoup .... pareil; et comme il faut bien payer pour avoir, comment faire avec 3000 milliards de dette et un PIB réel qui doit plutôt être autour de la moitié de la dette plutôt qu'à 80% ? J'entends par PIB réel tout ce qui est vraiment produit et pas les bêtises qui sont du vent financier et des écritures.
Donc; pour moi, le déclassement par rapport aux US ou à la Chine ne me chagrine pas; à la limite au contraire, si notre pays et ses dirigeants reviennent au réel.
Mais ça ?

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