Nucléaire : une multiplicité de scénarios pour tenter d’imaginer le futur de la filière

Stéphanie Tillement et Nicolas Thiollière

Stéphanie Tillement est sociologue, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom.
Nicolas Thiollière est enseignant-chercheur en physique des réacteurs et scénarios associés, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom.

Le nucléaire occupe une place très importante en France – où près de 75% de l’électricité est produite grâce à cette énergie – et pose des questions majeures, qu’il s’agisse de penser sa place dans le futur mix électrique ou les modalités de gestion des matières et déchets radioactifs qui l’accompagnent.

Mais les discussions menées dans le cadre de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ont finalement peu abordé ces enjeux. Le débat public qui s’est ouvert le 17 avril sur la gestion des matières et déchets radioactifs sera peut-être l’occasion d’aller plus loin.

Sur les 58 réacteurs à eau pressurisés (REP) dits de « génération 2 » actuellement en service en France, 19 ont été mis en service avant 1981 et atteindront leur durée de vie théorique de 40 ans dans les 3 prochaines années.

L’avenir de la filière nucléaire constitue une question centrale, susceptible d’impacter durablement l’ensemble des acteurs – producteurs d’électricité, gestionnaires de réseaux, fournisseurs d’énergie et consommateurs. Ce sont en fait tous les citoyens français qui sont concernés.

Imaginer le futur du nucléaire

Les décisions d’investissement relatives au secteur de l’électricité peuvent engager le pays pour des dizaines, voire des centaines d’années, et ce futur demeure évidemment incertain. Dans un tel contexte, les démarches prospectives sont un moyen de se projeter dans le futur et d’identifier, même partiellement, les possibles conséquences de choix présents.

Ce type d’approche nécessite au préalable d’identifier, puis d’analyser les différentes trajectoires possibles afin de les évaluer et, éventuellement, de les hiérarchiser. Le futur du nucléaire est caractérisé par un spectre des possibles relativement large : il varie notamment selon l’évolution de la puissance installée et le rythme de déploiement des nouvelles technologies (celle des EPR, dits de « génération 3 » ou celle des RNR, dits de « génération 4 »).

Compte tenu de toutes les incertitudes relatives au devenir de la filière nucléaire, les recherches s’appuient sur des outils de simulation : partant d’une description fine des installations nucléaires et de la physique qui les gouverne, un « scénario électronucléaire » constitue une brique élémentaire du scénario énergétique(1).

L’étude de scénarios nucléaires vise à étudier et analyser une ou des trajectoires d’évolution d’un parc du point de vue des bilans matières, c’est-à-dire du suivi de l’évolution des matières radioactives (uranium, plutonium, produits de fission, etc.) dans les sites nucléaires. Elle s’appuie généralement sur un outil de modélisation complexe qui gère plusieurs échelles spatiales (de la particule élémentaire jusqu’au parc) et temporelles (inférieure à la microseconde pour certaines réactions nucléaires jusqu’à plusieurs millions d’années pour certains déchets).

À partir de la définition précise d’un parc et de son évolution au cours du temps, un « code de simulation » calcule l’évolution de la masse de chaque élément d’intérêt, radioactif ou non, dans toutes les installations nucléaires. Ces informations peuvent ensuite servir de base pour produire des données plus exploitables relatives à la gestion des ressources et des matières recyclées, à la radioprotection, etc.

L’émergence de nouveaux acteurs

Longtemps réservés aux institutionnels ou industriels de la filière, les processus de construction de scénarios se sont progressivement ouverts aux chercheurs académiques, sous l’impulsion majeure de la loi Bataille de 1991 puis de la loi Birraux de 2006 relative à la gestion des matières et déchets radioactifs. Cela a permis une diversification du panel d’acteurs impliqués dans la production, l’évaluation, mais aussi l’usage des scénarios.

Au-delà des acteurs historiques (EDF et CEA en particulier), des chercheurs du CNRS ou universitaires (physiciens principalement et plus récemment économistes) ainsi que des représentants de la société civile, se sont emparés de ces questions en produisant leurs propres scénarios.

Du côté des utilisateurs aussi, des évolutions notables ont eu lieu. Si les questions nucléaires étaient débattues quasi exclusivement entre les acteurs du nucléaire et le pouvoir exécutif avant les lois Bataille et Birraux, promouvant l’image de questions confinées au « secret des cabinets ministériels », ces textes ont structuré la mise à l’agenda de ces questions au travers d’arènes plus ouvertes et publiques, notamment dans les sphères académiques et législatives.

Elles ont ainsi créé une Commission nationale d’évaluation (CNE) des recherches et études relatives à la gestion des matières et des déchets radioactifs(2), composée de douze membres choisis sur propositions de l’Académie des sciences, de l’Académie des sciences morales et politiques et de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Les études de scénarios produits par les institutionnels, industriels ou académiques sont évaluées par cette commission, donnant lieu à un rapport annuel et public, transmis aux parlementaires.

Cette ouverture à un panel plus large d’acteurs a eu des effets sur les pratiques de scénarisation. Elle a abouti à un mouvement de diversification des scénarios et des hypothèses sur lesquelles ils sont construits.

Une variété de scénarios

Parmi les scénarios construits par les institutionnels où les industriels du nucléaire dominent, aux dires de ces mêmes acteurs, des propositions « réalistes » : ces scénarios s’appuient sur des retours d’expérience issus de la filière nucléaire. Ils mettent en jeu des technologies déjà conçues ou exploitées et s’appuient majoritairement sur des hypothèses de poursuite du nucléaire, à une puissance installée constante (voir à ce propos le rapport CEA de 2015(3)).

Les scénarios proposés par le monde de la recherche tendent à s’affranchir de l’obligation de « réalisme industriel » et à explorer des futurs en rupture avec l’existant. On peut citer les travaux menés sur la transmutation en ADS (réacteur piloté par accélérateur), les études de conception de RSF (réacteurs à sels fondus), parfois qualifiés de réacteurs « exotiques », ou encore les études relatives au cycle thorium. Une étude récente(4) a également analysé l’impact du recyclage du plutonium dans des réacteurs de technologie actuelle, dans le cadre d’une réduction significative de la part du nucléaire, voire de la sortie du nucléaire d’ici 2050.

On le voit, ces scénarios académiques sont souvent élaborés avec l’objectif de déconstruire les rhétoriques dominantes, dans une logique de débat.

Les scénarios électronucléaires jouent ainsi incontestablement le rôle d’« objet-frontière ». Ils offrent l’opportunité à des communautés d’acteurs aux connaissances et intérêts différents, voire opposés, de se rencontrer, de confronter leurs visions du futur, de se structurer ou même de coopérer. Ce faisant, ils favorisent une ouverture du « champ des possibles », et finalement l’innovation, à travers une plus grande diversité de scénarios produits.

Face aux incertitudes inhérentes au monde du nucléaire, cette diversité apparaît aussi comme la possibilité d’une plus grande robustesse ou fiabilité des scénarios produits, leur mise en discussion obligeant les acteurs à expliciter, voire à justifier, les hypothèses, outils et critères mobilisés, encore souvent implicites.

Débattre des scénarios

La façon dont ces différents scénarios pourraient soutenir des décisions « éclairées » reste toutefois l’objet de controverses.

La complexité du système à modéliser implique en effet des simplifications qui produisent des biais difficilement quantifiables dans les données de sortie. Ces biais concernent aussi bien les données techniques qu’économiques et sont souvent utilisés, à juste titre, pour contester les résultats des scénarios et les recommandations qu’ils peuvent soutenir.

Comment dès lors s’assurer de la robustesse des scénarios produits ?

Deux stratégies s’opposent : faut-il s’atteler à construire des scénarios simples ou simplifiés, dans un souci de les rendre compréhensibles par le plus grand nombre (notamment les politiques), au risque de négliger des variables importantes et de « biaiser » les décisions ? Ou faut-il produire des scénarios eux-mêmes complexes, plus fidèles aux processus en jeu et à leurs incertitudes, au risque de les rendre largement « opaques » aux décideurs, et plus largement aux citoyens invités à prendre part au débat public ?

Aujourd’hui, les scénarios restent encore trop peu débattus en dehors des cercles d’experts. Mais souhaitons que le débat public organisé sur la gestion des matières et déchets radioactifs constitue une excellente occasion de faire davantage entrer ces questions « dans le champ de la démocratie », pour reprendre les termes de Christian Bataille.

Sources / Notes
  1. Peu connu du grand public, le scénario électronucléaire diffère des scénarios énergétiques mobilisés pour alimenter les réflexions de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le scénario nucléaire constitue une brique élémentaire du scénario énergétique et part d’une description fine des installations nucléaires et de la physique qui les gouverne. En pratique, scénarios énergétique et nucléaire peuvent être complémentaires : les sorties du premier constituant les hypothèses du deuxième ; les résultats du deuxième permettant d’analyser plus finement les trajectoires du premier.
  2. Site de la CNE.
  3. Avancées des recherches sur la séparation-transmutation et le multi-recyclage du plutonium dans les réacteurs à flux de neutrons rapides, CEA, juin 2015.
  4. Étude de l’incinération du plutonium en REP MOX sur support d’uranium enrichi avec le code de simulation dynamique du cycle CLASS, Fanny Courtin, décembre 2017.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Commentaire

Bruno Lalouette

Référendum!
De quel droit impose-t-on aux gens et aux pays voisins un risque nucléaire majeur?

Les prix sont truqués!

Le coût réel est bien plus élevé entre déchets et démantèlement!

L'EPR est donné pour 109 euros le MWh!

La destination finale de cette électricité qui ne sert qu'à chauffer des radiateurs électriques alors que le solaire thermique pourrait y pourvoir pour beaucoup moins cher et sans risques, ni transports, ni pertes (1/3 de la facture EDF)!

GERARD GRUNBLATT

Le chauffage electrique en France c'est ~40TWh le chauffage fioul et gaz c est 》200TWh
Concluez!

Bruno Lalouette

Et le chauffage thermique solaire, c'est combien?

http://www.enerzine.com/un-systeme-ingenieux-canadien-de-chauffage-dist…

Les résultats obtenus :

Les besoins en énergie d’une maison canadienne courante se répartissent ainsi : 60% de ceux-ci portent sur le chauffage des espaces, 20% sur le chauffage de l’eau, et 20% sur le fonctionnement desappareils, l’éclairage et diverses autres fins.

Le chauffage des espaces :

Plus de 90% de l’énergie utilisée pour le chauffage des espaces dans une maison de la CSDL au cours d’une année est constitué d’énergie solaire. Même dans un hiver et un printemps inhabituellement froids, 85% de la chaleur nécessaire est tiré du soleil.

Le chauffage de l’eau :

La combinaison de conduits à haut rendement, de chauffe-eau au gaz naturel et de dispositifs d’économie d’eau permet à chaque maison de la CSDL de consommer entre 65 et 70% moins de gaz naturel pour chauffer l’eau que les maisons neuves courantes. Ce bilan seulement signifie des économies annuelles d’une tonne d’émissions de gaz à effet de serre par maison.

A compléter par de l'énergie bois et non du gaz, et par des moteurs Stirling pour produire de l'électricité...

Concluez!

Daniel Fruchart

Mais de quel droit plus des 3/4 des pays de cette planète continuent à nous empester l'atmosphère avec des énergies fossiles comme charbon (Chine, Allemagne, Pologne, USA..) et pétrole.. et conduire des milliers (dizaines de milliers ??) d'êtres humains à être tués dans mines et chantiers ou emportés tôt par leurs poumons ravagés... Ces ressources fossiles contribuent pour 2/3 des productions énergétiques actuelles et la vision qui semble apparaître est qu'hélas cela va encore continuer bien longtemps...
J'ai lu tant de "conn....." dans les prises de position proposées en annexe "Energie" au Grand Débat que l'idée d'un référendum peut paraître complétement hasardeuse (farfelue).
Et pour cause, le "champion" du référendum - De Gaulle - n'a jamais émis l'idée d'un référendum quand au programme électronucléaire français, qui nous a bien chauffé jusqu'à présent... n'en déplaise aux solarisés thermiques du nord de la France qui ces jours prochains vont sans doute grelotter un peu..
Le maximum d'entropie (référendum) n'est certainement pas la meilleure opération pour concentrer l'énergie de façon optimale. Ce qui se passe actuellement au niveau mondial entre les 194-195 pays sur notre planète... c'est le chacun pour soi, avec ses idées, ses ressources, ses coûts... Quand on (m')aura démontré que le solaire thermique c'est ce qui va servir toutes les populations (du nord au sud) de la planète, à faire marcher l'industrie et les services, à subvenir à la nourriture de presque 10 000000000 de personnes... je serai soulagé qu'il n'y ait plus besoin de trop gratter le sol pour extraire le charbon, l'uranium ou maintenant le lithium...et respirer les sous-produits du pétrole.
Il me semble qu'une certaine sagesse est d'abord écouter et faire confiance éclairée à ceux qui ont acquis les notions du savoir, savoir scientifique, savoir technologique, savoir économique et bien sûr savoir gouverner. Que ces références "éclairées" qui se sont formées pour savoir faire, rendent compte en responsables des solutions et ensuite des choix qu'ils ont guidés.
On peut être contre l'EPR ou les différentes formes possibles de nucléaire ADS ou RSF... On peut être contre les éoliennes qui nous hachent des oiseaux, on peut être contre la voiture électrique avec un rendement CO2 discuté (bien que produit si loin en Asie), on peut être pour l'élevage intensif des moutons dans France encore très verte (fournissant lainage contre le froid, suif pour l'éclairage, viande et fromages pour nourriture, emplois pour bergers et tous les intermédiaires, une filière pas très chère et pas trop dangereuse)... Mais internet, multimédia, méga-datas et communication que nous utilisons ici au moins pour débattre, vont requérir dans un futur assez proche une énergie électrique énorme ... Aurons nous besoin d'un référendum pour limiter internet et retourner au télégraphe ?
La proposition de l'article ci-dessus est d'élargir le cercle et la portée des débats.. et que chacun se sente éclairé quant aux meilleurs (?) choix possibles.

Hervé

Bonjour,
100% d'accord. Pour que la démocratie puisse fonctionner, il faudrait que le peuple y comprenne quelque chose. Par exemple, selon un sondage récent plus de la moitié de la population croit que le nucléaire participe aux émissions de CO2. Dans ces conditions, je doute qu'il en sorte quelque chose de concret.

Un referendum est envisageable, mais il y aurait un gros travail amont a faire, présenter des solutions viables et en chiffrer les couts... Pas simple...

Alain CAPITAINE

Je suis un pur produit de la France du nucléaire, embauché en 1980 à EDF pour former les opérateurs des centrales nucléaires, puis pour faire la maintenance des centrales, puis pour m'occuper de la sûreté des centrales enfin pour concevoir de nouvelles centrales. Il y a peut être plus compétent que moi dans le domaine, mais je pense que ceux qui le sont moins forment une foule immense et pas forcément silencieuse.
Je connais les avantages et les limites du nucléaires gros ou petit, je connais aussi certaines alternatives. Il serait trop long de tout présenter, mais attention, la veille doit obliger l'ingénieur français du nucléaire de regarder dans toutes les directions. Celui qui aura l'avantage ''in fine'' c'est celui qui proposera le meilleur bilan, coût, qualité, sûreté, acceptabilité. Comme j'aime le dire, le nucléaire de 2050 aura toute sa place dans un mix énergétique, mais aussi rien que sa place.

Hervé

Bonjour,
Vous savez, 2050, c'est dans 30 ans, et il peut s'en passer des choses en 30 ans! Sa place sera peut être 0GW ou 200GW... Difficile à prédire en 2020... Mais il est quasi certain que ce ne sera pas la seule source d’énergie.
Notre conso actuelle (France) est d'environ 2500TWh toutes énergies confondues. La grosse majorité de ce chiffre est actuellement composée d’énergies fossiles importées à forte émission de GES et qui vont pour certaines se raréfier d'ici là.
Ce qui est sur c'est qu'il va se passer beaucoup de choses. (Et qu'on est assez mal barré, mais bon on verra!)

Alain CAPITAINE

Bonjour

Je suis d'accord avec vous, l'immense majorité des gens ne comprennent pas grand chose au monde de l'énergie et je crois qu'un travail de vulgarisation est urgent, d'ailleurs je m'y emploie. Le défi aujourd'hui c'est de remplacer l'énergie carbonée par du kWh électrique, dans la mobilité, dans le chauffage (pompe à chaleur) et peut être même dans la chimie via l'hydrogène par électrolyse. Dans une telle configuration entre nos besoins actuels et nos futurs besoins il faudra produire entre 850 et 950 TWhé pour tout électrifier sauf la biomasse.

Il va falloir construire 280 GW de photovoltaïque et 50 GW d'éolien en 30 ans soit un investissement d'environ 300 Md€ en 30 ans soit 10 Md€ par an via une banque d'investissement européenne pour la transition. Pour le stockage il y aura les voitures électriques les batteries stationnaires et l'hydrogène et tout ce qui existe (STEP) soit encore 50 Md€ d'investissement en 30 ans.

Tout cela est considérable mais faisable mais attention EDF ne pourra pas tout faire.

Julien G.

Jancovici vous répond que de substituer 63 GW de puissance nucléaire par du renouvelables intermittents, avec le nécéssaire stockage associé, c'est au bas mot, et dans le meilleur des cas, 2000 milliards d'€ d'investissement sur un siècle, soit près de 700 milliards sur trente ans. On est a plus du double de vos chiffres tirés du chapeau. Et plus du double du renouvellement à neuf de notre parc électro-nucléaire. Pour un résultat IDENTIQUE en ce qui concerne nos émissions de CO2, c'est à dire pour un gain NUL.

Alain CAPITAINE

Monsieur Julien

Je vous invite à faire vos calculs avec les bonnes hypothèses et à ne pas répéter les données de Jean Marc issues de je ne sait où, d'un chapeau aussi probablement . Je vous invite à rencontrer les fabricants de PV, les fabricants de batteries et d'éoliennes, je vous invite aussi à rencontrer les chercheurs de RTE et je vous invite aussi à faire preuve un peu de critique des chiffres jetés en pâture.
Quand on donne des chiffres sur 1 siècle c'est aussi faire du Victor Hugo qui considérait que les rues de Paris seraient recouvertes de 1 mètre de merde de cheval en 1950. Le nom de ceux qui affirment ne fait pas la bonne prévision.

Julien G.

Jancovici donne un peu plus de chiffres et de sources pour les justifier que vous, me semble-t-il.

Quand on voit les 125 milliards d'€ d'engagé en France depuis quinze an dans les intermittents pour produire peanuts, on se dit que l'ordre de grandeur calculé par Jancovici est valable.

Alain CAPITAINE

Monsieur Julien G

Moi je dis monsieur Julien G que vous ne faites aucun effort ,voire vous pratiquez la désinformation ce qui est attitude méprisable ; on ne prend pas les données de 2000 pour se projeter en 2050 surtout avec le coût de certaines technologies comme de PV ont chuté d'un facteur 50 en 20 ans, mais les coups tirés sont les coups tirés. Quelques visites chez les constructeurs vous feraient le plus grand bien pour mettre à jour vos données.

Quant aux chiffres et aux sources, patience , vous allez bientôt les avoir en librairie.

Julien G.

Et ne pas inclure les coûts du renforcement du réseau et du service-Système, soit en ce qui concerne les énergies intermittentes, le nécessaire backup pilotable (maintien de capacités fossiles et/ou stockage en Step ou sur batteries) dans le coût global de ces solutions, ce n’est pas de la pure désinformation selon vous...?

Deux remarques en lien direct avec celle précédente : si les solutions intermittentes étaient aussi compétitives qu’on ne le dit :

1/ Pourquoi devoir les subventionner à dizaines de milliards chaque année partout sur la planète ?

2/ Pourquoi les deux pays en Europe qui ont le plus poussé dans cette voie (Allemagne, Danemark) sont les pays où le coût du kWh payé par le consommateur final est le plus cher ?

Alain CAPITAINE

Je ne suis pas un perdreau de l'année qui oublie le stockage et je sais ce que c'est qu'un système électrique c'est bien pour cela que j'interviens . quant à la subvention des intermittents il s'agit d'installations anciennes avec un coût du PV prohibitif plus rien à voir avec le PV de 2020 celui qui va compter demain dans les bilans . Rien que pour la France il reste à installer 250 GW de solaire à moins de 1€/Watt installé et aujourd'hui il n'y a que 8 GW qui nous reviennent bien trop cher, mais un contrat est un contrat.

Un petit coup de fil chez les fabricants de PV qui prévoient encore une division par 2 des coûts et auprès de Mr Bal du syndicat des énergie renouvelable vous fournirons quelques petits renseignement bien utile.

Une transition énergétique c'est regarder l'avenir

Julien G.

Le coût des panneaux est une fraction du coût d’installation et de production, lui-même étant une fraction du coût total englobant les coûts de renforcement du réseau et du stockage/backup. Vous êtes dans l’enfumage.

GERARD GRUNBLATT

N est ce pas le prédécesseur de M. BAL au SER qui prevoyait en 2007 devant le Senat un éolien ne nécessitant pas de subventions ( et meme remboursant les subventions precedentes) pour 2015 ?

kiijhiluk

coucou j;aime Bruno dans la radio
bon soiret ah demains

Alain CAPITAINE

C'est vous qui êtes enfumé, vous ne comprenez pas que la vocation du PV est de produire et de consommer cette production localement tout en stockant l'excès de production dans les batteries des VE et dans les stockages stationnaires fait de batteries en seconde vie des VE voire en produisant indirectement de l'H2. Les réseaux vont considérablement évoluer et paradoxalement les grandes lignes de transport vont être moins chargées du fait d'une production très répartie et de la mise en œuvre de lignes virtuelles (attention elles existent bien mais on pourra piloter leur charge). M G il faut changer de siècle, la machine à vapeur et la chaudière au charbon vont progressivement disparaître. quant au nucléaire il aura une place juste la sienne.

Julien G.

La décentralisation de la production électrique que vous appelez de vos voeux, qui plus est au moyen essentiellement de solutions intermittentes, va conduire à une démultiplication des capacités installées et donc du recours aux matières premières (et in fine à l'énergie) nécessaires à leur constitution. C'est vérifiable empiriquement dans tous les pays d'Europe où ces orientations ont été décidées, malgré des taux de pénétrations encore relativement bas. Toute chose égale par ailleurs, cette démultiplication va conduire à une augmentation du coût de l'électricité qui lui sera proportionnée, ce qui est là encore parfaitement observable et corrélé. Je ne suis pas du tout sûr que les citoyens en voie de paupérisation, dont une part ont déjà un gilet jaune sur le dos, toléreraient longtemps de voir leur facture d'électricité augmenter d'un facteur 5 à 10 dans les années qui viennent...

Hervé

Bonjour Mr Capitaine
Julien a raison. Vous dites qu'on peut remplacer le parc nucléaire par 50GWc d'éolien et 280 GW de solaire.
50GW avec un taux de charge moyen de 22% Produit environ 96TWH
280 GW de solaire taux de charge 12% produiront presque 300TWH mais les 2/3 en été , ça va être compliqué de stocker ça pour l'hiver dans des batteries de bagnoles....

Plus réalistement, il faudrait mettre environ 250GW d'éolien terrestre et une centaine de GW PV pour être plus cohérent avec le besoin . (Je ne sais pas si c'est techniquement installable en maintenant un taux de charge correct.) plus des centrales biomasse ustilisées en backup (donc super cher) et compléter avec des turbines a combustion pour la sécurité d'appro.ou une capacité de stockage importante.

Bien voir aussi que ça produit au grés de la méteo, donc c'est parfois local parfois pas. Il faut donc un réseau électrique super costaud (disons multiplier par 5 à 10 les capacités de transport nord sud est ouest) pour assurer le foisonnement inter régional . Le chiffre exact dépendra beaucoup de la répartition et l'importance des stockages .

Coté stockage, le parc automobile converti en véhicule peut participer mais doit représenter pour être réaliste, environ 1/4 TWH, soit une autonomie de quelques heures sans vent ni soleil un soir d'hiver. C'est intéressant , mais insuffisant et pas forcemment bien localisé pour minimiser les investissements sur le réseau. l'ordre de grandeur de ce stockage minimal sera de 1TWH (tout dépends du prix en fait...)

Donc peut être faisable techniquement mais actuellement horriblement cher donc irréaliste technico economiquement parlant pour le moment. En fait une bonne partie de la faisabilité repose sur le progrès des systèmes de stockage.

Et il faudra en sus remplacer une part du petrole, ce qui complique encore pas mal l’équation....

Donc, il faut
1) prioroté au Sortir du petrole
2)Puis plus tard, voir comment on sort du nucléaire (c'est souhaitable bien sur, mais moins urgent)

Alain CAPITAINE

Bonjour Mr Hervé

Je connais parfaitement tous les arguments présentés et mon long séjour dans le monde de l'Energie m'a poussé à argumenter toujours plus sur ces sujets. En reprenant vos chiffres qui sont aussi le miens vous apporter la réponse aux problème de l'intermittence.
Rien que pour la France, on pourrait pratiquement fonctionner qu'avec des ENR de fin mars à fin septembre avec le PV un peu d'éolien, un peu d'hydraulique et entre 15 et 20 GW de nucléaire pour essentiellement produire de l'hydrogène, ces centrales n'alimenteront que très peu le réseau. Pour les mois d'hivers il faut avoir fait durant la période estivale du biogaz en utilisant une partie de l'hydrogène produit.
Durant la période de début octobre à fin mars je parle en Energie, on utilisera 1/3 de PV, 2/3 d'éolien , de l'hydraulique, 20 GW de nucléaire, et 20 GW de turbine à gaz consommant le biogaz fabriqué l'été. Ainsi le nucléaire tourne 7000 h par an et les TàG environ 3000 h ce qui est mieux d'aujourd'hui. Si vous regarder RTE Eco2mix vous verrez que le nucléaire cet hivers fut au max à 55GW. Dans nos scénario nous avons proposé 40 GW de pilotable en hivers et le reste en ENR. Ces scénarios sont en cours de tests avec des chercheur de normal sup . Il faut bien voir qu'avec les pompes à chaleur la France va devenir beaucoup moins thermo sensible.
Tout ce que je raconte là sera bientôt dispo avec plus de précision en librairie.

PS : ces scénarios sont pour 2040, 2050 mais avec l'énergie il faut voir loin.

Julien G.

Avant tout chose un système de production électrique doit être dimensionné pour couvrir l’appel de puissance maximal envisagé, correspondant à la pointe de consommation hivernale, à 19h par temps très froid. Soit en France jusqu’à 100GW en puissance appelée. Or en hiver à 19h il fait nuit, pas de production photovoltaïque donc, et par temps très froid, c’est à dire anticyclonique, le vent est quasi-nul. Par conséquent très peu de production éolienne.

Sans capacité pilotable disponible à cette échelle (puisque plus de fossiles et un nucléaire réduit à portion congrue), avec quel moyen de stockage comptez-vous 1/ couvrir cet appel de puissance 2/ couvrir les besoins en énergie équivalents à plusieurs journées consécutives où la puissance garantie par les intermittents tomberaient à moins d’un dixième de leurs capacités installées, comme ces épisodes sont observables chaque hiver sur une large partie de l’Europe ?

Hervé

Bonjour
Si l'argent n'est pas un problème (!) et qu'on stocke dans des batteries, l'appel de puissance n'est pas le critère le plus difficile à atteindre. De plus, il faut de toute façon que ce stockage remplace l'inertie des groupes tournants car la production ENR actuelle n'a pas été prévue pour fonctionner sans être couplé aux groupes tournants.
Le problème vient plutôt du volume du stock. Pour se passer totalement de backup thermique, le volume stocké devra atteindre facilement 5 à 10 Twh, ce qui est totalement hors de portée économiquement parlant au cout actuel des batteries.

Sans révolution dans le domaine du cout du stockage, je ne vois pas les nouvelles ENR prendre une place vraiment importante dans le Mix. Et ce d'autant plus que pour réussir la vraie transition énergétique (je veut dire sortir du petrole, pas du nucléaire), il faudra maintenir un cout de l’électricité bas.

Alain CAPITAINE

Bonsoir Mr Herve

Tout à fait d'accord avec vous le seul problème est de savoir ce qui fonctionne à 19h la soirée la plus chargée de l'hiver on va dire qu'on a :
20 GW de nucléaire petits ou gros réacteurs
20 GW de turbine à gaz fonctionnant au CH4 plus H2
1,65 TWhé de stockage en France dans les batteries en 2050 (VE plus stationnaires 2eme vie des batteries) ) ( soit : 34 GW possible de production durant 2 jours)
1/10 éolien soit 6,5 GW
10 GW hydraulique
Nous sommes déjà à 90 GW.
Pour info sur 1 semaine en hiver le photovoltaïque avec 280 GW on a statistiquement et en météo les statistiques cela compte, le tiers de 280 GW soit 93 GW durant 4 heures /jour en moyenne soit l'équivalent de 373 GWhé soit une fois stocker 15 GW de puissance sur 24h. Ces 15 GW n'ont pas été valorisés dans le bilan (pour vous convaincre aller voir RTE eco2mix en regardant la production du PV avec uniquement 8 GW en France pour le moment.
Les TàG ne fonctionnent que l'hiver avec un mélange de CH4 et H2
le nucléaire durant 6 mois fabrique du H2 et durant les 6 autres mois il débite des électrons sur les lignes.
J'ai 40 ans d'expérience dernière moi, faites moi grâce de croire que je connais un peu le sujet....
Mais je suis toujours prêt à partager

Cordialement

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