La 4e Génération de centrales nucléaires est-elle incontournable ?

Jacques Bouchard, Consultant en énergie nucléaire

Consultant en énergie nucléaire
Ancien Directeur de l’Energie Nucléaire au CEA
Ancien Président du Forum International Génération IV

La production nucléaire est une des seules solutions pour répondre aux besoins encore croissants d’énergie sans émettre de gaz à effet de serre. Pour assurer de façon durable cette production, il faut accroître considérablement le taux d’utilisation des ressources naturelles et améliorer la gestion des déchets radioactifs en réduisant la part d’éléments à très longue vie. Ce sont les principaux objectifs de la 4e génération, indispensable pour assurer l’avenir.

Le défi énergétique : les besoins en énergie de l’humanité ne cessent de croître du fait de l’augmentation de la population et de l’amélioration du niveau de vie des pays en développement. Actuellement, plus de 85 % de ces besoins sont couverts par la combustion de ressources fossiles dont les réserves sont limitées et avec des conséquences désastreuses sur l’évolution du climat. Pour faire face à cette croissance tout en limitant les nuisances, il est indispensable de développer des sources non carbonées, nucléaires et renouvelables.

Le nucléaire est bien adapté pour une production massive à des coûts relativement faibles. En dépit de l’accident récent au Japon, son bilan global en termes de risques humains ou environnementaux reste plus favorable que celui de la plupart des autres sources d’énergie. Il y a toutefois deux problèmes à résoudre pour son avenir, les ressources à long terme et la gestion des déchets de longue vie.

Les centrales actuelles : plus de 400 réacteurs nucléaires, majoritairement à eau légère, assurent environ 13 % de la production actuelle d’électricité dans le monde. Qu’ils soient de deuxième génération ou de nouvelle génération, la troisième, ils ne consomment que 1 % de l’uranium naturel nécessaire. De plus, ils génèrent des déchets à longue durée de vie, tels le plutonium, mal acceptés par le public et dont la gestion est compliquée.

La 4e génération : la 4e génération de réacteurs nucléaires dépasse les limites des réacteurs à eau en consommant la quasi-totalité de l’uranium naturel. Pour ce faire, ils utilisent les neutrons rapides qui brûlent le plutonium tout en en reproduisant en quantités égales ou supérieures. Des développements importants ont été consacrés dans cette voie au cours des dernières décennies avec notamment des réalisations comme Phenix et Superphenix en France.

Les progrès à réaliser pour en faire des outils industriels sûrs et compétitifs nécessitent encore plusieurs années de travaux avec au moins une étape intermédiaire de prototypes. Une forte coopération internationale s’est organisée autour de ces développements, élargissant les perspectives de la 4e génération à l’élimination de déchets radioactifs de longue vie générés par les générations antérieures et/ou à des utilisations directes de la chaleur à niveau de température élevé (production d’hydrogène).

Non seulement la 4e génération est incontournable, mais elle apportera des progrès faisant de l’énergie nucléaire une source durable, abondante, encore plus sûre et plus compétitive.