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Gaz naturel liquéfié (GNL)

Transport de GNL
Le Rasheeda est l'un des navires Q-Max qui peuvent transporter 267 000 m3 de GNL (©Nakilat).

Définition

Le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) désigne le gaz naturel transformé sous forme liquide. Cet état est atteint lorsque le gaz est refroidi à une température d’environ -161°C à pression atmosphérique. Le gaz naturel liquéfié est un liquide dit « cryogénique » (liquide dont la température est inférieure à -150°C).

Après traitement, la liquéfaction permet de condenser le gaz naturel en GNL en réduisant son volume d’un facteur de près de 600 pour un même pouvoir calorifique, ce qui facilite son transport par voie maritime. Le GNL est essentiellement constitué de méthane (à plus de 90%)(1). C’est un liquide inodore, sans couleur, non corrosif et non toxique.

Le transport du gaz naturel devenu GNL permet de diversifier les sources d’approvisionnement en gaz sans dépendre des gazoducs terrestres. Il se développe fortement à l’échelle mondiale et achemine plus de 31% des flux totaux de gaz naturel dans le monde en 2013.

Fonctionnement technique

Une « chaîne GNL » est mise en place lorsque la construction d’un gazoduc n’est pas envisageable, le plus souvent en raison de coûts de construction trop élevés, de la distance de transport, d’une étape maritime imposée ou de contraintes géopolitiques. Plusieurs grandes étapes constituent cette chaîne GNL, de la liquéfaction du gaz naturel jusqu’à la regazéification pour fournir le gaz au consommateur final.

Liquéfaction du gaz naturel

Le gaz naturel est d’abord acheminé par gazoduc, du gisement où il a été extrait jusqu’à une usine de liquéfaction disposant d’une façade maritime et d’installations portuaires.

Dans l’unité de liquéfaction, le gaz naturel subit plusieurs traitements successifs :

1) épuration : elle consiste à extraire le dioxyde de carbone (CO2) du gaz naturel car il peut endommager les unités de liquéfaction en s’y solidifiant, ainsi que le sulfure d’hydrogène (H2S) et d’autres composés soufrés ;

2) déshydratation : on élimine l’eau (H2O) du gaz pour éviter la formation d’hydrates de méthane qui peuvent bloquer les échangeurs cryogéniques. Une fois « sec », le gaz naturel est quasiment du méthane pur. On le débarrasse également de toute trace de mercure (Hg), élément toxique qui peut corroder les alliages utilisés dans la suite du processus ;

3) prérefroidissement : le gaz naturel est refroidi à une température proche de -30°C. Une série de distillations (dans les colonnes d’épuration) permet d’isoler les hydrocarbures plus lourds ainsi que les GPL (gaz de pétrole liquéfié : propane et butane). Ceux-ci peuvent être vendus comme matière première dans la pétrochimie ou comme carburant ;

4) liquéfaction : le gaz est comprimé, refroidi à pression constante puis détendu. Cette opération est renouvelée à deux ou trois reprises dans des colonnes frigorifiques (pompes à chaleur) dont le gaz sort à -161°C, entièrement liquide à pression atmosphérique ;

Le processus de liquéfaction consomme une importante quantité d’énergie : l’usine de liquéfaction utilise près de 12% du gaz qui lui est livré pour son propre fonctionnement, en particulier pour alimenter ses pompes à chaleur.

Stockage du GNL

Avant chargement, le GNL est stocké à pression atmosphérique dans de grands réservoirs cylindriques verticaux à proximité de l’usine de liquéfaction. Ceux-ci fonctionnent comme des bouteilles thermos. Métalliques ou en béton, ils possèdent une double paroi et une isolation thermique sophistiquée afin de maintenir le gaz à l’état liquide (à -161°C) avec un minimum d'évaporation.

Pour rappel, près de 600 m3 de gaz naturel occupent seulement 1 m3 à l’état liquide (à pression atmosphérique). Les réservoirs de GNL, qui disposent d’une capacité de stockage comprise entre 65 000 et 150 000 m3 de GNL permettent donc de stocker de très grandes quantités d’énergie.

Transport du GNL jusqu’au terminal méthanier

Le GNL est chargé à bord de méthaniers, des navires géants spécialement conçus pour cet usage. Les méthaniers doivent également être isolés thermiquement pour maintenir le gaz à l’état liquide en minimisant les déperditions énergétiques : leurs réservoirs sont dits « adiabatiques », c'est-à-dire sans pertes thermiques.

Les plus gros méthaniers en activité peuvent transporter près de 267 000 m3 de GNL. Ces navires, dits « Q-MAX » et exploités par la Qatar Gas Transport Company, mesurent près de 345 m de long et 54 m de largeur. Pendant la traversée, le méthane qui s’évapore des cuves « adiabatiques » est récupéré pour participer à la propulsion du navire.

Une fois à destination, les méthaniers déchargent leur cargaison sur un terminal doté d’une installation de réception et de stockage cryogénique du GNL dans des réservoirs similaires à ceux utilisés sur les sites de liquéfaction.

Regazéification

Lorsque la consommation le nécessite, le GNL est regazéifié : sa température est portée de -161°C à plus de 0°C sous haute pression (entre 60 et 100 bars). Le GNL peut être réchauffé par des échangeurs à ruissellement d’eau de mer ou par combustion d’une partie du gaz.

Avant l’acheminement du gaz par gazoduc depuis le terminal jusqu’aux réseaux de distribution, son pouvoir calorifique peut être ajusté par modification de la teneur en azote ou par mélange avec d’autres gaz.

Différentes étapes de la « chaîne GNL »

Différentes étapes de la « chaîne GNL » (©Connaissance des Énergies)

Enjeux par rapport à l'énergie

Enjeu technique : transport et stockage du gaz

Le GNL peut provenir de n’importe quel pays de production doté d’une façade maritime et possédant des ports équipés pour les méthaniers et un site de liquéfaction.

Lorsque le transport par gazoduc est impossible (ex : traverser l’océan Atlantique), le GNL permet d’acheminer le gaz par navire méthanier vers les zones de consommation. La compacité du stockage au niveau des terminaux méthaniers constitue également un argument fort en faveur du développement de la filière GNL.

Enjeu géopolitique : diversification des fournisseurs et sécurité énergétique

Le transport de gaz par gazoduc est soumis à des aléas techniques et politiques. Un gazoduc n’a pas la possibilité d’être dévié pour sécuriser l’approvisionnement en cas de crise. Par exemple, la Russie avait privé l’Ukraine de gaz en 2006 suite à un désaccord sur les prix. L’Ukraine avait alors prélevé du gaz sur des gazoducs traversant son territoire et à destination de l’ouest de l’Europe. Des problèmes de sécurité d’approvisionnement se posent donc lorsque des zones à risques sont empruntées par les gazoducs. Cette contrainte s'est confirmée en Ukraine en février 2014 avec une nouvelle crise impliquant Gazprom.

Notons aussi que la sécurité maritime n’est pas toujours assurée en mer et dans les ports (piraterie, terrorisme). La sécurité de l’approvisionnement constitue donc également un enjeu important pour le transport du GNL. Celui-ci présente toutefois l’avantage d’offrir une plus grande flexibilité que le transport par gazoduc. Grâce au GNL, les pays peuvent diversifier leurs sources d’approvisionnement en faisant appel à des producteurs plus éloignés. La diversification met alors en concurrence les producteurs de gaz, évitant ainsi les situations de monopole.

Enjeu économique : coût de la chaîne GNL

La mise en place d’une chaîne GNL engendre des coûts importants de deux ordres : la construction des installations et le transport. Pour limiter le risque économique lié à la construction d’installations onéreuses, la plupart des échanges de GNL sont négociés sur la base de contrats de long terme(2) qui engagent quelques pays dans des quantités importantes. Avant de construire un terminal, un pays signe ainsi ces contrats de long terme afin de s’assurer des arrivées de gaz par voie maritime.

Les coûts associés au transport du GNL se répartissent comme suit(3) :

  • opérations de liquéfaction : 60% des coûts ;
  • transport par navire méthanier : 20% ;
  • regazéification dans le terminal méthanier : 20%.

Les coûts de liquéfaction sont donc déterminants et de nouveaux procédés sont en cours de développement pour les abaisser. Notons que si le site de liquéfaction consomme près de 12% du gaz qu’il traite, ce problème se pose également pour le transport par gazoduc : l’autoconsommation des stations de recompression situées le long des gazoducs peut atteindre 20% pour un transport de 5 000 km.

Unités de mesure et chiffres clés

Unités de mesure

Le ratio d'expansion entre le volume liquide (GNL) et le volume gazeux de gaz naturel dépend des caractéristiques de chaque GNL produit. Le coefficient de conversion entre m3 de GNL et m3 de gaz naturel en découlant varie en 2013 entre 558 (GNL du Libye) et 586 (GNL d'Alaska) selon les dernières statistiques du GIIGNL(4).

Chiffres

  • En 2013, les flux de gaz naturel sous forme liquéfiée atteignent un volume de 523 millions de m3 de GNL(5), soit près de 299 milliards de m3 de gaz à l'état gazeux. Cela représente près de 31,4% des flux totaux de gaz naturel dans le monde en 2013 ;
  • En 2013, le transport de GNL a augmenté de 0,3% par rapport à 2012 ;
  • Depuis 1981, près d’un quart des importations françaises de gaz naturel est transporté sous forme de GNL (22,2% en 2013).

Importations et exportations de GNL en 2013

Quantités de GNL importées et exportées par zone en 2013 (d'après données de l'Union internationale de l'industie du gaz)

Zone de présence

Dans le monde

Le Qatar, la Malaisie, l'Australie, l'Indonésie et le Nigéria sont les principaux exportateurs de GNL. A eux cinq, ils ont fourni plus des deux tiers du GNL acheminé dans le monde en 2013.

Les 3 plus principaux importateurs de GNL sont :

  • le Japon : 37,1% des importations totales de GNL dans le monde en 2013(6). Le gaz naturel liquéfié en provenance du Moyen-Orient, d'Afrique et du Sud-Est asiatique est la seule possibilité d’approvisionnement de gaz pour le pays ;
  • la Corée du Sud : 17% des importations mondiales de GNL en 2013 ;
  • la Chine : 7,9% des importations mondiales de GNL en 2013.

Fin 2013, 104 terminaux méthaniers (incluant 15 installations flottantes) sont en activité dans le monde, dont une trentaine au Japon. En Europe, les principaux terminaux se trouvent en Espagne (6 terminaux et 24 réservoirs de stockage), au Royaume-Uni, en France et en Italie.

Flux de gaz naturel dans le monde

Principaux flux de gaz en 2013, d'après données du BP Statistical Review

En France

Le GNL arrive actuellement en France par trois terminaux méthaniers :

  • 2 terminaux à Fos-sur-Mer (Provence Alpes Côtes d’Azur) :
  • Fos Tonkin (capacité d’accueil de 150 000 mde GNL), terminal mis en service en 1972 qui reçoit majoritairement du GNL d’Algérie et d’Egypte. Il est exploité par Elengy, filiale de GDF Suez ;
  • Fos Cavaou (capacité d’accueil de 330 000 m3 de GNL) mis en service au premier trimestre 2010. Ce terminal est exploité par la Société du Terminal Méthanier de Fos-Cavaou, filiale d’Elengy à plus de 70% aux côtés de Total ;
  • Montoir-de-Bretagne (Pays de la Loire), terminal mis en service en 1980 et également exploité par Elengy (capacité d’accueil de 360 000 m3 de GNL), qui reçoit majoritairement du GNL en provenance d’Algérie et du Nigéria.

Passé et présent

En 1940, la première station expérimentale de GNL est mise en place à Cornwell aux Etats-Unis. Une installation industrielle est ensuite construite dans l’Ohio pour supporter les pointes de consommation de gaz naturel. Elle dispose d’une capacité de liquéfaction de 200 m3 par jour et d’une capacité de regazéification de 115 m3 par heure pour réinjecter le gaz sur le réseau.

La France est l’un des premiers pays à avoir importé du GNL. Dès la fin des années 1950, Gaz de France travaille sur la mise en place de chaînes de transport par voie maritime. Trois unités de liquéfaction sont mises en service près d’Oran en 1963(7). Elles permettent d’acheminer du gaz en Angleterre et en France (terminal de Fos-sur-Mer).

L’Algérie était le seul fournisseur régulier de GNL de la France jusqu’en 2004. Les approvisionnements se sont depuis diversifiés. Ils proviennent notamment d’Egypte et du Nigéria (depuis 2006), du Qatar (2007) ou encore de Trinité-et-Tobago et d’Australie (2009).

Futur

Ces dernières années, l’amélioration des techniques de liquéfaction et l’innovation dans le domaine de la construction navale ont favorisé l’essor du gaz naturel liquéfié. Le transport du gaz sur de longues distances est désormais possible et économiquement viable. L’AIE prévoit une augmentation de la part du GNL dans les échanges de gaz naturel dans le monde : cette part devrait atteindre plus de 40% en 2035 contre près de 30,5% en 2010. En France, il existe des projets de construction de nouveaux terminaux méthaniers à Dunkerque et à Fos (projet Fos-Faster).

Néanmoins, le développement des gaz de roche-mère freine aux Etats-Unis le développement du GNL. Cette tendance pourrait s’étendre aux autres pays grands consommateurs d’énergie et dotés de réserves substantielles de ces gaz non conventionnels.