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Mix énergétique de la France

Énergie en France

En France, l'énergie hydraulique a compté pour près des deux tiers de la production électrique d'origine renouvelable en 2016. (©EDF-Bruno Conty)

Présentation

En France, la composition du futur mix énergétique a occupé une place importante dans le débat public ces dernières années, avec l'organisation d'un débat national sur la transition énergétique ayant abouti à l'adoption d'une loi « de transition énergétique pour la croissance verte » à l'été 2015. Pour rappel, les énergies fossiles satisfont encore plus des deux tiers de la consommation d’énergie finale dans le pays(1).

Selon les statistiques ministérielles, la France produit uniquement près de la moitié de l’énergie primaire consommée sur son territoire. Il en découle des importations conséquentes qui pèsent sur la balance commerciale nationale. Au total, la facture énergétique française a atteint un montant record de 68,7 milliards d’euros en 2012 (un niveau alors supérieur au déficit de la balance commerciale du pays). En 2015, cette facture a baissé sous la barre des 40 milliards d'euros avec la chute du prix du pétrole brut. Les problématiques de prix de l’énergie et de sécurité énergétique restent des enjeux essentiels pour la France.

Première destination touristique au monde(2), la France se distingue d’autres pays aux problématiques similaires par son attachement particulièrement fort à son patrimoine. Dans ce contexte, l’insertion de nouveaux moyens de production dans le paysage amorce fréquemment des réactions de type Nimby. Les principales mesures relatives à l’énergie faisant aujourd’hui consensus en France concernent l’efficacité énergétique. Ces mesures sont principalement orientées vers le secteur des bâtiments, premier secteur consommateur d’énergie dans le pays.

Composition des mix énergétique et électrique

Production et consommation d’énergie en France

La consommation d’énergie primaire (énergie brute directement issue de la nature comme le soleil et le vent ou de ressources énergétiques naturelles comme les combustibles fossiles) en France métropolitaine a atteint 260,5 Mtep en 2015. Près de 35% de cette énergie primaire est absorbée dans des opérations de transformation (ex : combustible fossile en électricité) et de transport (ex : pertes par effet Joule) jusqu’au consommateur final. La quantité d’énergie finale restante consommée en France s'est élevée à 162,2 Mtep (consommation corrigée des variations climatiques). Sur ce total, près de 13 Mtep ne sont pas utilisées en réalité à des fins énergétiques mais pour leurs propriétés chimiques : plastiques, bitumes, etc.

Sur les 260,5 Mtep d’énergie primaire consommées en France, le ministère en charge de l'énergie considère(3) que près de 140 Mtep ont été produites sur le territoire national en 2015 (l’énergie électronucléaire est comptabilisée dans la production française d’énergie bien que l’uranium naturel nécessaire à la fabrication du combustible nucléaire soit aujourd’hui intégralement importé). Environ 90% de cette production française est convertie en électricité, avec des pertes de rendement importantes. On estime par exemple qu’une centrale thermique consomme 2 fois plus d’énergie primaire qu’elle n’en restitue sous forme d’électricité (un rendement de 33% est retenu comme convention).

Répartition de la consommation par énergie et par secteur

En 2015, les produits pétroliers raffinés ont satisfait à eux seuls 45,1% de la consommation d’énergie finale en France. L’électricité a pour sa part compté pour 22,9% de cette consommation d'énergie en 2015, suivie par le gaz naturel (19,1%).


Consommation d'énergie finale en France par source (©Connaissance des Énergies, d'après données du Ministère en charge de l'énergie)

En 2015, le secteur des bâtiments a compté pour 44,9% de la consommation finale d’énergie en France (hors usages non énergétiques). Les deux tiers de la consommation énergétique de ce secteur proviennent des bâtiments résidentiels, le tiers restant des bâtiments du tertiaire. Les transports constituent l’autre grand secteur consommateur d’énergie en France (33,1% en 2015).

Consommation d'énergie finale en France par secteur
Consommation d'énergie finale en France par secteur (©Connaissance des Énergies, d'après données du Ministère en charge de l'énergie)

La plupart des solutions d’efficacité énergétique soutenues au niveau politique sont dirigées vers les deux secteurs les plus consommateurs d’énergie :

  • dans les bâtiments : architecture bioclimatique, isolation thermique, systèmes de chauffage plus performants, etc.
  • dans les transports : moteurs plus performants, nouveaux types de carburants, systèmes embarqués d’aide à la conduite, intermodalité, etc.

Focus sur l’électricité

Comme indiqué précédemment, l’électricité constitue près de 22,9% de l’énergie consommée en France. Il faut bien veiller à ne pas mélanger les données relatives au mix énergétique et au mix électrique.

En France, la production électrique a atteint 531,3 TWh en 2016, près des ¾ de cette production étant générée par le parc nucléaire. La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit de réduire cette proportion à 50% d’ici à 2025. Il est entre autres prévu de fermer la centrale de Fessenheim, composée de 2 réacteurs de 900 MW. La mise en service à de l’EPR de Flamanville (1 650 MW) devrait toutefois compenser la perte de production électrique provenant de la centrale de Fessenheim.

Mix électrique de la France en 2016
Répartition de la production électrique française en 2016. (©Connaissance des Énergies, d'après données de RTE)

Notons que la part des énergies renouvelables dans le mix français de production électrique est en forte hausse : elle atteint 19,1% en 2016 contre 16,4% en 2012. La loi de production énergétique fixe pour objectif de porter cette part à 40% à l'horizon 2030. Hors hydraulique, rappelons toutefois que les énergies renouvelables ont seulement généré 7,1% de la production électrique totale en 2016 (notamment en raison de la production intermittente des filières éolienne et photovoltaïque).

Enjeux

Facture énergétique et importations de combustibles fossiles

La réduction de la facture d’énergie nationale constitue un des enjeux majeurs de la France. Cette facture s’est élèvée à 68,7 milliards d’euros en 2012, dont 54,5 milliards étaient imputables aux importations de produits pétroliers (brut et produits raffinés). L’électricité a été le seul poste créditeur de la balance énergétique nationale cette anné-là (+ 1,9 milliard d’euros en 2012). En 2015, la facture énergétique française a chuté à 39,7 milliards d'euros avec la chute des cours du pétrole brut.

La France est fortement dépendante des importations de gaz, de pétrole et de charbon : elle importe près de 99% de sa consommation d’énergies fossiles Dans ce contexte, le pays se trouve confronté à deux grandes alternatives pour réduire sa facture énergétique : réduire la consommation nationale de ces combustibles ou recourir à des ressources disponibles sur le territoire comme le préconisent les partisans de l’exploitation des gaz de schiste en France. La loi de transition énergétique a fixé pour objectif de réduire de 30% la consommation primaire d'énergies fossiles d'ici à 2030 (par rapport à 2012).

Une troisième alternative consiste à négocier ponctuellement une baisse du prix de ces combustibles fossiles lorsque cela est possible : par exemple, en renégociant des contrats gaziers de long terme lorsque le prix spot du gaz baisse sous l’effet de l’exploitation des gaz de schiste.

Évolution du mix électrique et coût de l’électricité

La future part du nucléaire dans le mix électrique constitue un des points de discorde au sein de la société française. Les mesures de sûreté supplémentaires appliquées au parc nucléaire en service et l’intégration croissante d’énergies renouvelables vont avoir un impact sur les prix dont s’acquittent les consommateurs finaux. Dans ces conditions, la lutte contre la précarité énergétique des particuliers et le maintien de la compétitivité des entreprises constituent deux enjeux centraux liés à l’évolution du mix électrique.

Efficacité et sobriété énergétiques

L’efficacité et la sobriété énergétiques sont les thématiques phares de la transition énergétique en France, comme en témoigne l’accent porté sur la rénovation thermique des bâtiments. La loi de transition énergétique fixe pour objectif de réduire la consommation énergétique finale française de 50% en 2050 par rapport à 2012, en visant un objectif intermédiaire de 20% en 2030. D'après les termes de la loi, cette dynamique doit soutenir « le développement d'une économie efficace en énergie, notamment dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l'économie circulaire, et préserve la compétitivité et le développement du secteur industriel ». 

Acteurs majeurs

Les principaux acteurs du système énergétique français sont :

  • la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité administrative indépendante veillant au bon fonctionnement des marchés de l'électricité et du gaz naturel en France : non entrave à la concurrence, indépendance des gestionnaires de réseaux, etc.
  • les producteurs et fournisseurs d’énergie : EDF, Engie, Total, etc. ;
  • les gestionnaires de réseaux : RTE et Enedis pour les réseaux d’électricité, GRTgaz et GrDF pour les réseaux de gaz naturel.
Chiffres clés
3,7 tep/an
C'est la consommation moyenne d'énergie primaire par habitant en France en 2014 : c'est 7 fois plus que la consommation annuelle d'énergie par habitant en Éthiopie mais près de deux fois moins qu'aux États-Unis et au Canada.
  • PIB français : 2 181 milliards d'euros en 2015.
  • Population : 67 millions d’habitants à fin 2016(4).
Zone de présence ou d'application

Origine des importations d’énergie

  • Les importations françaises de pétrole proviennent principalement, dans l’ordre, d’Arabie Saoudite, du Kazakhstan, du Nigéria, de Russie et d'Angola. A eux cinq, ces pays ont fourni 59,6% des importations françaises de pétrole en 2015(5).
  • Les importations françaises de gaz naturel proviennent principalement de Norvège, de Russie, des Pays-Bas, d’Algérie et du Qatar. A eux cinq, ces pays ont fourni 74,8% des importations françaises de gaz en 2015.
  • Les importations françaises de charbon viennent principalement d’Australie, de Russie, d’Afrique du Sud, des États-Unis et de Colombie. A eux cinq, ces pays ont fourni 85,9% des importations françaises de charbon en 2015.

L’uranium naturel importé par la France provient principalement du Canada, du Kazakhstan et du Niger.

Passé

Historiquement, la France s’est longtemps appuyée sur le charbon pour satisfaire ses besoins énergétiques. De nombreux gisements peu profonds sont déjà exploités au XVIe siècle. Principale source d’énergie de la révolution industrielle au XIXe siècle, le charbon a connu un pic de production sur le territoire français en 1958 : 60 millions de tonnes de ce combustible sont alors extraites des mines du Nord-Pas-de-Calais, de Lorraine et du Centre-Midi. S’en suit un déclin de la production qui s’accélère à partir des années 1980, la dernière mine fermant en 2004.

La France a également produit beaucoup de gaz, jusqu’à satisfaire un tiers de sa consommation annuelle dans les années 1970, avec en particulier l’exploitation de son gisement de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques. Suite au premier choc pétrolier de 1973, le parc de production électrique nucléaire français s’est très rapidement développé en France : 48 des 63 GW du parc nucléaire actuel ont été raccordés au réseau entre 1979 et 1990 (soit l’équivalent en puissance du raccordement de 3 EPR par an pendant 10 ans).

Évolution de la production française d’énergie primaire de 1971 à 2011 (©Connaissancedesenergies.org d'après l’AIE) 
Évolution de la production française d’énergie primaire de 1971 à 2011 (©Connaissance des Énergies, d'après données de l’AIE) 

Fin 2007, le Grenelle Environnement a fixé une feuille de route d’ici à 2020 en fixant un objectif de 23% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale française à cet horizon. Suite à l'élection de François Hollande en 2012, un débat national sur la « transition énergétique » a été engagée. Cette notion, alors assez floue, va dans le sens d’une intégration croissante des énergies renouvelables dans le mix énergétique français au détriment des énergies fossiles, voire nucléaire. Une loi de transition énergétique pour la croissance verte a été adoptée à l'été 2015.Les grands outils de planification ont ensuite été mis « en place » : la stratégie nationale bas-carbone et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), respectivement publiées en novembre 2015 et octobre 2016 (pour la PPE de la France métropolitaine).

Présent et futur

Outre les grandes mesures d’efficacité énergétique qui font relativement consensus en France, la question du futur mix énergétique national, et en particulier de la place du nucléaire, se pose aujourd'hui. Pour rappel, la loi de transition énergétique pour la croissance verte fixe entre autres comme grands objectifs de porter à 50% la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité française en 2025, de réduire de 40% les émissions nationales de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030 et de diviser par deux la consommation d’énergie finale dans le pays d’ici à 2050 (par rapport au niveau de 2012).

Objectifs loi de transition énergétique
Calendrier des grands objectifs de la loi de transition énergétique (©Connaissance des Énergies)