Allemagne: la guerre au Moyen-Orient casse la reprise attendue

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient va "freiner" la reprise de l'économie allemande, dont l'élan va dépendre des investissements publics supplémentaires, ont averti mercredi les principaux instituts économiques du pays.

Selon eux, le Produit intérieur brut (PIB) allemand devrait croître de 0,6% en 2026 et de 0,9% en 2027, soit respectivement une baisse de 0,6 et 0,5 point de pourcentage par rapport aux prévisions d'automne.

"Le choc des prix de l'énergie va freiner la reprise en Allemagne, mais ne devrait pas l'interrompre complètement", a déclaré Timo Wollmershäuser, de l'institut munichois ifo, lors d'une conférence de presse.

La fermeture du détroit d'Ormuz et les attaques visant des infrastructures énergétiques clés dans la région seront responsables pour moitié de la baisse de la croissance en Allemagne, selon le rapport qui table sur une détente du conflit à l'été.

Tandis que le gouvernement du conservateur Friedrich Merz est pressé de toute part de s'attaquer à de profondes réformes, la ministre de l'économie Katherina Reiche a promis mercredi "une cure de remise en forme" au pays, dans une interview au journal Welt.

- Réponse à l'inflation -

Poussée par les prix de l'énergie, l'inflation en Allemagne devrait grimper de 2,2% en 2025 à 2,8% cette année et à 2,9% l'an prochain. Cette hypothèse repose sur une hausse des taux par la Banque centrale européenne, de 0,75 point de pourcentage d'ici 2027, pour maîtriser l'inflation, selon le rapport.

Les experts ont mis en garde contre une réponse hâtive du gouvernement, comme une remise générale sur le carburant pour les ménages: cela entraînerait "des coûts plus élevés" et "fausserait les prix", selon Geraldine Dany-Knedlik de l'institut DIW, qui privilégie une aide ciblée et liée aux revenus.

A une station-service de Francfort mercredi, les automobilistes ne cachaient pas leur frustration face à la coalition des conservateurs et sociaux-démocrates.

"En Pologne, en France, en Autriche, les prix sont plafonnés. Sauf ici, où on doit payer", dénonce Wolfgang, charpentier de 65 ans (en réalité, en France, seul TotalEnergies a provisoirement plafonné ses tarifs).

En Allemagne, le gouvernement a débloqué une partie des réserves stratégiques de pétrole et à compter de ce mercredi les stations-service ne peuvent augmenter leurs prix qu'une fois par jour.

Cette dernière mesure "n'est pas vraiment pertinente", estime Sebastian, agent immobilier de 49 ans, et insuffisante pour "me soulager des prix à la pompe" en hausse.

Pour le PIB, la guerre au Moyen-Orient est pour l'instant moins grave que la pandémie de Covid-19 ou l'invasion russe en Ukraine, mais un blocage prolongé du détroit d'Ormuz "aura des conséquences bien plus importantes", a ajouté Timo Wollmershäuser.

- Réformes de longue date -

Au-delà du choc énergétique, les instituts soulignent une "dynamique industrielle affaiblie", reflet d'un modèle de croissance allemand fragilisé depuis plusieurs années par le renchérissement de l'énergie, les entraves au commerce extérieur et l'intensification de la concurrence chinoise.

Ils recommandent d'alléger le fardeau réglementaire afin d'"améliorer les conditions d'investissement et d'innovation" ainsi qu'"accroître les incitations à l'emploi".

La croissance en 2026 et surtout en 2027 sera soutenue par une "politique budgétaire expansionniste", fondée sur des milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures et la défense adoptés l'an dernier, a ajouté M. Wollmershäuser.

"Il est important que nous nous attaquions enfin aux réformes de longue date, qui vont au-delà du contrat de coalition" signé en mai dernier, a réclamé Mme Reiche, nommant la protection sociale, la flexibilisation du droit du travail et le prolongement de la durée de vie active.

Le gouvernement, qui espère toujours une croissance de 1% cette année, publiera une nouvelle projection après la trêve pascale.

A terme, les instituts dressent un constat sombre pour la première économie européenne, frappée "de plein fouet" par le changement démographique.

"Nous devrons nous habituer à des taux de croissance moyens du PIB de 0%", selon Timo Wollmershäuser, en reposant sur "l'hypothèse optimiste" d'un arrêt du déclin des gains de productivité en Allemagne.

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