Un déficit d’investissement face aux objectifs 2030

Selon l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), « l’élan s’est essoufflé » après la poussée de 2022 liée à la crise énergétique. Les investissements européens dédiés à la transition bas carbone se sont élevés à 534 milliards d’euros en 2025, à comparer aux 878 milliards d’euros jugés nécessaires chaque année pour tenir les objectifs 2030, soit un écart de 344 milliards d’euros.

I4CE relève notamment une baisse de 9 % en 2025 des investissements dans les filières renouvelables et nucléaires par rapport à 2024. Le rapport attribue ce recul à des procédures d’autorisation longues, à la capacité limitée du réseau électrique et à une croissance de la demande d’électricité plus lente qu’anticipé.

Toutefois, le mix électrique de l’UE continue d’évoluer sensiblement : en 2025, la production éolienne et solaire a dépassé pour la première fois celle issue des combustibles fossiles dans l’UE (à respectivement 30 % contre 29 % du mix), selon Ember.

Un sous-financement de l’éolien, des réseaux et de la rénovation

Dans le détail, I4CE identifie trois filières sous-financées : l’éolien, les réseaux électriques et la rénovation des bâtiments. À l’inverse, le solaire, le stockage par batteries et les infrastructures de recharge apparaissent globalement « sur la bonne trajectoire ».

Le dimensionnement des réseaux constitue un verrou majeur pour l’intégration des nouvelles capacités. D’après Ember, environ 120 GW de projets renouvelables planifiés en Europe risquent d’être retardés par des congestions et des limites de raccordement mises en évidence au printemps 2026, confirmant l’urgence d’investir dans le réseau et ses équipements associés.

Les investissements dans la rénovation énergétique ont par ailleurs reculé de 5 % en 2025, pénalisés par la contraction de certains dispositifs publics de soutien, particulièrement dans le résidentiel, d’après le rapport. I4CE souligne qu’un renforcement des soutiens et une meilleure visibilité pluriannuelle sont nécessaires pour enclencher des rénovations plus performantes.

De « très mauvais signaux aux investisseurs » dans l'automobile

Parmi les « bonnes surprises », I4CE observe une reprise des investissements dans les véhicules électriques dès 2025, y compris en Allemagne, traditionnellement attachée aux moteurs thermiques. « On constate que les programmes de subventions publiques […] ont un impact considérable sur les investissements », indique Clara Calipel, coautrice du rapport. Cette dynamique est intervenue avant même les effets de la guerre au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz depuis fin février.

L’Institut, présidé par l’économiste Jean Pisani-Ferry, appelle à une planification accrue et à une stabilité réglementaire. Clara Calipel critique « les changements de pied de Bruxelles » récents, citant les assouplissements envisagés pour les normes de CO2 dans l’automobile : « Cela envoie de très mauvais signaux aux investisseurs, en particulier dans le secteur de la fabrication de batteries ».

La Commission européenne a en effet proposé en décembre que l’objectif 2035 pour les voitures neuves soit ramené à une réduction de 90 % des émissions par rapport à 2021, avec compensation des 10 % restants par des mécanismes dédiés. Cette révision des standards CO2 doit désormais être examinée par le Parlement européen et le Conseil.