
Ligne électrique en Espagne (©Iberdrola)
Au moins 120 GW de capacités renouvelables en projet dans différents pays européens sont menacés par des contraintes liées aux réseaux électriques, souligne le think tank Ember dans une nouvelle analyse publiée ce 1er avril.
Des situations variées entre les différents pays
Au sein des 17 pays étudiés(1) par Elisabeth Cremona, analyste senior chez Ember, près des deux tiers des 158 GW de projets renouvelables censés être mis en service d'ici à 2030 « pourraient ne pas se concrétiser, car ils ne pourront pas être raccordés au réseau ».
Cette analyse s'appuie sur les capacités actuelles des différents réseaux (et non sur les plans de développement) pour montrer l'ampleur des investissements nécessaires. Concrètement, « la moitié des pays ayant communiqué des données sur leur réseau ne disposent actuellement pas de la capacité nécessaire pour raccorder les nouvelles installations de production d'électricité » qu'ils envisagent selon le think tank. Ember signale des contraintes particulièrement fortes en Autriche, en Bulgarie, en Lettonie, aux Pays-Bas, en Pologne, au Portugal ou encore en Roumanie. Dans ces pays, les capacités de réseaux actuelles pourraient permettre la réalisation de « moins de 10 % des capacités renouvelables prévues d'ici à 2030 ».
La France dispose pour sa part « d'une capacité de réseau suffisante pour absorber le volume d'énergie éolienne et solaire qu'elle prévoit d'installer d'ici 2030 », indique Elisabeth Cremona qui souligne que le pays « y est parvenu en réservant activement de l'espace sur le réseau pour les énergies renouvelables grâce à ses dispositifs régionaux de raccordement au réseau (S3REnR) ».

L'exemple du solaire résidentiel au Danemark
Dans les différents pays étudiés, 1,5 million de foyers pourraient être confrontés à des retards de raccordement au réseau pour l'installation de panneaux solaires photovoltaïques en toiture, estime Ember. C'est notamment le cas du Danemark qui « dispose d'une capacité de réseau importante au niveau du transport (entre 14 et 17 GW environ), mais d'une capacité beaucoup plus faible au niveau de la distribution (4,5 GW) », indique Elisabeth Cremona.
Or, ce pays prévoit le raccordement d'environ 17 GW de nouvelles capacités solaires au réseau d'ici 2030. « Si 60 % de cette capacité provient de panneaux solaires installés sur les toits des maisons (ce qui correspond à la part moyenne, selon SolarPower Europe), le Danemark sera confronté à un déficit de capacité de réseau de près de 6 GW pour le solaire photovoltaïque en toiture », estime Elisabeth Cremona dans son analyse.

Des alternatives à la construction de nouvelles lignes
L'Europe doit agir rapidement pour remédier aux goulets d'étranglement du réseau, alerte Ember. Cela implique de réformer les procédures administratives et de déployer des solutions immédiates, alternatives à la construction de nouvelles lignes électriques.
Parmi ces solutions figurent les technologies d'amélioration des réseaux existants et les accords de raccordement dits « flexibles ». Ces derniers désignent un type de raccordement au réseau « où un producteur n'a pas accès à la totalité de la capacité du réseau », précise Elisabeth Cremona qui cite en exemple les Pays-Bas dont « le réseau électrique atteint sa capacité maximale, mais uniquement aux heures de pointe. Le gestionnaire du réseau autorise de nouveaux clients à se raccorder au réseau, à condition que leur consommation (s'il s'agit d'un consommateur) ou leur injection (s'il s'agit d'un producteur) d'électricité soit limitée pendant ces périodes ».
Ces solutions alternatives pourraient « libérer entre 140 et 185 GW de capacité en Europe, couvrant ainsi en grande partie le déficit constaté dans les pays ayant communiqué leurs données », indique Ember.
« Alors que l'Europe est confrontée à un deuxième choc des prix des énergies fossiles en quatre ans, il est essentiel de veiller à ce que les ménages souhaitant se protéger de la volatilité des prix en installant des panneaux solaires sur leur toit ne soient pas confrontés à l'obstacle d'une capacité de réseau limitée », souligne Elisabeth Cremona. Cette dernière appelle, outre les mesures d'urgence nécessaires, à « intensifier les investissements dans le réseau électrique – en étendant le réseau physique et en modernisant les équipements existants – afin de résoudre véritablement ce problème ».