- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'essor de l'énergie solaire au Pakistan a permis d'atténuer l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur son économie, malgré les inquiétudes sur l'approvisionnement en carburant et la hausse des prix.
Selon une étude publiée en mars, ce virage a permis au Pakistan d'économiser plus de 12 milliards de dollars d'importations de gaz et de pétrole à la date de février 2026.
Aux prix du marché prévus pour cette année, cette économie pourrait s'élever à plus de 6,3 milliards de dollars supplémentaires d'ici fin 2026, selon le groupe de réflexion pakistanais Renewables First et le Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA).
Dans les ruelles animées de Lahore (nord-ouest), Aftab Ahmed, commerçant de 49 ans, est à la recherche de panneaux solaires à installer chez lui pour réduire sa facture énergétique.
"C'est devenu tellement cher qu'un habitant moyen ne peut plus se permettre d'acheter de l'essence pour sa moto ou sa voiture. Le prix du carburant a aussi un impact sur la facture d'électricité", a-t-il constaté.
Pour lui, se tourner vers le solaire, c'est la possibilité de "faire au moins quelques économies".
La semaine dernière, le gouvernement pakistanais annonçait une hausse de 42,7 % du prix de l'essence et de 54,9 % de celui du gazole.
Cette mesure a provoqué des manifestations et de longues files d'attentes se sont formées devant les stations-service. Le gouvernement a ensuite annoncé la gratuité des transports en commun à Islamabad pour un mois.
- Panneaux omniprésents -
Les panneaux solaires sont omniprésents sur les toits au Pakistan, notamment pendant les coupures de courant, souvent longues, surtout lors des vagues de chaleur.
Nabiya Imran, experte en énergie chez Renewables First à Islamabad, souligne que le développement du solaire a permis d'atténuer les conséquences du blocage du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
"Si nous n'avions pas adopté le solaire à un stade précoce et à une telle ampleur, les répercussions sur le secteur de l'énergie auraient été bien pires", relève-t-elle.
Selon l'étude, cette conversion au solaire du Pakistan est "l'une des transitions énergétiques menées par les consommateurs les plus rapides jamais enregistrées".
Contrairement aux économies occidentales, le Pakistan n'a pas imposé de tarifs douaniers sur les technologies solaires chinoises de 2013 à 2025. En conséquence, les importations ont bondi de 1 gigawatt en 2018 à 51 gigawatts cette année.
La hausse des prix du pétrole et du gaz après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a également incité les consommateurs à se tourner vers des sources d'énergie alternatives.
Entre 2022 et 2024, le Pakistan a enregistré une chute de 40% de ses importations de gaz et de pétrole, selon l'étude.
L'essor du solaire au Pakistan ne le met toutefois pas à l'abri des pénuries d'approvisionnement qui affectent actuellement les pays sur le continent asiatique.
En mars, le gouvernement a instauré des mesures d'économies d'énergie comme la semaine de quatre jours pour les fonctionnaires, la fermeture des écoles et la mise en place de cours en ligne.
Les lieux de compétitions de cricket de la Pakistan Super League ont également été réduits de six à deux, et la présence du public interdite.
- Sécurité énergétique -
Pour Nabiya Imran, la guerre au Moyen-Orient a mis en évidence la nécessité de réduire encore la dépendance aux énergies fossiles.
Elle note qu'au cours de l'exercice fiscal 2024, le Pakistan a dépensé environ 11% de son PIB pour les importations d'énergies fossiles, dont du pétrole, du charbon et du gaz naturel liquéfié.
"C'est une grosse somme d'argent pour un pays comme le Pakistan, qui pourrait être consacrée à d'autres secteurs du développement", commente-t-elle, préconisant d'investir désormais dans des systèmes de stockage par batterie solaire .
Dans ce pays de plus de plus de 240 millions d'habitants, plus de 40 millions de personnes n'ont pas accès à l'électricité, selon les estimations de l'Agence internationale de l'Energie.
Pour Manzoor Ishtiaq, gérant d'un magasin de panneaux solaires à Lahore, "il faudrait un plan incitant chaque foyer à adopter l'énergie solaire". "Le gouvernement comme la population en tireraient des bénéfices à long terme", assure-t-il.
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