L'Allemagne admet qu'elle risque de rater ses objectifs climatiques

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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L'Allemagne risque de ne pas remplir ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique à l'horizon 2030 et 2045, selon l'ébauche d'un nouveau plan d'action gouvernemental obtenu mardi par l'AFP.

Le gouvernement du chancelier conservateur Friedrich Merz a jusqu'au 25 mars pour présenter ce nouveau cadre afin que la première économie de l'UE respecte in fine ses engagements climatiques juridiquement contraignants.

Selon ce texte daté de fin janvier et rédigé par le ministère de l'Environnement, le pays, longtemps pionnier des énergies renouvelables, devrait désormais manquer de peu, avec 63%, son objectif pour 2030 de réduction de 65% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990.

Un comité consultatif d'experts du climat mentionné dans le rapport estime que l'objectif des 65% "ne sera probablement pas atteint".

Mais pour le ministère, l'objectif de 2030 reste "fondamentalement atteignable". Il propose un éventail de mesures allant de subventions pour la rénovation énergétique des bâtiments à davantage d'investissements dans les transports publics.

Une fois le projet ébruité dans la presse, les organisations environnementales se sont montrées pessimistes.

Les objectifs climatiques fixés par la loi allemande "ne peuvent pas être atteints avec les mesures proposées" dans le projet de plan, "insuffisantes", affirme à l'AFP Sascha Müller-Kraener, directeur de l'ONG Deutsche Umwelthilfe (DUH).

L'autre objectif majeur pour lequel Berlin s'est engagé, celui de neutralité carbone en 2045, "reste menacé de ne pas être atteint", admet le ministère de l'Environnement dans le texte.

En cause: les incertitudes, compte tenu des "instruments actuels de la politique climatique", quant à une conversion à la neutralité carbone "réussie dans tous les secteurs" de l'économie.

Les observateurs critiques ont souligné que le document ne tenait pas compte d'autres mesures promues par la coalition de M. Merz, notamment l'assouplissement des règles européennes d'émissions pour les voitures et la révision des normes d'efficacité énergétique des bâtiments.

Le projet n'est pas encore finalisé, a indiqué à l'AFP un porte-parole du ministère, soulignant "l'ambition" intacte de Berlin à respecter ses engagements.

- "D'énormes écarts" -

Alors que Donald Trump a retiré les États-Unis de l'accord de Paris sur le climat, l'Allemagne demeure sous pression pour respecter des contraintes qu'elle a elle-même inscrites dans la loi.

Fin janvier, la Cour constitutionnelle fédérale, plus haute juridiction du pays, a jugé insuffisant et donc contraire à la loi le plan du précédent gouvernement, adopté en 2023 sous le chancelier social-démocrate Olaf Scholz.

Cette décision, résultat d'un recours intenté par la DUH, laisse présager d'autres batailles judiciaires.

Élu en mai 2025, Friedrich Merz a érigé la relance de l'économie moribonde de l'Allemagne en priorité n°1, s'engageant à réduire les coûts de l'énergie et à assouplir la réglementation pesant sur l'industrie lourde, un agenda difficilement compatible avec celui des engagements climatiques nationaux.

Son nouveau plan relève d'une "approche timorée et fragmentaire", déplore la députée écologiste Lisa Badum, pour qui les nouvelles propositions ne compenseraient même pas la hausse des émissions engendrée par d'autres mesures du gouvernement favorables aux énergies fossiles.

Sollicitée par l'AFP, l'élue d'opposition redoute "d'énormes écarts par rapport aux objectifs", notamment dans les secteurs "problématiques des transports et du bâtiment qui sont en passe de manquer leurs objectifs 2030 de près de 280 millions de tonnes de CO2 - soit davantage que l'ensemble des émissions annuelles de l'Espagne".

Un autre projet distinct pour revoir la régulation de l'électricité - également divulgué ces derniers jours et obtenu par l'AFP - reviendrait sur des règles favorisant les projets d'énergies renouvelables.

Les règles actuelles obligent les gestionnaires de réseau à donner la priorité aux demandes de raccordement des nouvelles infrastructures renouvelables et garantissent également le rachat de l'électricité que ces dernières produisent.

La fédération professionnelle du secteur (BEE) a qualifié ces pistes de "poison pour les investissements dont nous avons urgemment besoin" et pour "l'essor des énergies renouvelables".

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