KEY ENERGY 2026

En librairie : « Désir d’agir », de Stein van Oosteren

  • Source : Jean-Louis Caffier

La critique de Jean-Louis Caffier

Voici un livre rafraîchissant comme une ballade en sous-bois en temps de canicule. À vélo bien sûr ou en marchant ! 

Stein van Oosteren est un militant du vélo de longue date, promoteur de la bicyclette et attaché des Pays-Bas auprès de l’Unesco et ancien porte-parole du Collectif Vélo Île-de-France.

« Désir d’agir » est un bel exemple de démarche où l’engagement et la diplomatie se marient harmonieusement. Face aux reculs, pas seulement américains, de la lutte pour la protection de l’environnement, Stein van Oosteren a choisi de remettre de la sérénité dans le débat en le concentrant sur la ville. Pas question bien sûr de minimiser la gravité de la situation tant pour le climat que pour la biodiversité mais l’auteur nous invite à nous poser les questions de base, un peu oubliées dans la jungle des dénis, des fausses accusations ou des mensonges des climatosceptiques.

La première de ces questions de base est bien : « Quel avenir voulons-nous ? ». Nous avons à l’évidence beaucoup de mal à imaginer le futur, mais faisons l’exercice de savoir de quoi nous avons besoin ! Ce livre nous invite à travers 54 courts chapitres à une sorte d’introspection qui nous force en douceur à examiner nos mauvaises habitudes. 

Prenons l’exemple de la voiture individuelle qui est en moyenne à l’arrêt 96 % du temps. Il existe de nombreuses solutions alternatives dont beaucoup sont déjà à l’œuvre dans le monde entier. Moins de voiture et plus de marche à pied ou de vélo, c’est bon pour la santé, le pouvoir d’achat, la qualité de l’air. Et la mobilité douce permet de libérer de l’espace pour végétaliser et créer des îlots de fraîcheur, élargir les trottoirs ou créer évidemment des pistes cyclables.

Ce livre pose parfaitement les bases d’un débat qui doit nous amener à repenser nos rapports avec le temps et la nature. Indispensable !

Trois questions à l'auteur Stein van Oosteren

Critique désir d'agir

Est-il pertinent de faire du vélo le symbole d’une transition simple qui repose sur la volonté ?

Absolument. Ce qui caractérise cet objet merveilleux, c’est qu’il est à portée de tous, de 4 à 104 ans. Aux Pays-Bas où j’ai eu la chance de grandir, 3 enfants sur 4 vont à l’école tous seuls, à vélo. Les transports scolaires n’existent pas alors qu’ils coûtent très cher en France. 

Les enfants ne sont pas seuls à en profiter. Les chiffres montrent aussi que les 65-75 ans et les femmes utilisent beaucoup le vélo, qui est quelque chose de très simple et qui peut révolutionner la ville.

Le vélo est un très petit outil à la fois très simple et très puissant. Très visible dans l’espace public, il humanise l’espace en créant des rues qui respirent sans être obstruées par les voitures.

La transition est-elle forcément heureuse ?

Oui et non. Oui car une fois la transition réalisée, ça va mieux ! C’est un chemin vers plus de confort, moins de canicules, des factures plus basses pour le chauffage ou les transports. Il ne s’agit surtout pas d’écologie punitive mais de création d’une ville plus agréable. 

Le côté plus difficile, c’est qu’il s’agit tout de même d’une transition, d’un processus qui oblige l’humain à faire un truc qu’il déteste : changer d’habitude. Il faut forcément lâcher quelque chose et ça créée forcément des frictions. On sait quoi faire mais on ne l’a pas encore fait et cela donne une excitation qui est un inconfort. Il faudrait accepter l’idée qu’il faut être patient car on va arriver à une situation plus agréable.

Quelle est la différence entre les Pays-Bas et la France ?

Il y a une théorie des 3 « C » quand on parle de transition : C comme citoyen, C comme courage et C comme choc. Pour le vélo, les Pays-Bas ont connu un premier choc avec la mort d’une jeune fille renversée par une voiture en 1972. Son père a su sensibiliser les médias pour que cela ne se reproduise plus et un très fort mouvement a mobilisé les citoyens.

Un deuxième choc a été le premier choc pétrolier. Tout cela a donné le courage d’agir aux politiques pour favoriser une mobilité douce. En France, les chocs pétroliers ont donné naissance à l’électricité nucléaire et au diesel mais pas à une politique de mobilité douce. En France, on est très conservateur. Regardez l’interdiction de la cigarette dans les
restaurants ! La mesure a d’abord été très largement rejetée. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout un problème.

« Désir d'agir, comment déclencher la transition écologique», de Stein van Oosteren (Édition Ecosociété, préface de Valérie Masson-Delmotte).