L'Asean veut créer une réserve commune de carburants face à la crise énergétique

  • Connaissance des Énergies avec AFP
  • parue le

Onze pays d'Asie du Sud-Est, fragilisés par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, se tournent désormais vers des solutions ambitieuses comme la création d'une réserve commune de carburants, a indiqué vendredi le président philippin Ferdinand Marcos.

Les dirigeants des pays membres de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) se sont réunis en sommet à Cebu, aux Philippines, cherchant des pistes pour remédier à la crise énergétique déclenchée par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz depuis les attaques israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Le bloc a également demandé la réouverture de cette voie maritime.

L'Asean a appelé à la ratification rapide d'un accord-cadre sur la sécurité pétrolière, un programme de partage des carburants visant à garantir la stabilité énergétique.

"Nous nous mobilisons pour promouvoir et développer l'idée de constituer une réserve de carburants de tous types", a affirmé M. Marcos lors d'une conférence de presse à la fin du sommet.

Environ 80% des hydrocarbures transitant en temps de paix par le détroit d'Ormuz sont destinés à l'Asie, qui fait désormais face à une flambée des prix du carburant et de l'alimentation.

"Certains pays ont un excédent d'un certain type de carburant. D'autres en manquent", a exposé le président philippin, "nous essayons d'équilibrer cela".

Les pays membres ont également approuvé la mise en place d'un réseau électrique de l'Asean, destiné à relier les réseaux nationaux pour permettre des échanges d'électricité transfrontaliers.

Ils cherchent à inscrire leurs solutions sur le long terme, car la situation est encore loin d'être apaisée. L'Iran accuse les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu, tandis que Washington assure avoir ciblé jeudi des "installations militaires" en réponse à des attaques iraniennes sur ses navires dans le détroit.

Même après la réouverture du détroit, "il va falloir du temps, au moins des mois, pour que les infrastructures endommagées soit réparées, pour que le détroit soit déminé, et pour que les marchandises circulent à nouveau", a estimé le Premier ministre singapourien Lawrence Wong devant les dirigeants de l'Asean.

- La Birmanie en question -

A l'échelle régionale, le statut de la Birmanie a de nouveau divisé l'Asean. Les hauts responsables du pays sont officiellement exclus des sommets tels que celui de Cebu depuis le coup d'État de la junte en 2021, qui a plongé la Birmanie dans une guerre civile, sur fond de répression.

"De nombreux membres ont exprimé leur frustration à propos du manque de progrès dans le processus de normalisation des relations avec la Birmanie", a rapporté M. Marcos.

Lors d'une conférence de presse, un diplomate thaïlandais a précisé que la proposition de son pays en faveur d'un rapprochement avait été "accueillie favorablement" par les membres de l'Asean.

A l'inverse, la Malaisie s'est montrée inflexible. "La répression se poursuit, des atrocités envers les citoyens birmans continuent de se produire", a expliqué le ministre malaisien des Affaires étrangères Mohamad Hasan auprès de journalistes.

- Eaux troubles -

En parallèle, les Philippines ont continué à pousser la question houleuse d'un Code de conduite sur la mer de Chine méridionale, destiné à encadrer les désaccords dans cette zone disputée par différents pays du bloc et la Chine.

Des incidents se produisent régulièrement entre des bateaux naviguant dans la zone, dont Pékin estime que la quasi-totalité lui revient, malgré une décision internationale jugeant sa position sans fondement juridique.

Les membres de l'Asean échouent depuis des années à s'accorder sur le périmètre, la mise en place et le statut légal d'un tel code.

Mais, interrogé sur la coopération économique avec Pékin, M. Marcos a répondu que "toutes les réponses à ces questions (découleraient) de la finalisation du (...) Code de conduite". Un succès qu'il espère obtenir "d'ici la fin de l'année".