- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les questions économiques liées à la guerre au Moyen-Orient devraient dominer les discussions entre les dirigeants des États réunis pour le 48e sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), qui s'ouvre jeudi à Cebu, aux Philippines.
Mais si le président philippin Ferdinand Marcos souhaite un sommet "allégé", axé sur la crise qui l'a poussé à déclarer un état d'"urgence énergétique nationale", la région ne manque pas de dossiers au long cours, qu'il s'agisse des relations de l'Asean avec la Birmanie ou des eaux disputées. Voici les grands enjeux qui pourraient retenir l'attention du bloc, qui rassemble 11 pays depuis l'arrivée du Timor oriental en octobre.
Crise énergétique
Les difficultés d'approvisionnement en carburant, la montée des prix de l'alimentation et la sécurité des ressortissants travaillant près des zones de conflit doivent figurer au cœur du sommet, a indiqué le président Marcos le mois dernier.
Mercredi, les Philippines ont annoncé que les dirigeants de l'Asean s'étaient accordés sur une "réponse à la crise" au Moyen-Orient, espérant la publier cette semaine, sans donner plus de détails.
Le document devrait comprendre un appel à la réouverture du détroit d'Ormuz - en grande partie bloqué depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février - et à garantir la liberté de circulation dans d'autres voies maritimes stratégiques, a dit un diplomate à l'AFP sous couvert d'anonymat après en avoir consulté une première ébauche.
La plupart des pays de l'Asean sont largement dépendants des importations d'hydrocarbures du Moyen-Orient. Environ 80 % du gaz et du pétrole transitant en temps de paix par le détroit d'Ormuz est destiné à l'Asie.
Face au risque de pénurie, l'Asean a déjà publié des communiqués traitant de coopération énergétique. Mais l'organisation ne peut contraindre ses membres à agir. Le bloc dispose depuis des années d'un mécanisme de partage des approvisionnements en carburant mais il n'a encore jamais été activé et repose sur le volontariat.
Questions birmanes
La Birmanie, État membre de l'Asean, est officiellement exclue de ses sommets tels que celui de Cebu depuis le coup d'État de la junte en 2021 qui a plongé le pays dans une guerre civile, sur fond de répression de l'opposition.
Mais son statut pourrait évoluer car le chef des militaires au pouvoir, Min Aung Hlaing, a été officiellement élu président lors d'un scrutin, certes contesté, et la figure de proue de l'opposition Aung San Suu Kyi a vu sa peine de prison transformée en assignation à résidence. Ces deux changements pourraient aider le pays à se rapprocher de l'organisation.
Min Aung Hlaing a déclaré que son gouvernement "travaillerait pour rétablir des relations normales" avec l'Asean.
Les pays membres restent divisés. Les Philippines ont tout de même salué mercredi la décision birmane de placer Aung San Suu Kyi en résidence surveillée, tout en réclamant qu'un envoyé spécial se voie accorder un "bref accès" à l'opposante âgée de 80 ans.
Eaux disputées
Une déclaration sur la "coopération maritime" devrait être adoptée cette semaine, mais elle restera probablement loin du code de conduite attendu depuis des années concernant la mer de Chine méridionale.
L'Asean et la Chine négocient depuis plus de 20 ans un code visant à réguler cette zone maritime stratégique. Le Brunei, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam revendiquent des droits dans cette mer, que la Chine revendique dans sa quasi-totalité malgré une décision internationale jugeant sa position sans fondement juridique.
Les Philippines, dont les navires ont été plusieurs fois impliqués dans des confrontations avec des bateaux chinois, ont déclaré en février espérer mener à bien ces négociations en 2026, à l'heure où l'archipel assure la présidence tournante de l'Asean.
Mais ces discussions ont déjà échoué à de nombreuses reprises. Pour Don McLain Gill, analyste en géopolitique établi à Manille, tout accord auquel la Chine pourrait consentir serait dépourvu de substance.
Selon le diplomate interrogé par l'AFP, il n'y a "aucun moyen" de convaincre Pékin de signer le moindre document juridiquement contraignant, la Chine visant plutôt une "déclaration politique".