
Ormuz est le nom d'une petite île iranienne située dans le détroit éponyme.
Le détroit d'Ormuz est un étroit passage maritime (55 km de largeur minimale) séparant la péninsule arabique de l'Iran. Il permet le passage du golfe Persique au golfe d'Oman et à la mer d'Arabie. C'est la principale voie d'exportation du pétrole et du gaz produits par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, l'Irak, Bahreïn et l'Iran, a rappelé l'AIE.
Transit du pétrole
En 2025, près de 15 millions de barils par jour (Mb/j) de pétrole brut et 5 Mb/j supplémentaires de produits pétroliers ont en moyenne transité via le détroit d'Ormuz, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie (AIE)(1). Au total, ce détroit est emprunté par près de 25 % du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés), selon l'AIE.
Le pétrole transporté via le détroit d'Ormuz provient principalement de 4 pays : l'Arabie saoudite (31,4 % des volumes en 2025), l'Irak (18,3 %), les Émirats arabes unis (16,3 %), l'Iran (12,1 %) et le Koweït (11,9 %).
L'essentiel du pétrole transitant par ce détroit est destiné aux pays asiatiques, la Chine, l'Inde et le Japon étant les principaux importateurs. La Chine et l'Inde ont en particulier compté pour 44% des livraisons de pétrole brut de la région passant par ce détroit (contre seulement 4 % vers l'Europe), selon l'AIE.
Transit du gaz naturel liquéfié
La quasi-totalité des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar (second exportateur mondial avec plus de 112 milliards de m3 exportés en 2025) et des Émirats arabes unis (7 milliards de m3 exportés l'an dernier) transitent par le détroit d'Ormuz. Au total, presque 20 % du GNL transporté dans le monde circule via ce détroit.
Comme pour le pétrole, les livraisons de GNL qatari et émirati sont très majoritairement destinées aux marchés asiatiques (pour presque 90 % l'an dernier). Près des deux tiers des importations de GNL du Bangladesh, de l'Inde et du Pakistan dépendent notamment des livraisons de GNL transitant par le détroit d'Ormuz, rendant ces pays particulièrement vulnérables aux perturbations actuelles.
En revanche, seulement près de 7 % des importations européennes de GNL ont transité par le détroit d'Ormuz en 2025. Dans un marché mondialisé, des arbitrages plus tendus seront effectués entre l'Asie et l'Europe même s'il est aujourd'hui « beaucoup trop tôt pour voir une réorientation de ces flux » de GNL, prévient Jérôme Sabathier, chef du département Économie et évaluation environnementale chez IFP Energies nouvelles.
Quelles alternatives au détroit d'Ormuz ?
Les options alternatives au détroit d'Ormuz pour acheminer le pétrole sont « limitées », souligne l'AIE. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont des oléoducs opérationnels, d'une capacité de transport cumulée de 3,5 à 5,5 Mb/j. En revanche, il n'existe « aucune alternative pour le Koweït, Bahreïn et l'Irak », souligne Jérôme Sabathier.
Le pipeline « Abqaiq-Yanbu » traverse en particulier l'Arabie saoudite jusqu'à la mer Rouge. Le système dispose d'une capacité supposée de 5 Mb/j (augmentée à 7 Mb/j selon Aramco, sans que des tests aient été menés à ce niveau jusqu'ici). Début 2026, seuls près de 2 Mb/j de pétrole transitait par ce pipeline.
Pour le GNL qatari destiné au reste du monde, il n'existe pas d'autre alternative que d'avoir recours à d'autres unités de liquéfaction, en y transportant le gaz à l'état gazeux via le gazoduc Dolphin qui va du Qatar aux Émirats arabes unis et à Oman (presque 20,5 milliards de m3 transportés via 2025). L'AIE rappelle toutefois que les unités de liquéfaction d'Oman permettant d'exporter du GNL ont déjà un taux d'utilisation proche de 100 %.
Impact de la guerre au Moyen-Orient en mars 2026
Alors que la situation restait confuse ces derniers jours sur la situation dans le détroit d'Ormuz, le blocage est aujourd'hui avéré, constate Jérôme Sabathier. Se pose désormais aussi un problème d'assurance, les armateurs ne voulant plus risquer d'y faire transiter leurs navires (un plan américain est attendu afin d'assurer les navires).
« Toute interruption prolongée du détroit d'Ormuz pourrait rendre inutilisable la quasi-totalité des capacités de production excédentaires mondiales, détenues en grande partie par l'Arabie saoudite », pointe l'AIE. Et les alternatives en matière de production ne sont pas nombreuses : elles se limitent à court terme aux États-Unis, dont « la production d'hydrocarbures de schiste peut augmenter en cas de gros problèmes, avec une augmentation des investissements » face à la hausse des cours, rappelle Jérôme Sabathier. Ce dernier cite également le Brésil et le Guyana comme facteurs de hausse de l'offre (hors OPEP), mais « pas immédiatement ». La contribution de la Russie est par ailleurs exclue « dans les conditions actuelles » et le potentiel du Venezuela reste « très faible » (avec un pétrole lourd qui ne peut pas être traité partout).
« Dans une économie de monde, nous sommes confrontés à énormément de volatilité et d'incertitudes » sur la durée du conflit. Pour l'heure, le baril de Brent a sans surprise dépassé les 80 $, tandis que les cours du gaz se sont envolés de façon très rapide et plus surprenante pour les analystes.
