Le gouvernement dévoile sa stratégie énergétique d'ici 2035

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Fin du suspense: le gouvernement publie jeudi la très attendue feuille de route énergétique de la France, document crucial pour la souveraineté et la compétitivité du pays, maintes fois retardé pour cause d'antagonismes politiques et d'instabilité gouvernementale.

Sébastien Lecornu va dévoiler les contours de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour la période 2025-2035 lors d'un déplacement dans le Jura, où il se rendra sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans.

C'est à l'occasion d'une table-ronde que le Premier ministre indiquera la part qui reviendra à chaque filière dans la production d'énergie en France au cours des 10 prochaines années. Notamment quelle part pour le nucléaire, l'éolien, le solaire, l'hydraulique...

Voilà près de 3 ans que la publication de cette PPE était attendue par les acteurs du secteur, pour pouvoir lancer les projets, anticiper les besoins en investissements, en compétences et en emplois.

Mais ce texte, qui sera publié dans un décret au Journal officiel vendredi matin, a donné lieu à d'âpres débats dans la classe politique entre partisans du tout-nucléaire et ceux en faveur d'un mix énergétique donnant la part belle aux énergies renouvelables, notamment le solaire et l'éolien.

"Ce décret s'inspirera de toutes les discussions que nous avons eues avec les uns et les autres", a assuré Roland Lescure, le ministre de l'Economie, devant les sénateurs mercredi.

"Et face à l'urgence géopolitique, face à l'urgence économique, face à l'urgence industrielle et face à l'urgence climatique, notre responsabilité à tous, c'est d'avancer", a-t-il ajouté.

La PPE, ce sont "des appels d'offres qui doivent être lancés, ce sont des éoliennes qui doivent être installées, c'est des réacteurs (nucléaires) qui doivent être financés", a fait valoir le ministre.

Le patron de la droite Bruno Retailleau a au contraire demandé au gouvernement de renoncer à publier la PPE, dans une tribune publiée par L'Opinion.

- "Dépendance géopolitique" -

Le chef des Républicains, qui avait déjà réclamé un moratoire sur le solaire et l'éolien l'été dernier, s'attirant les foudres de ses alliés du centre au gouvernement, veut qu'il soit mis "un terme au financement public" des renouvelables.

Lundi, c'est la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen qui a dénoncé "une lourde faute du Premier ministre" en cas de publication de la PPE.

"La +vraie faute+ serait de ne rien faire", lui a répliqué sur X Sébastien Lecornu en pointant la "dépendance géopolitique" aux hydrocarbures devenue "dangereuse".

Le Premier ministre, qui vient de clore le marathon du budget après des mois de tractations, entend désormais aller de l'avant en purgeant ce dossier très sensible mais jugé prioritaire.

Sébastien Lecornu a déjà confirmé dimanche que six réacteurs nucléaires de nouvelle génération de type EPR seraient "inscrits dans la PPE et huit supplémentaires en option", conformément aux annonces d'Emmanuel Macron en 2022, alors que la précédente PPE (2019-2024) prévoyait de fermer des réacteurs nucléaires.

Côté renouvelables, il a promis des investissements "dans l'éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie" et l'éolien terrestre. Mais ce dernier étant "parfois source de conflit localement", priorité sera donnée à l'augmentation de puissance des éoliennes existantes plutôt qu'aux nouveaux parcs.

Une partie du parc a plus de 20 ans et "au lieu d'ajouter des mâts supplémentaires qui parfois effectivement posent des débats locaux (...) on privilégie cette modification", a résumé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Cette PPE3 arrive après la PPE1, approuvée par décret en 2016, et la PPE2, votée en avril 2020 pour la période 2019-2028.

Elle sera différente de la version soumise à consultation du public en mars dernier, car elle intègre les derniers scénarios du gestionnaire du réseau d'électricité à haute tension RTE, qui a revu à la baisse ses prévisions de consommation électrique en France à horizon 2030.

Selon ce dernier, la dynamique d'électrification de la France accuse un "retard" alors que le pays "dispose de l'avantage quasi-unique en Europe d'une production d'électricité particulièrement abondante et déjà décarbonée à 95%".

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