Alors qu’Israël et les États-Unis attaquent l’Iran, les marchés mondiaux du pétrole sont sur les nerfs. Les prix du pétrole ont commencé à augmenter avant même toute perturbation de l’approvisionnement. Les négociants en pétrole envisagent la possibilité que le détroit d’Ormuz soit fermé.
Environ 20 % du pétrole commercialisé dans le monde transite par cette voie navigable étroite entre l’Iran au nord et Oman et les Émirats arabes unis au sud. Un pétrolier a été bombardé et le trafic a pratiquement cessé. Or, sur les marchés mondiaux de l’énergie, la simple menace d’une interruption peut faire grimper les prix.
Le détroit d'Ormuz permet d'exporter une importante partie du pétrole saoudien, iranien et émirati. Jacques Descloitres, MODIS Land Rapid Response Team, NASA/GSFC, CC BY
Car le pétrole n’est pas comme la plupart des matières premières. Le contrôle de ce combustible à haute densité énergétique façonne la géopolitique. Toute perturbation grave du trafic des pétroliers dans le Golfe aura donc des répercussions sur les marchés mondiaux du pétrole et menacera la stabilité économique. De longues files d’attente ont déjà été signalées en Australie, les automobilistes se précipitant pour faire le plein avant une éventuelle flambée des prix.
Alors que les tensions internationales s’intensifient, des pays tels que Cuba ou l’Ukraine en passant par l’Éthiopie accélèrent déjà leurs plans visant à réduire leur dépendance au pétrole et à renforcer leur sécurité énergétique.
Un demi-siècle d’influence pétrolière
Le pouvoir du pétrole est devenu évident lors de l’embargo pétrolier de 1973, lorsque les principaux producteurs de pétrole du Moyen-Orient ont réduit leur offre afin de remodeler la politique étrangère américaine. Les prix ont quadruplé, les économies ont stagné et la sécurité énergétique est devenue un enjeu politique central presque du jour au lendemain.
Même avant l’intervention militaire américaine, les sanctions contre d'importants producteurs tels que l’Iran et le Venezuela ont réduit l’offre et remodelé les flux commerciaux. Les tensions actuelles près des points d’étranglement tels que le détroit d’Ormuz introduisent des primes de risque dans les prix.
Car les marchés pétroliers sont prospectifs, ce qui signifie que les prix reflètent non seulement l’offre et la demande actuelles, mais aussi les anticipations quant à l’évolution future.
Les frappes sur l’Iran ont ainsi entraîné une hausse du prix du Brent – la référence mondiale – qui s’échangeait le 2 mars autour de 79 $ (67,50 euros) le baril, contre environ 68 $ (58,10 euros) quelques semaines plus tôt. Les prix étant mondiaux, l’instabilité politique dans une région donnée peut avoir des conséquences économiques partout ailleurs.
Qu’est-ce qui réduit la dépendance au pétrole ?
En 2015, l’Inde a bloqué les importations de pétrole du Népal, provoquant le chaos. En réponse, les autorités ont encouragé la croissance très rapide des véhicules électriques. Les importations de pétrole ont, elles, commencé à baisser.
Plus récemment, la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les frappes américaines contre le Venezuela et l’Iran ont remis au centre des préoccupations la réduction des importations de pétrole et le renforcement de la sécurité énergétique nationale.
À Cuba, pays dépendant du pétrole, la pression exercée par les États-Unis a réduit de manière drastique l’approvisionnement en pétrole. Les coupures d’électricité sont fréquentes et les voitures restent immobilisées. En réponse, les autorités et les entreprises importent 34 fois plus de panneaux solaires chinois qu’il y a un an.
Ce n’est pas l’idéologie qui motive ce changement, mais la nécessité. Les importations de véhicules électriques sont également en forte hausse. « Cuba pourrait connaître la transition énergétique la plus rapide au monde », a déclaré un économiste cubain au magazine The Economist.
Pourquoi les énergies renouvelables changent la donne
Contrairement au pétrole, les panneaux solaires et les éoliennes peuvent éviter d’être transportés via des points d’étranglement maritimes tels que le détroit d’Ormuz. Les énergies renouvelables ne sont pas commercialisées de la même manière centralisée à l’échelle mondiale. L’électricité est produite localement et de plus en plus sur de nombreux sites de petite taille.
La Russie cible depuis longtemps les infrastructures énergétiques et les centrales électriques ukrainiennes pendant la guerre. En réponse, l’Ukraine développe les énergies renouvelables aussi rapidement que possible, car la production d’électricité décentralisée est beaucoup plus difficile à détruire. Comme l’a déclaré un expert ukrainien en énergie à Yale360, un seul missile « peut détruire » une centrale à charbon, alors qu’il faudrait 40 missiles pour détruire un parc éolien.
L’énergie décentralisée est plus résiliente, ce qui signifie que les dommages causés à une ferme ne provoqueront pas l’effondrement du réseau.
La résilience grâce au transport électrique
L’électrification des transports est un autre élément clé de ces nouvelles approches en matière de sécurité énergétique. Les véhicules électriques alimentés par de l’électricité produite localement réduisent la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux du pétrole. Cette réflexion transparaît dans la décision prise par l’Éthiopie d’interdire les nouvelles voitures à moteur à combustion interne.
De son côté, la Chine importe encore la majeure partie de son pétrole, dont une grande partie provient d’Iran. Mais Pékin accélère en parallèle sa transition rapide vers les véhicules électriques. L’année dernière, les véhicules électriques représentaient 50 % des voitures neuves en Chine et 12 % du parc automobile total. La Chine utilise de plus en plus le pétrole pour fabriquer des plastiques et non pour le transport. La hausse des importations enregistrée l’année dernière s’explique par la constitution de stocks considérables dans un contexte d’incertitude mondiale.
La vulnérabilité de nombreux pays
L’Australie importe la grande majorité de ses carburants raffinés. Le pays disposerait d’environ un mois d’approvisionnement d’essence avant d’être à court. Si les guerres font grimper les prix du pétrole, la hausse des prix à la pompe se répercutera sur les coûts de transport, les prix des denrées alimentaires et l’inflation.
Alors que la transition vers les véhicules électriques s’accélère, l’Australie est à la traîne par rapport aux normes mondiales. Même si l’électricité se verdit rapidement, les transports restent massivement dépendants du pétrole étranger. Cela expose l’Australie à des risques.
La politique énergétique est une politique de sécurité
Les énergies renouvelables n’éliminent pas les risques géopolitiques. Les réseaux électriques sont exposés à des cybermenaces. Les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques introduisent de nouvelles dépendances, et une grande partie de la fabrication actuelle de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques est concentrée en Chine.
Mais il existe une différence structurelle évidente. Les systèmes décentralisés sont plus difficiles à manipuler par le biais des goulets d’étranglement de l’approvisionnement. Une fois installés, les panneaux solaires produisent de l’énergie localement. La vulnérabilité passe alors des importations continues de combustibles à la dépendance initiale vis-à-vis de la fabrication.
Le pétrole façonne la politique mondiale depuis des décennies, car il est transportable, négocié à l’échelle mondiale et seuls quelques pays disposent d’importantes réserves. La réduction de la dépendance au pétrole est souvent présentée comme une mesure de politique climatique. Mais elle est également essentielle pour la sécurité énergétique et la sécurité nationale. La réduction de la consommation de pétrole renforce la résilience face aux chocs et réduit l’influence d’autres nations.
La crise iranienne pourrait ne pas entraîner de hausse durable des prix. L’offre pourrait s’ajuster. Les marchés pourraient se stabiliser. Mais les dirigeants vont repenser l’opportunité de s’exposer au pétrole négocié à l’échelle mondiale dans un monde instable.![]()

