- Connaissance des Énergies avec AFP
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La flambée des carburants qui s'installe ajoute une nouvelle pression sur des finances publiques déjà fragilisées, laissant augurer cet automne des débats budgétaires à haut risque politique pour Sébastien Lecornu, à quelques mois de la présidentielle.
Conjuguer des aides pour les Français les plus touchés par l'inflation générée par le blocage du détroit d'Ormuz avec le maintien d'un déficit à 5% est un casse-tête pour le chef du gouvernement.
Il pourrait se transformer en impasse politique pour le locataire de Matignon, privé de majorité à l'Assemblée, tant la marche devient haute, avec des finances publiques dans le rouge que les institutions internationales exhortent à redresser.
La Commission européenne a prévenu que le déficit français pourrait grimper de 5% à 5,7% en 2027 en l'absence de nouvelles mesures d'économies. Et le Fonds monétaire international a revu à la baisse sa prévision de croissance pour la France, jugeant "insuffisant" le rythme de redressement actuel.
Face à cela, le coût de la guerre qui "dure", évalué à la mi-avril à 6 milliards d'euros pour le budget 2026, va augmenter, ont confirmé vendredi les ministres de Bercy David Amiel (Comptes publics) et Roland Lescure (Economie).
- Prudence -
Le rapporteur (LR) du budget à l'Assemblée, Philippe Juvin, évalue dans Le Parisien les économies à faire "entre huit et dix milliards". Or même neuf milliards, "c'est seulement 0,3% de déficit en moins".
D'où la prudence extrême du gouvernement dans ses aides pour faire face à l'envolée des prix à la pompe ou sur les produits dérivés du pétrole.
Il ne s'est pas non plus avancé sur le financement de ces nouvelles mesures qui représentent à ce stade 1,2 milliard d'euros.
"Il y a un déficit public important. Et comme il ne s'agit pas d'augmenter la pression fiscale et de casser le moteur de croissance qui est le nôtre, il nous faut évidemment avancer prudemment", a expliqué Sébastien Lecornu, qui reste sur des aides "ciblées" et temporaires.
Au risque d'être accusé par ses opposants de ne pas en faire assez, alors que le Premier ministre, d'habitude avare de sa parole, avait déployé jeudi les grands moyens pour sa première conférence de presse depuis sa nomination rue de Varenne, accompagné de dix ministres.
"Beaucoup de mots, beaucoup de ministres et beaucoup de temps pour aucune annonce sérieuse", a taclé le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard.
"Le déploiement de moyens" lors de cette conférence de presse "est inversement proportionnel à l'importance des annonces qui ont été faites", a abondé la cheffe de file du RN, Marine Le Pen.
- "Pas facile" -
Au contraire, a souligné Sébastien Lecornu, "la longueur de la conférence de presse (1H30) témoigne" que le gouvernement n'est pas empêché d'agir, même s'il a reconnu l'exercice "un peu fastidieux".
Après le sucré des aides, il détaillera en juin le salé des coupes à faire cette année "en cohérence" avec le projet de budget pour 2027, qui devraient donner lieu à d'âpres débats à l'Assemblée nationale.
Il a aussi souligné la nécessité d'avoir un budget, sans quoi aucune aide ne serait possible. "Si on n'avait pas eu de budget, si on était aujourd'hui en loi spéciale, on ne pourrait avoir aucune aide pour les Français", a redit M. Amiel vendredi.
Si la loi spéciale, qui consiste à reconduire les crédits de l'année précédente sans pouvoir investir, n'a pas la préférence de l'exécutif, il reste l'option d'un compromis négocié en amont, soit un accord de non-censure avec une partie de l'hémicycle, puis l'utilisation de l'article 49.3 pour faire passer le texte sans vote.
A moins que le gouvernement utilise les ordonnances, ce qui permettrait d'avoir un budget même si Sébastien Lecornu était renversé à l'issue. Si bien qu'"à la fin, on n'échappe pas collectivement à la nécessité d'un compromis politique", souligne M. Amiel.
Signe que les risques de censure sont grands pour ce dernier budget avant la présidentielle, le gouvernement n'envisage pas de projet de loi de finances rectificatif (PLFR), comme réclamé par la droite sénatoriale pour clarifier les économies envisagées.
Avec un PLFR, "je vais avoir des débats sans fin qui partiront dans tous les sens", a relevé sur Sud Radio Roland Lescure. "Déjà ça ne sera pas facile de faire passer (le budget 2027) au Parlement" à l'automne.