- Connaissance des Énergies avec AFP
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Infrastructure essentielle, le réseau d'électricité à haute tension doit être renouvelé et renforcé pour faire face aux défis de l'électrification et du changement climatique. En Ile-de-France, son gestionnaire RTE a engagé des "travaux d'Hercule" à horizon 2050.
Dans une rue du XIIIe arrondissement de Paris, un bâtiment anonyme en béton bas carbone et en bois brûlé abrite une installation stratégique: ce plus vieux poste électrique de la capitale fournit de l'électricité à environ 300.000 personnes.
"Tolbiac fait partie des postes qui alimentent Paris", explique Thomas Porteau, chef de projet chez RTE. "Il était alimenté par une seule ligne électrique de 225.000 volts". Il a fallu le muscler en ajoutant un deuxième transformateur et une nouvelle ligne, ce qui "a permis d'éliminer tout risque de coupure à l'avenir".
A Paris, les sept postes électriques doivent être adaptés, notamment face au risque de crues.
Le réchauffement planétaire rend les phénomènes climatiques plus intenses et plus fréquents, telles que les fortes précipitations qui peuvent causer des inondations, même si celles-ci sont aussi multi-factorielles (urbanisme, gestion de l'eau, etc.).
Le poste électrique de Javel, à proximité de la Tour Eiffel, est surélevé à l'occasion de son renouvellement. "L'objectif, c'est qu'en 2060, l'ensemble des infrastructures du réseau électrique permettent d'assurer sa résilience à la crue", explique Chloé Latour, directrice stratégie et régulation chez RTE.
Dessiné en forme de "roue de vélo", le réseau d'Ile-de-France concentre toutes les facettes du schéma de développement du réseau (SDDR) de RTE, un plan à 100 milliards d'euros d'ici 2040 pour redimensionner et moderniser la colonne vertébrale du système électrique.
6.000 km de lignes aériennes et souterraines avec deux ceintures de 400.000 et 225.000 volts: des artères tracées comme des rayons distribuent l'électricité au centre de Paris. 193 postes électriques et 62 sites industriels y sont reliés, ainsi que les gares et aéroports franciliens.
La région, qui concentre un cinquième de la population française sur 2% du territoire métropolitain, ne produit pas d'électricité - elle est alimentée depuis la Normandie et le Centre Val-de-Loire - mais représente 15% de la consommation nationale.
- Températures de 85-90°C -
Dans le sud-est de Paris, l'artère Morbras-Arrighi va bénéficier d'un lifting qui durera jusqu'en 2028. "Nous allons remplacer 31 pylônes, 12 km de conducteurs existants (lignes à haute tension, ndlr) et dérouler 17 km de nouveaux conducteurs", décrit Christelle Coppens-Chalhoub, déléguée régionale de RTE Île-de-France/Normandie.
Sur cette artère, les pylônes vieux d'un demi-siècle n'ont qu'une seule ligne, mais elle a été conçue dès son origine pour pouvoir être doublée.
"C'est une priorité d'utiliser le réseau existant", souligne Chloé Latour. "Il est déjà dans le paysage et donc les riverains le connaissent", ce qui facilite son acceptabilité.
Autre solution, remplacer une ligne 225.000 volts par une ligne 400.000 volts. "On réutilise le couloir qui existe, donc le paysage maintient le même nombre de pylônes mais on transporte plus d'électricité".
Dans le cas présent, le pylône de type "Muguet" - tous portent un surnom, "Chat", "Trianon", "Beaubourg", "Fougère"... - sera repeint, mais un autre, plus loin, sera remplacé en raison de la corrosion.
Rien que pour la peinture, RTE a prévu 29 millions d'euros pour les dix prochaines années. Et pour les lignes, il s'assure qu'elles seront capables d'opérer dans un monde où la température augmentera de +4°C en 2100, conformément aux scénarios du GIEC.
"Aujourd'hui, on a déjà 40°C dans certaines régions de France, plus la chaleur liée à l'électricité, on atteint vite la capacité technique du câble. C'est pourquoi on passe sur des types de câbles qui peuvent supporter 85-90°C", au total, explique Chloé Latour.
Quant aux pylônes, ceux d'aujourd'hui sont plus élevés pour que le câble, qui va se dilater avec la chaleur, reste au-dessus de la hauteur réglementaire.
Plus loin encore, RTE va renforcer le poste de Villejust (Essonne), le plus grand d'Europe, qui "alimente l'équivalent de 2,5 millions de clients", selon Régis Maurier, directeur du groupe maintenance réseau Ile-de-France Sud-Ouest. Il cumule une puissance équivalente à trois réacteurs nucléaires.
Des travaux qui permettront de répondre aux besoins de consommation futurs, notamment liés à l'essor des centres de données en Ile-de-France.