Nouveaux réacteurs nucléaires : le groupe EDF se dit prêt, beaucoup de questions à élucider

  • AFP
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EDF s'est dit prêt mercredi à construire de nouveaux réacteurs nucléaires EPR en France, au lendemain du feu vert du président Emmanuel Macron, mais beaucoup de questions restent encore à élucider.

"EDF a beaucoup travaillé avec la filière nucléaire pour pouvoir affirmer que nous sommes prêts. Nous sommes prêts", a assuré le PDG du géant de l'électricité, Jean-Bernard Lévy, lors d'une audition au Sénat.

Emmanuel Macron a annoncé mardi que la France allait relancer un programme nucléaire et construire de nouveaux réacteurs quelque 20 ans après les derniers mis en service dans le pays. Il a toutefois reporté à plus tard les précisions sur ces futurs EPR, conçus pour être plus sûrs et plus puissants que la génération précédente.

"Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays et continuer de développer les énergies renouvelables", a dit le président lors d'une allocution télévisée, alors que ce sujet agite la pré-campagne présidentielle de 2022.

Certains candidats prônent une sortie plus ou moins rapide du nucléaire (écologistes ou insoumis) tandis que d'autres (notamment à droite et à l'extrême droite mais aussi au parti communiste) sont favorables à cette énergie.

Le candidat à l'investiture LR Xavier Bertrand assure par exemple que sa première mesure de président serait de "lancer la construction de 10 nouveaux réacteurs nucléaires".

La France - qui dépend majoritairement du nucléaire pour produire son électricité mais dont le parc de centrales vieillit - ne construit actuellement qu'un seul réacteur de nouvelle génération, sur le site de Flamanville (Manche).

Il doit démarrer fin 2022 après maints retards et l'exécutif a finalement renoncé à attendre cette échéance pour prendre des décisions sur les futurs réacteurs, accélérant après un récent rapport du gestionnaire du réseau électrique RTE soulignant les avantages économiques du nucléaire et la nécessité d'agir vite pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

"Nous avons proposé qu'une première étape soit de construire six réacteurs sur trois sites", a rappelé Jean-Bernard Lévy: d'abord à Penly (Seine-Maritime), près de Dieppe, puis à Gravelines (Nord) et enfin à Bugey (Ain) ou bien Tricastin (Drôme).

"Il s'agit de changer de dimension, changer de braquet", a souligné le PDG d'EDF.

À partir de 2035

Après les déboires de Flamanville, EDF vante son expérience dans la construction de nouveaux réacteurs en Chine et en Angleterre. Le renouvellement du parc nucléaire "est un défi industriel et social sans précédent", a aussi estimé auprès de l'AFP Virginie Neumayer, représentante syndicale CGT chez EDF.

"La nouvelle est très bien perçue", souligne de son côté Nicolas Vincent, secrétaire général CGT de la centrale de Penly, premier site envisagé. "Il y a un espèce de consensus local pour accueillir ces deux EPR", regrette de son côté Guillaume Blavette, secrétaire du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs. "On peut s'interroger sur les délais pour la mise en chantier", remarque-t-il.

EDF pense pouvoir construire ses EPR en une quinzaine d'année, avec un possible premier exemplaire en service en 2035 et un deuxième l'année suivante, a indiqué le groupe. Mais au-delà du feu vert de principe, Emmanuel Macron n'a pas donné de précisions sur le nouveau programme qui doit être engagé.

"Le président aura l'occasion de s'exprimer dans les prochaines semaines sur ce sujet-là pour donner des précisions", a indiqué Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a aussi dit qu'il ne pouvait pas préciser à ce stade le nombre de réacteurs: "est-ce que c'est 6 ? Est-ce que c'est 8 ? Est-ce que c'est 10 ? Je ne peux pas vous le dire". Un certain nombre de sujets brûlants restent ainsi à éclaircir, notamment d'ordre financier: "quelle sera la nature des recettes de ces réacteurs ?", "comment tout cela peut se financer puisque chacun sait qu'EDF est extrêmement endetté?", a souligné M. Lévy.

Outre le défi industriel, la Cour des comptes avait chiffré le coût de construction de six EPR de nouvelle génération (EPR2) à 46 milliards d'euros.

Commentaires

Vlady

On laisse tomber les petites unités ? Si les très grosses unités sont plus économiques grâce à un gain d " échelle , elles présentent des risques en cas de déclenchement d ' un unité : 1.500 MW en moins d ' un coup , ça fait très mal au réseau , des risques de coupure de courant ne sont pas à négliger !!

Lecteur 101

L'objectif de ce programme nucléaire ambitieux est la neutralité carbone en 2050 (en France, mais avec la possibilité d’exporter ce modèle). Il s'agit à mon sens de la mesure la plus crédible et indispensable pour atteindre cet objectif et pour suppléer au développement des énergies renouvelables.
Je suis néophyte dans le domaine de la conception de réacteurs et de centrales nucléaires, mais bien au fait des risques et de l'arsenal des mesures de maitrise des risques de tous types (en constante mutation) du domaine de l'exploration production du sous-sol et de la conception de ses ouvrages. Nos ouvriers, techniciens, ingénieurs et chercheurs devrons concevoir et construire ces centrales nucléaires avec des choix pertinents de lieu et de dimensionnement de ces unités (grosses ou petites? qu'en pensent les experts?), compte tenu des enjeux climatiques auxquels nous devrons faire face, dès maintenant, en 2030 et bien après 2050 (la montée du niveau des océans, le manque d'eau dans nos rivières et fleuves, les épisodes d'inondation toujours plus sévères, l'évolution importante du pic des températures en été, des hivers plus doux peut-être mais des gouttes froides autant brèves qu’inquiétantes, l’impact climat sur l’agriculture). Par ailleurs et non des moindres, il faudra aussi savoir conceptualiser bien d'autres enjeux touchant de près ou de loin à la sureté nucléaire, dont les facteurs géopolitiques en mutation permanente et potentiellement précipités par le climat, tels : l’accès à l’énergie et aux matières premières, l’accès à l’eau et à la nourriture, l’impact des flux migratoires et le maintien de la démocratie, pour n’en citer que les principaux.
J’ai cependant confiance dans les capacités de l’homme à innover et à relever ces défits complexes mais primordiaux. Pour cela nous avons besoin de tout le monde, de toutes les compétences, mais d’honnêteté intellectuelle et de beaucoup d’humilité. Nous le devons au générations futures.

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