Nucléaire : Eneris dépose le bilan de Naarea, start-up jugée dans une « impasse »

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Eneris, auquel la justice avait ordonné jeudi d'honorer son offre de reprise de la startup nucléaire Naarea, a annoncé mardi sa décision de déposer le bilan de ladite start-up, jugeant son modèle de microéacteur dans une "impasse technologique".

« Impasse technologique »

Le groupe polonais et luxembourgeois Eneris, seul candidat à la reprise de la start-up, avait annoncé le 14 janvier le retrait de son offre, mais le tribunal des activités économiques (TAE) de Nanterre avait ordonné le lendemain "la cession de l'entreprise Naarea à la société Eneris Fuels SA".

"Cette remise en cause" par Eneris de son offre de reprise s'explique, selon lui, par "la découverte, postérieurement" au dépôt de l'offre et à l'audience du tribunal, "d'éléments juridiques, sociaux et technologiques qui avaient été dissimulés", a affirmé mardi Eneris.

"L'ensemble de ces éléments invalide la thèse d'investissement sur laquelle était bâtie son offre", selon Eneris, qui estime que Naarea "se trouve en réalité aujourd'hui dans une impasse technologique sur son projet de microréacteur à neutrons rapides".

Eneris semble remettre en question la possibilité pour Naarea de commercialiser son microréacteur lors de la prochaine décennie. C'est en prenant conscience de cette "impasse technologique" qu'Eneris dit avoir décidé de retirer à la dernière minute son offre de reprise, affirmant y voir une "absence de toute pérennité possible".

Une des premières start-up des SMR soutenue par l'État

"Le tribunal ayant fait le choix le lendemain de ne pas considérer les motifs évoqués et ayant validé l'offre", Eneris assure n'avoir "pas d'autre choix que de déposer le bilan" de Naarea, "afin de préserver les intérêts des parties en cause et notamment des salariés". Il souligne avoir informé lundi de sa décision les équipes de Naarea.

Dans sa décision, le tribunal avait souligné que l'offre d'Eneris permettait "d'éviter les licenciements des salariés repris dans le cadre d'un projet sérieux". Selon cette source, l'offre prévoyait la reprise de 108 des 206 salariés qu'employait l'entreprise avant son placement en redressement judiciaire en septembre 2025.

Fondée en 2020, Naarea s'est positionnée dans le développement d'un modèle de mini-réacteur nucléaire à sels fondus et neutrons rapides capable de produire de l'électricité, mais aussi de la chaleur décarbonée pour des industries, à partir des combustibles d'uranium usés.

Naarea avait été une des premières start-up à être soutenue par l'État, incarnant l'ambition gouvernementale de promouvoir des réacteurs innovants dit SMR (Small Modular Reactors) et de quatrième génération dits AMR (Advanced Modular Reactors), afin de contribuer à la souveraineté énergétique du pays et répondre aux besoins des industriels de décarboner leur production, encore très dépendante des énergies fossiles.

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