- Connaissance des Énergies avec AFP
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Dans le port de Houston (Texas), le navire Roibeira s'apprête à prendre la mer. Direction le Venezuela, où il va livrer des machines pour raviver l'exploitation pétrolière, conformément aux voeux de Donald Trump.
Au moment où le président américain présentait mardi soir le pays d'Amérique latine comme le "nouvel ami et partenaire" des Etats-Unis, à Houston, la société de transport International Frontier Forwarders venait de remplir son navire à pleine capacité.
Parmi les marchandises expédiées figurent deux machines de forage, avec tous les équipements nécessaires à leur fonctionnement.
"Nous estimons à plus de 8.500 mètres cubes la quantité de marchandises", explique à l'AFP Greg Díaz, patron américano-vénézuélien de la société. Cela équivaut à environ 120 conteneurs.
"Jusqu'à l'année dernière, il nous fallait six à huit mois pour accumuler suffisamment de marchandises à envoyer au Venezuela", explique-t-il. "Aujourd'hui, en 20 jours, nous avons réussi à remplir notre navire à pleine capacité et à traiter rapidement les commandes."
Il s'agit du deuxième navire qu'ils envoient cette année. La demande, dit-il, vient "d'entreprises privées au Venezuela qui se mobilisent et investissent massivement, ce qui était impossible" avant la chute du président déchu Nicolas Maduro.
"Nous transportons des grues, des machines de construction, des monte-charges, du matériel pour les opérations pétrolières, des équipements de construction, des tours d'éclairage, des générateurs, toutes sortes de camions", précise-t-il.
L'entrepreneur explique que, même si ces entreprises sont de taille modeste, plusieurs d'entre elles sont reliées à l'industrie pétrolière.
- "Le rêve vénézuélien" -
Le secteur pétrolier vénézuélien était soumis à des sanctions américaines depuis 2019. Mais avec la chute de Nicolas Maduro et le gouvernement provisoire de Delcy Rodriguez, l'administration Trump a changé de ton.
À la mi-février, le service américain chargé des sanctions économiques (OFAC) a autorisé des entreprises telles que BP, Chevron, Eni, Repsol et Shell à opérer au Venezuela.
De son côté, Caracas a réformé sa loi sur les hydrocarbures afin de faciliter le retour des multinationales, avec lesquelles le pays a longtemps été en conflit juridique.
Chevron était la seule entreprise américaine à exploiter le pétrole vénézuélien grâce à une licence pour des contrats très spécifiques avec le géant public PDVSA.
Mais malgré l'enthousiasme des entrepreneurs, les grandes entreprises restent prudentes.
"Les choses avancent un peu trop vite sur le plan politique", estime auprès de l'AFP Jorge Piñón, chercheur à l'Institut de l'énergie de l'université du Texas.
"Tout le monde semblait prêt à signer" lors de la réunion à la Maison Blanche avec les dirigeants des compagnies pétrolières en janvier, "à l'exception d'Exxon, qui a eu le courage de dire qu'il fallait des garanties", poursuit-il.
Pourtant, il n'y a pas d'urgence: les États-Unis sont le plus grand producteur de pétrole brut au monde, et leurs approvisionnements sont assurés. Pour l'instant, l'industrie s'intéresse davantage à la Guyane, au Brésil et même au golfe du Mexique.
"On nous dit que cette première phase concerne davantage Halliburton ou Schlumberger", de grandes sociétés de services pétroliers. "Mais ils doivent d'abord aller voir dans quel état se trouvent les infrastructures", remarque Jorge Piñón.
Et la question de la nature des contrats futurs se pose.
"Que se passera-t-il si, dans trois ans, le Venezuela organise des élections libres et que les nouvelles autorités décident de changer les règles?", se demande M. Piñón.
Au port de Houston, Greg Díaz se souvient à quel point la situation a été difficile pour les entreprises au cours de la dernière décennie, lorsque les sanctions se sont durcies et que les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint leur niveau le plus bas.
Mais il affirme qu'ils sont désormais prêts à réaliser "le rêve vénézuélien".
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