- Connaissance des Énergies avec AFP
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Il n'y a pas que le pétrole et le gaz : la guerre au Moyen-Orient perturbe les chaînes d'approvisionnement de composants de base, compliquant la tâche de nombreuses industries déjà frappées par la hausse des prix de l'énergie et faisant craindre des "effets en cascade".
Économies interdépendantes
La pandémie de Covid-19 avait montré l'interdépendance des économies mondiales et leur vulnérabilité aux perturbations des chaînes d'approvisionnement.
Malgré les discours sur la relocalisation, "il n'y a pas d'affaiblissement général des liens commerciaux entre les pays", notent Caroline Bastian et Steven Altman de la Stern School of Business dans une étude en mars pour DHL.
L'éclatement de la production reste la règle et l'arrêt de sites industriels et énergétiques dans le Golfe ou le blocage du détroit d'Ormuz peuvent avoir des conséquences en cascade.
Productions énergo-intensives
Certaines industries sont "énergo-intensives": elles nécessitent beaucoup d'énergie et toute variation du prix de l'électricité, du gaz ou du pétrole a un impact sur les marges des fabricants, qui peuvent alors choisir de réduire voire stopper la production.
La chimie est "particulièrement sensible aux hausses de prix du gaz", qui peut représenter "jusqu'à 80% du coût variable" des producteurs d'ammoniac (pour la fabrication d'engrais), ou de méthionine, un acide aminé destiné aux animaux d'élevage, explique France Chimie.
"Plus la crise durera, plus les impacts se feront sentir", indique à l'AFP Axel Eggert, le directeur général d'Eurofer qui défend les intérêts des aciéristes, également gourmands en énergie.
Hélium et semi-conducteurs
Les frappes sur le premier site de production de gaz liquéfié (GNL) au monde, Ras Laffan au Qatar, ont aussi perturbé la production d'hélium, gaz notamment utilisé par les fabricants de semi-conducteurs pour refroidir l'environnement de production.
Les semi-conducteurs sont des composants incontournables de l'économie mondiale, et le Qatar produit un tiers de l'hélium mondial. Les autres producteurs sont notamment américains ou russes.
Ce produit a d'autres usages: le français Air Liquide, recensé par Qatar Energy comme client de Ras Laffan, précise dans sa documentation financière que l'hélium a aussi été utilisé lors du premier vol commercial d'Ariane 6 en 2025. Il sert aussi dans l'imagerie médicale ou la défense.
Incontournables engrais
Le Golfe est un producteur clé d'engrais, avec près d'un quart de l'ammoniac mondial, du soufre, un tiers de l'urée.
Les prix de l'urée ont grimpé de plus de 40% depuis mi-février, selon l'OCDE. Si cette tendance se poursuit, "elle aura des répercussions défavorables sur les rendements des cultures" et les prix alimentaires risquent de grimper en 2027.
Le soufre, critique à plus d'un titre
Le soufre, dont un quart de la production mondiale vient du Moyen-Orient, n'est pas utilisé que pour l'agriculture, détaille l'Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (OFREMI).
70% du soufre, principalement issu du raffinage pétrolier, sert à produire de l'acide sulfurique. Il est essentiel pour les engrais phosphatés, mais aussi pour la fabrication de batteries et véhicules électriques et l'extraction du cuivre ou du nickel.
"Possibilités de substitution ? Quasi nulles", dit l'Ofremi sur LinkedIn, précisant que la demande était déjà très élevée avant la guerre.
Naphta et éthylène
Le conflit perturbe aussi la chaîne d'approvisionnement du naphta et de l'éthylène, issus du raffinage de pétrole et en amont des polymères dont sont issus des plastiques, des fibres synthétiques et des produits chimiques.
Des groupes pétrochimiques en Asie ont réduit leur production car le conflit tarit l'offre de naphta. Les prix s'envolent.
Les pays du Golfe sont des exportateurs majeurs de polyéthylène, omniprésent des plastiques d'emballage à la tuyauterie. L'offre mondiale est donc également bouleversée.
Aluminium
L'aluminium est très exposé aux perturbations dans le Golfe, dont provient entre 8 et 9 % de la production mondiale, selon l'International aluminium institute.
Les sites de production de la zone "dépendent d'importations continues de matières premières telles que l'alumine" et disposent de stocks assez faibles, les rendant vulnérables aux perturbations du transport maritime, expliquait mi-mars Ewa Manthey, spécialiste des matières premières chez ING.
Or, "une fois les cuves d'électrolyse arrêtées, leur redémarrage peut prendre de six à douze mois", poursuivait-elle. "Les pertes d'approvisionnement pourraient persister même si la situation géopolitique s'améliore".