Une hausse nominale de 188 000 b/j portée par sept pays
L’Opep+ a indiqué que sept de ses 21 membres, Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman, appliqueront en juillet un ajustement collectif de +188 000 barils par jour. Ce relèvement, du même ordre que les mois précédents, prolonge le virage stratégique engagé après les coupes volontaires de 2023 et la réinjection graduelle de volumes entamée en avril 2025.
Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, cette annonce « ne veut pas dire grand‑chose tant que le détroit d’Ormuz reste fermé ». Selon lui, la décision ne devrait pas influencer le prix du baril à l’ouverture de lundi, les opérateurs s’attachant surtout aux développements du conflit au Moyen‑Orient et à l’état des discussions de paix.
Le blocage du détroit d’Ormuz neutralise la capacité excédentaire du Golfe
Les capacités non exploitées se concentrent aujourd’hui dans les pays du Golfe, mais leurs exportations sont fortement réduites par le blocage du détroit d’Ormuz attribué à l’Iran depuis le début du conflit. La production totale de l’Opep+ a ainsi reculé de près de 10 millions de barils par jour entre février et avril, selon les chiffres communiqués par le groupe.
Avant la crise, environ 20 millions de barils par jour de pétrole et produits transitaient par Ormuz, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers, selon l’EIA (2024). L’Agence internationale de l’énergie souligne que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de voies d’exportation partielles qui ne passent pas par Ormuz, alors que d’autres producteurs régionaux en dépendent quasi totalement (AIE, début 2026).
Effets de marché limités et tensions internes persistantes
Dans les faits, le groupe dispose de peu de leviers face à l’instabilité géopolitique. La Russie « devient elle aussi un facteur de contrainte » avec des installations visées par l’Ukraine et « un quota qui augmente alors que la production réelle reste largement en deçà de l’objectif », observe M. Leon. Au plan conjoncturel, l’EIA estime que les stocks mondiaux de pétrole devraient diminuer en moyenne de 8,5 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, avec un Brent autour de 106 dollars en mai et juin (EIA, prévisions publiées il y a trois semaines), ce qui limite l’effet d’annonces de quotas tant que l’offre physique est entravée.
Cette décision est « davantage un signal politique qu’un véritable coup de pouce à l’offre », résume M. Leon, dans un contexte de recherche de cohésion après le départ des Émirats arabes unis de l’Opep, annoncé le 28 avril avec effet au 1er mai, événement analysé dans nos colonnes (départ des Émirats arabes unis). À ce stade, les marchés resteront guidés par l’évolution du conflit et par la réouverture, ou non, d’Ormuz, plus que par l’architecture nominale des quotas.
Quelle suite pour la politique de quotas
Le groupe a réaffirmé un pilotage par ajustements mensuels et progressifs, déjà appliqué depuis avril 2025, sans calendrier de normalisation des flux. M. Leon anticipe que « le véritable défi se présentera une fois que les flux se normaliseront », lorsque se posera la question des réductions nécessaires pour éviter une surabondance.
À court terme, l’Opep+ privilégie la continuité de ces incréments limités, tout en signalant sa volonté de stabilité. La sortie des Émirats arabes unis de l’Opep est effective depuis le 1er mai 2026.