- Connaissance des Énergies avec AFP
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"Les débats ont largement eu lieu". Sébastien Lecornu, qui vient de faire passer le budget grâce à la mansuétude des socialistes, estime le moment propice politiquement pour publier la très attendue feuille de route énergétique, retardée par moult discordes politiques et l'instabilité gouvernementale.
Adoption par décret
Comme le budget, dont aucune formation politique ne revendique la paternité, cette Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) 2025-2035 sera le fruit d'un "compromis", estime le gouvernement, entre les partisans du nucléaire, qui en sort renforcé, et ceux des énergies renouvelables, qui seront préservées mais probablement ralenties.
Le Premier ministre doit présenter cette feuille de route jeudi en marge d'une visite de deux barrages dans le Jura, avant de la publier vendredi dans un décret. Il y a "urgence" et "les débats ont largement eu lieu", le décret en "prendra compte", a-t-il justifié samedi dans la presse régionale, alors que le gouvernement avait, début 2024, prévu de passer par une loi. "Une erreur stratégique", admet aujourd'hui un ministre.
Le Rassemblement national, qui juge trop favorable la place accordée aux renouvelables, avait fait d'une adoption par décret un motif de censure. Mais, lundi, la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen n'a plus parlé de censure, même si la publication de la PPE reste pour elle "une lourde faute du Premier ministre". "La vraie faute serait de ne rien faire", lui a répliqué sur X Sébastien Lecornu en pointant la "dépendance géopolitique" aux hydrocarbures devenue "dangereuse".
Heureusement que nos grands anciens, comme Pierre Messmer, ont raisonné jadis autrement : la "vraie faute" serait de ne rien faire !
Chaque année, la France importe près de 60 milliards d’euros d’énergies fossiles. C’est non seulement un non sens environnemental, mais une… https://t.co/dfkjkA6ZDM— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) February 9, 2026
« Le débat budgétaire est passé »
La guerre entre pro-renouvelables et pro-nucléaire s'est particulièrement intensifiée avec la crise politique née de la dissolution à l'été 2024. Les débats se sont enflammés à l'occasion d'une part de l'examen - inachevé - d'une proposition de loi du sénateur LR Daniel Grémillet qui prônait une relance massive du nucléaire, et d'autre part d'une demande du patron de la droite Bruno Retailleau de mettre fin aux aides publiques pour l'éolien et le solaire.
Mais depuis, "le débat budgétaire est passé" et a atténué la menace de censure, note le député LR Raphaël Schellenberger, qui prépare un rapport sur l'électrification, que le gouvernement entend développer pour absorber les surcapacités électriques, à défaut de relancer massivement les renouvelables.
Personne ne votera une censure avec le RN "empêtré dans ses affaires judiciaires et les municipales", ajoute la députée écologiste Julie Laernoes. Ces deux élus qui suivent le sujet de près soulignent en revanche l'urgence d'avoir un cadre, attendu depuis plus de deux ans et demi, pour lancer des investissements ou anticiper les besoins en formation et en emplois.
Le décret "permet de purger un sujet" juridique mais son contenu "ne sera pas parfait", selon M. Schellenberger. Car sur l'équilibre entre nucléaire et renouvelables, ou offre et demande, faute de majorité à l'Assemblée, "on n'est pas dans une situation politique où on est à même de trancher", reconnaît-il. Mais, souligne-t-il, "il y a des marges de manœuvre dans l'exécution".
Une clause de revoyure prévue pour 2027
En clair, il n'y aura pas de moratoire sur les renouvelables mais "il ne se passera rien" sur le terrain, où les préfets ne seront pas mobilisés pour les favoriser, décrypte une source industrielle. Mme Laernoes, venue soutenir mardi près de l'Assemblée nationale des salariés des énergies solaire et éolienne, prévient qu'un moratoire équivaudrait à une "casse de l'ensemble de la filière".
"Le but premier de cette PPE, c'est assurer l'indépendance énergétique de la France à un prix le plus compétitif possible", résume l'entourage du Premier ministre alors que le RN comme la gauche s'inquiètent pour la facture d'électricité des Français.
À l'instar du budget, "ça ne satisfera peut-être pas exactement chacun, mais face aux urgences industrielles, climatiques, et de souveraineté énergétique, il y a eu la volonté d'avancer", fait valoir Bercy, qui considère le RN et LFI "hors du champ de la négociation" par leur "refus de tout compromis".
Sébastien Lecornu présentera la PPE, près de deux barrages, pour mettre ainsi en lumière un récent vote des députés en faveur de l'hydroélectricité. Et si la feuille de route devait échauffer à nouveau les esprits, une clause de revoyure est déjà prévue pour 2027, année de la présidentielle qui "arbitrera", glisse un élu.