L'AIE fait le point sur les progrès vers une « ère de l'électricité »

parue le
Parc photovoltaïque de Luzia au Brésil

Parc photovoltaïque de Luzia au Brésil (©Iberdrola)

La consommation mondiale d'électricité « devrait croître au moins 2,5 fois plus vite que la demande globale d'énergie d'ici à 2030 », prévoit l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans un nouveau rapport publié ce 6 février.

Une hausse de 19 % de la consommation attendue d'ici 2030

En 2025, la consommation mondiale d'électricité s'est élevée à 28 199 TWh, soit environ 3 % de plus qu'en 2024 (après une croissance annuelle de 4,4 % en 2024). En 2030, elle pourrait atteindre 33 594 TWh selon les dernières prévisions de l'AIE. Soit une hausse de plus de 19 % en 5 ans.

Cette hausse sera, selon l'AIE, en particulier « alimentée par la demande croissante d'électricité dans le secteur industriel, l'adoption continue des véhicules électriques, le recours accru à la climatisation et l'expansion des centres de données et de l'intelligence artificielle ». 

Selon l'AIE, la croissance de la consommation électrique pourrait être la plus élevée dans la zone Asie-Pacifique (+ 4,7 % par an sur la période 2026-2030), augmentant deux fois plus rapidement qu'en Europe (+ 2,3 % par an). La Chine, qui compte déjà pour plus d'un tiers de la demande mondiale d'électricité à l'heure actuelle, pourrait consommer 12 250 TWh en 2030 (36,4% du total mondial à cet horizon), selon les prévisions de l'AIE. 

« Si les économies émergentes et en développement demeurent les principaux moteurs de la croissance, la consommation des économies avancées augmente également après 15 ans de stagnation, contribuant à hauteur d'un cinquième à l'augmentation totale de la demande d'électricité d'ici à 2030 », note l'Agence.

Consulter le rapport Electricity 2026 - Analysis and forecast to 2030 (AIE, janvier 2026)

Le charbon toujours prépondérant dans le mix de 2025

Côté production, l'AIE souligne la production d'électricité « record » issue des énergies renouvelables (+ 8,9 % en 2025) « grâce au photovoltaïque » et « malgré une production hydroélectrique plus faible dans certaines régions et des vitesses de vent inférieures à la moyenne, notamment en Europe, qui ont freiné la croissance globale de la production d'énergie renouvelable ».

En 2025, le charbon restait toutefois de très loin la principale source d'électricité dans le monde (10 760 TWh, soit 33,6% du mix électrique mondial). Toutes les filières renouvelables cumulées sont quasiment parvenues au même niveau l'an dernier (10 734 TWh).

Le gaz naturel constitue également une source majeure d'électricité au niveau mondial (6 805 TWh en 2025, soit 21,3 % du mix), loin devant le nucléaire (2 850 TWh, 8,9 %).

Mix électrique mondial de 2025

Le photovoltaïque, fer de lance des renouvelables

D'ici à 2030, changement de décor : si la production des centrales à charbon ne devrait que faiblement reculer (- 0,9 % par an selon l'AIE), la production des différentes filières renouvelables pourrait continuer à croître quasiment aussi vite qu'au cours des dernières années (+ 8,4 % par an, et jusqu'à + 20,9 % au Moyen-Orient). 

Et la filière solaire devrait jouer un rôle considérable dans cette progression. La production renouvelable devrait « augmenter d'environ 1 000 térawattheures par an jusqu'en 2030, le photovoltaïque représentant à lui seul plus de 600 TWh annuels », souligne l'AIE. La production photovoltaïque devrait « dépasser celle des filières éolienne et nucléaire d'ici 2026 et celle de l'hydroélectricité d'ici 2029 ».

In fine, les différentes filières renouvelables pourraient, en cumul, compter pour 42,4 % du mix électrique mondial en 2030, estime l'Agence, et 50 % en y ajoutant le nucléaire. D'ici à 2030, les productions mondiales des centrales nucléaires (sous l'impulsion de l'Asie) et à gaz devraient augmenter sensiblement (respectivement + 2,8 % et + 2,6 % par an), précise l'AIE.

Une électrification bas carbone toujours insuffisante

Compte tenu de la forte croissance de la production d'électricité, les émissions mondiales de CO2 associées devraient continuer à augmenter (de l'ordre de + 1,1 % par an, pour atteindre 632 millions de tonnes de CO2 en 2030), malgré la progression des sources bas carbone dans le mix électrique mondial.

Si une électrification rapide des usages devrait advenir à grande échelle, « rendue possible par l’exceptionnelle dynamique de l’offre solaire et éolienne et du stockage par batterie, la baisse attendue des émissions de CO2 du secteur électrique risque d’être bien trop lente d’ici 2030 pour nous mettre sur une trajectoire compatible avec les objectifs de l’accord de Paris », constate l'économiste du climat Christian de Perthuis(1).