Le mix énergétique italien en question

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Mix énergétique Italie

Manifestation contre l'énergie nucléaire à Rome le 9 juin (©photo)

Près de 94 % des électeurs italiens se sont exprimés, lors du référendum des 12 et 13 juin, en faveur de la suppression définitive de la loi de juillet 2009 instaurant le retour du nucléaire.

Après les décisions allemande et suisse d’abandonner l’atome à moyen terme, c’est au tour de l’Italie d’enterrer son projet de relance de l’énergie nucléaire. Sorti du nucléaire après référendum, en 1987, suite à une autre catastrophe majeure (Tchernobyl), le pays ne produit pas d’électricité nucléaire depuis près de 25 ans mais en importe (13% de l’électricité consommée en 2010), notamment auprès d’EDF .

Face à la hausse des prix du pétrole, le gouvernement évoquait dès 2008 la construction de centrales nucléaires en vue d’une mise en service d’ici 2020. Ce programme, associant l’électricien italien Enel et EDF pour la construction d’au moins 4 réacteurs EPR en 2014, n’arrivera pas à son terme, victime de la peur de l’atome et de l’impopularité de son premier soutien, Silvio Berlusconi. Le référendum fait suite à l’annonce d’un moratoire d’un an du programme nucléaire en mars et de son gel en avril(1).

Repenser la stratégie énergétique

Bien que sans incidence lourde à court terme, ce résultat bouleverse la stratégie énergétique du pays à plus long terme, puisque Rome prévoyait de porter la part du nucléaire à 25% dans sa production d’électricité d’ici 2030.

En outre, le recours à cette énergie décarbonée devait contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En 2010, 64,8% de l’électricité consommée dans le pays était produite à partir d’énergies fossiles (gaz en grande majorité, pétrole, charbon) tandis que 22,2% provenait d’énergies renouvelables(2), dont la part dans le mix énergétique sera révisée à la hausse. L'hydroélectricité représentait 14,9% de cette électricité consommée, la biomasse 2,7%, l'éolien 2,5%, la géothermie 1,6%, le solaire, avec 0,5%, possédant le plus grand potentiel de croissance.

Le recours aux renouvelables est cependant coûteux et l’Italie craint parallèlement d’accroître sa dépendance énergétique à l’égard de ses principaux fournisseurs de gaz (Russie, Algérie et Libye).

Renforcer les capacités de regazéification de GNL et l’efficacité énergétique des bâtiments font partie des futurs défis du pays. Après l’été, une grande conférence réunissant gouvernement, collectivités locales et entreprises, permettra de préciser une nouvelle stratégie énergétique.

 

Production d’énergie en Italie de 1972 à 2008 (d’après AIE)

Production d’énergie en Italie de 1972 à 2008 (d’après AIE)