Le point sur les filières renouvelables productrices d’électricité en France

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Parc photovoltaïque France

Pour faciliter le développement de grands parcs photovoltaïques au sol, il est préconisé de les implanter dans des zones « délaissées ». (©EDF-Xavier Popy)

Les énergies renouvelables (EnR) continuent de progresser dans le mix électrique français mais leur développement reste globalement en deçà des objectifs fixés par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), selon le dernier Baromètre de l’Observatoire des EnR (Observ’R)(1) publié le 10 janvier. État des lieux.

Les filières renouvelables productrices d’électricité en 2018

Environ 2,4 GW de nouvelles capacités électriques renouvelables (toutes EnR confondues) auraient été raccordées au réseau électrique en France(2) en 2018 selon les dernières estimations du Baromètre d’Observ’R (contre 2,76 GW en 2017). La puissance installée du parc EnR dans son ensemble serait « de l’ordre de 51,5 GW » à fin 2018, soit légèrement moins que l’objectif de 53,05 GW fixé par la PPE.

Rappelons que les facteurs de charge, qui déterminent in fine le volume d’électricité produit, varient d’une filière renouvelable à une autre (production intermittente ou non) et d’un parc de production à un autre. Entre début octobre 2017 et fin septembre 2018, les énergies renouvelables auraient produit 108,15 TWh et auraient ainsi couvert 18,4% de la consommation électrique française selon les dernières estimations d’Observ’R.

Le développement de nouvelles capacités renouvelables repose très majoritairement sur la dynamique de deux filières : l’éolien terrestre et le solaire photovoltaïque (95% des nouvelles capacités renouvelables raccordées en 2018)(3).

Rappelons toutefois que la production d’électricité d’origine renouvelable repose toujours majoritairement sur la filière « historique » des EnR, à savoir l'hydroélectricité (58% de la production électrique renouvelable en 2018 selon les estimations d'Observ'ER). Cette dernière présente l’intérêt d’offrir des capacités de stockage importantes (grâce aux stations de transfert d’énergie par pompage ou « STEP »), ce qui facilite l’intégration de nouvelles capacités renouvelables à production intermittente dans le mix électrique français.

La dynamique de la filière éolienne

Durant les 3 premiers trimestres de 2018, 676 MW éoliens ont été raccordés au réseau électrique français, portant la puissance du parc éolien national à 14,3 GW à fin septembre 2018(4) (la PPE fixait un objectif de 15 GW éoliens installés à fin 2018). Le parc éolien français aurait produit 26,8 TWh entre octobre 2017 et fin septembre 2018.

Le développement de l’éolien en 2018 a été ralenti par les incertitudes autour de l’autorité compétente pour émettre un avis sur l’évaluation environnementale des projets en développement(5). L’éolien en France rencontre par ailleurs « une opposition constante, animée par des groupuscules qui posent des recours pour freiner les projets dans plus de 70% des cas d’autorisation délivrée » selon Observ’ER (malgré une bonne acceptation globale des Français(6)).

La nouvelle PPE à l’étude fixe pour objectifs de disposer de 24,6 GW d’éoliennes terrestres en France à fin 2023 et entre 34,1 et 35,6 GW à fin 2028. Pour atteindre ces cibles, il serait nécessaire d’accélérer le rythme de développement de l’éolien terrestre « pour atteindre 2 GW par an, et ce dès l’an prochain ». Un objectif jugé « très difficile à tenir » par Observ’ER malgré la levée de freins administratifs, à l'image de la suppression d’un degré de juridiction en cas de recours.

Pour rappel, la France ne dispose par ailleurs toujours pas de parc éolien offshore en service (hors démonstrateurs d’éoliennes flottantes). La filière a déploré les objectifs peu ambitieux du projet de nouvelle PPE (cible de 2,4 GW d’éolien offshore à fin 2023).

La dynamique de la filière solaire photovoltaïque

Durant les 3 premiers trimestres de 2018, 697 MW solaires photovoltaïques (PV) ont été raccordés au réseau électrique, portant la puissance du parc PV français à 8,8 GW à fin septembre 2018 (la PPE fixait pour la filière un objectif de 10,2 GW installés à fin 2018). Le parc solaire photovoltaïque français aurait produit 10,2 TWh entre octobre 2017 et fin septembre 2018.

Observ’ER salue les recommandations rendues en juin 2018 par le groupe de travail ministériel consacré au solaire (PV et thermique), notamment pour faciliter le développement de l’autoconsommation, mobiliser des surfaces non utilisées et déployer des installations photovoltaïques dans le monde agricole.

L’organisme souligne toutefois les difficultés liées à la recherche de nouveaux terrains pour les centrales au sol (« l’ombre du foncier ») et craint que des grandes installations (à l’image du projet photovoltaïque géant dans le Lot-et-Garonne devant se déployer sur 2 000 hectares) soient confrontées à des oppositions similaires à celles rencontrées par l’éolien(7).

La nouvelle PPE à l'étude fixe pour objectif de porter la puissance du parc photovoltaïque français à 20,6 GW à fin 2023 et entre 35,6 et 44,5 GW à fin 2028. Cela nécessite un rythme moyen de raccordement de 2 GW par an (comme pour l’éolien terrestre), « un rythme jamais atteint par le secteur ».

Quid des autres filières ?

Parmi les autres filières productrices d’électricité, l’hydroélectricité reste « le pilier de la production renouvelable » mais la nouvelle PPE à l'étude se montre « peu ambitieuse » pour la filière (avec comme objectif un maintien de la puissance au niveau actuel pour les années à venir).

Les autres filières EnR ont encore une production électricité limitée et sont confrontées à des défis de différentes natures : la biomasse solide (gestion de la ressource), le biogaz (injection sur le réseau gazier privilégiée par la filière), la géothermie (crainte de désengagements d’acteurs importants), le solaire thermodynamique (filière « laissée de côté » et présentant principalement un intérêt à l’export) ou encore les énergies marines dont le développement reste fragile (à l’image de l’hydrolien).

Pour rappel, l’ensemble de la production électrique française reposait encore à 71,6% sur le parc nucléaire en 2017, selon les dernières données de RTE. Il est prévu de ramener cette part à 50% à l’horizon 2035, le gouvernement devant inscrire cette cible dans une nouvelle loi qui pourrait être présentée dans les prochaines semaines.

Mix électrique français
L’énergie hydraulique est la principale filière renouvelable productrice d’électricité en France. Près de 2 300 ouvrages hydroélectriques sont répartis sur l’ensemble du territoire, dont 95 disposent d’une puissance comprise entre 50 et 600 MW. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)

Sources / Notes
  1. Baromètre 2018 des énergies renouvelables électriques en France, Observ’R, FNCCR et Ademe, janvier 2019.
  2. France métropolitaine et DOM (sauf Mayotte).
  3. Et 92% des nouvelles capacités renouvelables raccordées entre 2010 et 2017.
  4. Selon les estimations du Baromètre 2018 d’Observ’ER, la filière pourrait avoir atteint l’objectif de 15 GW éoliens installés à fin 2018 (si 725 MW ont été raccordés au 4e trimestre 2018).
  5. Le préfet de région disposait de cette compétence d’autorité environnementale mais le Conseil d’État lui a retiré en décembre 2017 afin d’éviter les conflits d’intérêts. Ce sont actuellement les missions régionales d’autorité environnementale qui assurent la continuité de ce service.
  6. Un sondage, publié par l’institut Harris le 17 octobre 2018, montre que 73% des Français ont une bonne image de l’éolien (et 80% des riverains vivant à moins de 5 km des parcs).
  7. Il est ainsi prévu de privilégier « des zones délaissées » (friches industrielles, terrains militaires, etc.) comme lieux d'implantation des parcs photovoltaïques. L’Ademe prépare un rapport à ce sujet.