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Le renouveau du secteur nucléaire aux États-Unis

  • Source : Ifri

Aux États-Unis, le budget consacré par le Department of Energy (DoE) à la filière nucléaire est passé de 986 millions de dollars en 2016 à 1,493 milliard de dollars en 2020. Les États-Unis, qui disposent du plus grand parc nucléaire au monde (95 réacteurs « opérationnels » selon l’AIEA(1), mais 9 tranches arrêtées depuis 2013), « multiplient depuis quatre ans les initiatives afin de faire renaître une industrie nucléaire nationale [...] d’éviter le déclassement et de contribuer au maintien d’une hégémonie américaine qui n’a jamais été aussi contestée depuis l’effondrement de l’URSS ».

Dans l’étude ci-après publiée le 28 septembre par le Centre Énergie et Climat de l’Ifri, Charles Merlin, adjoint au conseiller nucléaire de l’Ambassade de France à Washington(2), présente un état des lieux du secteur nucléaire américain (sur toute la chaîne de valeur, hormis la gestion des déchets) ainsi que les politiques mises en place pour renforcer sa compétitivité : réserve stratégique d’uranium domestique(3), aides financières aux réacteurs nucléaires en difficulté(4), etc.

Le parc nucléaire américain a « multiplié ces dernières années les performances records », souligne cette étude : facteur de capacité de 93,5% en 2019, allongement des cycles de production à 18 ou 24 ans, diminution des temps de rechargement en combustible (32 jours en moyenne). Avec la fermeture des réacteurs les moins rentables, le coût moyen de production de ce parc est en outre passé de 42 $/MWh en 2012 à 30 $/MWh en 2019 selon la filière(5).

L’étude revient par ailleurs sur les difficultés rencontrées par le réacteur de 3e génération américain « AP1000 » : deux tranches devraient finalement être mises en service au sein de la centrale de Vogtle dans l’État de Géorgie (en mai 2021 et mai 2022 selon le calendrier actuel), après une explosion de ses coûts(6), la faillite de son concepteur Westinghouse et de nombreux litiges (ayant entraîné par ailleurs l’arrêt de la construction de deux autres AP1000 à V.C. Summer(7)).

Bien que l’AP1000 puisse « encore être exporté dans des pays partenaires où les États-Unis peuvent peser diplomatiquement », ce sont désormais les développeurs de small modular reactors (SMR) qui sont « mis en avant par l’administration afin de conquérir des parts de marché » (en particulier en Europe centrale et de l’Est, afin de « repousser autant que possible les acteurs russes ou chinois »). Avec le soutien du DoE(8), les SMR sont poussés « à la fois par les anciennes majors du secteur mais aussi par un écosystème récent de start-ups ».

Charles Merlin estime que « les opportunités de coopération entre les acteurs français et américains(9) sont nombreuses dans le domaine nucléaire, que ce soit pour la construction d’infrastructures de recherche comme le Versatile Test Reactor, ou encore le développement et la commercialisation conjointe de nouveaux concepts, notamment le SMR Nuward ». Il indique également que l’industrie nucléaire américaine commence « à envisager la production de dihydrogène avec la chaleur et l’électricité provenant de leurs réacteurs afin de diversifier leurs sources de revenus ».

Lire l'étude :
Secteur nucléaire aux États-Unis
Sources / Notes
  1. Base PRIS de l’AIEA.
  2. Depuis avril 2019.
  3. Avec l’objectif de maintenir au moins 2 mines sur le territoire américain. Début 2020, les activités d’extraction d’uranium étaient « techniquement toutes à l’arrêt » : l’extraction avait chuté à 79 tonnes d’octaoxyde de triuranium (U3O8) en 2019 sur les 5 derniers sites en activité (contre 19 811 tonnes en 1980 alors que 250 mines étaient en service).
  4. Le Congrès pourrait voter « prochainement un système d’aides fédérales aux réacteurs en difficulté », en plus des mesures de soutien mises en place au niveau des États.
  5. Donnée du Nuclear Energy Institute.
  6. Le coût total du projet avoisine désormais 25 milliards de dollars.
  7. Après 9 milliards de dépenses.
  8.  Et « l’accueil favorable de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) », l’autorité de sûreté américaine.
  9. Les États-Unis sont le premier partenaire français dans le secteur nucléaire : Framatome, Orano et le CEA sont notamment fortement implantés sur le territoire américain.

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