La transition énergétique suédoise analysée par l’AIE

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Énergie en Suède

La consommation d’énergie finale de la Suède a atteint un pic de 36,8 Mtep en 1996 et a depuis légèrement décliné. Elle varie chaque année en fonction des températures et de l’activité économique. (©Pixabay)

La Suède « ouvre la voie vers une économie sobre en carbone », affirme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport sur ce pays publié le 9 avril(1). État des lieux.

Le système énergétique suédois

En Suède, le nucléaire, la biomasse et les déchets et l’hydroélectricité ont compté en 2017 pour 95% de la production nationale d’énergie et pour plus de 70% de la consommation d’énergie primaire selon les dernières données de l’AIE. La biomasse occupe en particulier une part croissante dans le mix énergétique de ce pays nordique de près de 10,2 millions d’habitants (dont la surface est recouverte pour deux tiers par des forêts).

La Suède est ainsi le pays membre de l’AIE ayant la plus faible part d’énergies fossiles dans sa consommation d’énergie primaire (près de 27% en 2017). Le pétrole compte pour « 84% des importations d’énergie » du pays selon l’AIE(2), alimentant le secteur des transports(3) (2e plus gros consommateur d’énergie après l’industrie) dont provenaient 52% des émissions nationales de CO2 en 2017.

En matière d’électricité, les filières nucléaire et hydroélectrique fournissent chacune près de 40% de la production annuelle du pays. L’AIE souligne également le développement rapide de l’éolien, 3e source d’électricité en Suède (10,7% du mix électrique en 2017)(4). Le parc nucléaire suédois est actuellement constitué de 8 réacteurs (répartis entre 3 centrales)(5), dont 2 doivent être fermés d'ici à 2020. Précisons que le réseau électrique suédois est interconnecté à celui des pays voisins (marché nordique) et que les ménages suédois sont tous équipés de compteurs « intelligents », ce qui favorise les incitations aux baisses de consommation.

Système énergétique de la Suède
En Suède, l’industrie a compté pour 40% de la consommation d’énergie finale en 2017. Les secteurs du papier et de la pâte à papier consomment en particulier beaucoup d’énergie mais sont presque « auto-suffisants » selon l’AIE grâce à l’utilisation de sous-produits et de déchets issus du bois pour la production de chaleur et d’électricité. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)

Une taxe carbone depuis 1991, un objectif de neutralité carbone

En 2016, la Suède s’est fixé pour objectif – dans le cadre de son Energy Agreement - de devenir la première « économie à zéro émission nette de carbone » à l’horizon 2045. Pour cela, le pays devrait, à cette échéance, avoir réduit de 85% ses émissions domestiques de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et développer des nouvelles mesures par ailleurs (notamment pour capter davantage d’émissions).

La Suède a « déjà quasiment décarboné » sa production électrique mais aussi ses réseaux de chaleur (qui s’appuient aujourd’hui principalement sur la biomasse et les déchets alors qu’ils étaient principalement alimentés grâce au pétrole dans les années 1970).

Dans le secteur des transports (à l’origine de plus de la moitié des émissions nationales de CO2 alors qu’il compte pour moins d’un quart de la consommation d’énergie finale du pays), la Suède ambitionne de réduire de 70% les émissions nationales de gaz à effet de serre entre 2010 et 2030. L’AIE appelle spécifiquement à contrôler l’efficacité des mesures dans ce secteur et à les renforcer au besoin.

L’AIE souligne l’importance de la taxe carbone mis en place dans le pays en 1991, « largement acceptée » par la population, qui a été progressivement augmentée pour favoriser une transition énergétique dans les différents secteurs : le montant de la taxe a quasiment quintuplé depuis son introduction, atteignant 1,15 couronne suédoise par kg en 2018, soit « de l’ordre de 140 $/tonne », ce qui en fait le plus haut niveau de taxation carbone au monde.

La politique d’efficacité énergétique et de décarbonation menée par la Suède a ainsi été « très efficace » : la consommation d’énergie du pays a atteint un pic à la fin du XXe siècle et reste depuis relativement stable alors que le PIB national a augmenté de 16% entre 2007 et 2017 (la demande d’électricité est en légère hausse). Selon l’AIE, la Suède est « sur la bonne voie » pour atteindre ses objectifs de baisse de son intensité énergétique (consommation d’énergie par point de PIB) aux horizons 2020 (- 20% par rapport à 2008) et 2030 (- 50% par rapport à 2005).

Parmi ses recommandations, l’AIE appelle entre autres la Suède à partager sa vision énergétique à l’horizon 2045 avec le monde académique, l’industrie et la société civile pour préciser son plan d’action. L’Agence note également la nécessité d’analyser l’impact à long terme d’un mix électrique 100% renouvelables en 2040 (un « objectif » fixé par la Suède qui ne constitue pas nécessairement une « date limite » pour les réacteurs nucléaires selon l’AIE...), notamment en matière de résilience du système électrique et de coûts.

Centrale nucléaire de Fosmark
Centrale nucléaire de Fosmark en hiver. (©Vattenfall-Hannah Nyberg)

Sources / Notes
  1. Sweden 2019 Review, AIE, avril 2019.
  2. L’AIE n’inclue pas les importations d’uranium pour le combustible nucléaire.
  3. Le gazole compte pour la moitié de la consommation d’énergie du transport routier, devant l’essence (31%) selon les dernières données de l’AIE.
  4. La Suède a également mis en place en 2003 un système de « certificats verts » ayant permis de développer les énergies renouvelables à un prix « remarquablement modéré » selon Michel Cruciani (dans une étude de l’Ifri de 2016). Ce système consiste à octroyer aux producteurs d’électricité d’origine renouvelable des certificats pour chaque MWh vendu sur des plateformes dédiées. Dans le même temps, les fournisseurs d’électricité doivent remettre chaque année un nombre de certificats proportionnel à leurs ventes (7,5% de leurs ventes en 2003, 18% en 2010, probablement 20% en 2020).
  5. Données sur le parc nucléaire de la Suède.