Les besoins d’investissements pour une système énergétique « bas-carbone »

  • Source : AIE

En 2016, les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie ont stagné pour la troisième année consécutive selon l’agence internationale de l’énergie (AIE), notamment en raison du développement des filières renouvelables productrices d’électricité ainsi que du gaz naturel au détriment du charbon, des progrès en matière d’efficacité énergétique ou encore de changements économiques structurels. L’AIE indique toutefois que ces émissions devraient baisser de 70% d’ici à 2050 pour espérer limiter à moins de 2°C le réchauffement climatique d’ici à 2100 par rapport aux températures préindustrielles.

Dans cette étude en anglais réalisée à la demande du gouvernement allemand(1), l’AIE et l’Irena (Agence internationale pour les énergies renouvelables) exposent chacune les trajectoires énergétiques mondiales d'ici à 2050 qu’elles jugent nécessaires afin d’atteindre (avec une « probabilité de 66% ») l’objectif des « 2°C » fixé lors de la COP21(2). Elles indiquent également les investissements associés à leurs scénarios.

Les deux agences présentent des trajectoires légèrement différentes mais s’accordent sur un « budget carbone »(3) dont dispose le secteur énergétique mondial pour atteindre la cible des « 2°C » : 790 milliards de tonnes de CO2 entre 2015 et 2100(4). Selon ce rapport, les « contributions nationales » présentées par les différents pays lors de la COP21 seraient, si elles sont respectées, susceptibles de porter les émissions du secteur énergétique à 1 260 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050, soit 60% de plus que le « budget » énoncé d'ici à 2100.

Dans le scénario envisagé par l’AIE, les énergies fossiles seraient « toujours nécessaires en 2050 », en particulier le gaz naturel, mais elles ne devraient alors compter que pour 40% de la consommation mondiale d’énergie, soit environ la moitié de leur niveau actuel dans ce mix. Les énergies solaire et éolienne combinées pourraient devenir la première source d’électricité à l’horizon 2030. Des mesures d’efficacité énergétique « offensives » devraient être mises en œuvre afin de réduire l’intensité énergétique de l’économie mondiale de 2,5% par an en moyenne entre 2014 et 2050 (soit une baisse trois fois et demie plus forte que celle des 15 dernières années).

Au total, l’AIE chiffre à 3 500 milliards de dollars par an en moyenne les investissements mondiaux liées à l’énergie nécessaires entre 2016 et 2050 pour mettre en œuvre son scénario « 2°C », ce qui revient à les doubler par rapport à leur niveau actuel. En matière de production, l’AIE estime que les investissements pourraient rester proches de leur niveau actuel sous réserve d’une « réorientation fondamentale » de ceux-ci vers les énergies renouvelables (au détriment des énergies fossiles). Du côté de la demande, l’AIE envisage une multiplication par 10 des investissements dans l’efficacité énergétique et les technologies bas-carbone d’ici à 2050, ces investissements s’approchant des 3 000 milliards de dollars par an durant la décennie 2040.

L’Irena plaide pour sa part pour une contribution plus forte encore des énergies renouvelables (avec un objectif de 65% de renouvelables dans la consommation d’énergie finale en 2050 contre 16% en 2015) et une réduction des deux tiers de la consommation d’énergie fossile d’ici à 2050. Il en résulterait pour le secteur énergétique des investissements plus élevés, dépassant 4 000 milliards de dollars par an en moyenne d'ici à 2050, mais l’Irena estime que la réduction des impacts du changement climatique et sur la santé humaine (grâce à la trajectoire des « 2°C ») pourrait permettre d’ « économiser entre deux et six fois plus que les coûts de la décarbonation ».

Lire l'étude  :
Système énergétique « bas-carbone » : les besoins d’investissements
Sources / Notes
  1. L’Allemagne assure actuellement la présidence du G20. Cette étude a été présentée à l’occasion de l’ « Energy Transition Dialogue » à Berlin en mars 2017.
  2. L’accord de Paris fixe pour objectif de stabiliser le réchauffement climatique dû aux activités humaines « nettement en dessous » de 2°C d’ici à 2100 (par rapport aux températures de l’ère préindustrielle) en renforçant les efforts pour atteindre la cible de 1,5°C.
  3. L’AIE et l’Irena utilise des données du GIEC pour prendre en compte les émissions des autres gaz à effet de serre qui ne sont pas abordées ici.
  4. Le budget carbone total (comprenant les usages non-énergétiques) est évalué par l'AIE et l'Irena à 880 milliards de tonnes de CO2 entre 2015 et 2100.