En librairie : « Vivre sans CO2 », d'Édouard Roblot

  • Source : Jean-Louis Caffier

La critique de Jean-Louis Caffier

« Vivre sans CO2 » est assurément un excellent remède pour tous ceux qui souffrent de dépression énergétique et de fièvre climatique. Édouard Roblot a choisi de mettre en première ligne les atouts que détient notre pays sans toujours s’en souvenir. L’analyse froide de nos possibilités d’agir permet d’affirmer que « tout est encore possible pour stopper le réchauffement » (ou du moins le contenir) et que la France peut devenir le leader incontesté en Europe de la lutte pour le climat.

La mère des sept batailles décrites dans le livre pour sortir des fossiles est le passage au tout électrique. Il s’agit bien de tout remplacer, du chauffage aux fours industriels en passant par les véhicules de tout gabarit. Et il faut foncer : « l’heure n’est plus aux expérimentations ou à la subtilité mais à une forme de radicalité ». Pas besoin, donc, de chercher une hypothétique martingale de la production électrique décarbonée, les outils existent déjà entre le nucléaire et les renouvelables. 

En premier de la classe des renouvelables, on trouve l’hydraulique qui a le double avantage d’être pilotable et capable de stocker d’importantes quantités de courant. Édouard Roblot veut par ailleurs « cesser le développement de l’éolien terrestre car l’acceptabilité sociale et politique n’existe plus ». En revanche, et en plus du nucléaire en pleine relance, l’éolien en mer offre d’immenses possibilités. La production n’est pas un frein ! Il va falloir beaucoup d’électricité « mais dans des quantités qui se trouvent à notre portée ». Il est également possible d’envisager une production qui permettrait d’exporter en Europe encore plus d'électricité décarbonée (un record a été battu en 2025) qui sera une denrée de plus en plus recherchée. D’où l’idée d’une France « grenier à électricité de l’Europe ».

Plus globalement, nous avons les outils pour assurer la transition. Elle va cependant nécessiter de l’anticipation et de l’adaptation pour passer d’une énergie à une autre et éviter les impasses industrielles, économiques et sociales
L’heure n’est plus à la recherche d’excuses. Nous avons par exemple « toutes les technologies nécessaires pour convertir l’ensemble des transports d’ici 20 ans ». Bref, adoptons ce que soulignait Bertrand Piccard après son tour du monde en avion sans une goutte de pétrole : « quand on veut, on peut »...

Critique livre Vivre sans CO2

Trois questions à l'auteur Édouard Roblot (ingénieur, directeur de l’énergie solaire chez IDEX et expert en politique publique de l’énergie)

Comment expliquer l’absence de mobilisation générale sur le climat et la sortie du carbone avec en plus le retour d’un certain scepticisme ?

Il faudrait en France battre en brèche le mythe de l’indépendance énergétique alors que plus de 60 % de notre énergie est d’origine fossile. Je sens cette remontée du doute dans les médias notamment. Les gens savent très bien qu’il y a un problème mais comme ils ne perçoivent pas de solution, ils se réfugient dans le déni.

Les gens donnent souvent l’impression d’être paumés, impuissants. C’est un frein ?

Les gens sont pire que paumés. L’État a perdu les Français et les a braqués parce qu’on a fait des allers-retours dans tous les sens. Regardez le chauffage au fioul, subventionné jusqu’en 2017 et aujourd’hui interdit. Dans ce contexte, c’est hyper difficile pour les Français de faire des choix simples.

Qu’est ce qui fait que vous restez confiant ?

D’abord, les solutions sont enfin disponibles pour les industriels comme pour les particuliers. Ces nouvelles solutions sont à la fois rentables et écologiques !

Ensuite, la France a un vrai potentiel alors que l’Europe de l’énergie patine totalement. Nous avons les moyens de tout basculer vers l’électricité. Si on s’organise pour produire en quantité, on pourra exporter chez nos voisins et prendre le leadership de l’Europe, devenir l’Arabie saoudite du 21e siècle. On peut emmener les Français là-dessus ! 

« Vivre sans CO2 : En France on n’a pas de pétrole mais on a de l’électricité », d'Édouard Roblot (Édition Hermann, 200 pages, 17 €).

Lire un extrait de l'ouvrage :
Couverture livre vivre sans CO2

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