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Royaume-Uni : quelles grandes tendances énergétiques en 2015 ?

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Centrale électrique de Drax

Située dans le Yorkshire du Nord, la centrale à charbon de Drax compte pour près de 7% de la production électrique britannique. De la biomasse y est désormais brûlée en co-combustion avec le charbon pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre très élevées. (©Drax)

La production énergétique britannique a augmenté de 9% en 2015(1) selon les dernières statistiques publiées jeudi par le Department of Energy and Climate Change (DECC). Il s’agit de la première hausse de cette production depuis 1999. Présentation des derniers chiffres clés de l’énergie au Royaume-Uni.

Une production de pétrole et de gaz en hausse mais…

La production britannique d’énergie primaire a atteint 123,1 Mtep en 2015 selon les premières estimations officielles du Royaume-Uni (soit légèrement moins que la production française(2)). Elle a retrouvé un niveau proche de celui de 2012, essentiellement grâce aux hausses de la production de pétrole (+ 12,8% pour le pétrole brut et les liquides de gaz naturel) et de gaz naturel (+ 8,5%).

Cette forte croissance est liée à la mise en production de nouveaux champs et à de moins nombreuses interventions de maintenance. Toutefois, « l’industrie en mer du Nord souffre des prix bas du pétrole et s’attend à une nouvelle baisse de la production » malgré une forte réduction de ses coûts d’exploitation(3), tempère George Smeeton du think tank britannique Energy & Climate Intelligence Unit.

Le prix moyen du baril de Brent a pratiquement été divisé par deux en 2015, atteignant 52,5 $ en moyenne annuelle contre 99 $ en 2014. Selon l’association Oil & Gas UK qui représente le secteur au Royaume-Uni, les compagnies pétrolières et gazières ont, nonobstant la hausse de leur production, vu leurs recettes baisser de 30% en 2015.

La production britannique de charbon a pour sa part connu une très forte baisse en 2015 (- 27%) et atteint un niveau historiquement bas, en raison de la fermeture de mines et de la baisse de productivité de celles restant en activité (près de 4 000 personnes travaillaient encore dans l’extraction de charbon en 2014). Ce combustible n’est d'ailleurs plus la première source de production électrique du Royaume-Uni.

Électricité : une forte baisse de la production des centrales à charbon

En matière d’électricité, les données officielles communiquées la semaine dernière ne concernent encore que les principaux producteurs (MPPs pour « Major Power Producers ») qui comptent pour environ 85% de la production électrique britannique(4). De grandes tendances apparaissent toutefois sur cette base, en particulier la forte baisse de la production issue du charbon (- 23,7%).

Le charbon compte désormais pour 25,9% de la production d’électricité des MPPs contre 33,6% en 2014, en raison de la conversion d’une partie de la centrale à charbon de Drax en centrale à biomasse et de l’augmentation de la taxe carbone britannique(5). La part du gaz naturel dans ce mix est de 31,3%, soit très proche de celle de 2014 (30,9%).

La contribution du nucléaire a pour sa part significativement augmenté : elle atteint désormais 23% du mix (contre 20,5% en 2014). Rappelons que 2 réacteurs EPR sont également en projet au sein de la centrale d’Hinkley Point (EDF doit détenir 66,5% des parts de ce projet).

C’est la production à partir d’énergies renouvelables, aux premiers rangs desquelles l'énergie éolienne, qui a toutefois connu la plus forte croissance en 2015 : elle a augmenté de 21,6% et atteint 65,35 TWh sur l’ensemble de l’année en Grande-Bretagne (Irlande du Nord exclus) selon les dernières données du gestionnaire de réseau National Grid.

Une « intensité énergétique » toujours en baisse

La consommation d’énergie primaire du Royaume-Uni a légèrement augmenté de 0,2% en 2015 en raison des températures plus faibles de 0,6°C en moyenne par rapport à 2014. Corrigée de cet aléa climatique, l’administration britannique estime toutefois que la consommation nationale a connu une baisse similaire à celle des années précédentes.

Notons que les importations de produits pétroliers du Royaume-Uni ont augmenté de 30,8% en 2015. Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE, rappelle que la facture énergétique britannique équivaut à environ 1 point de son PIB (avec 54,3 milliards de livres Sterling d'importations et 35,9 milliards d'exportations en 2014).

Selon le Department of Energy and Climate Change, les émissions britanniques de gaz à effet de serre ont par ailleurs baissé de 7,7% en 2014 (les données de 2015 seront communiquées dans un an) par rapport à 2013(6)Depuis 2000, l’intensité énergétique du Royaume-Uni, c’est-à-dire sa consommation d’énergie par point de PIB, a baissé d'environ 3% par an. Le PIB britannique a augmenté de 2,2% en 2015(7) et devrait encore « se situer autour de 2% en 2016 » selon les premières estimations de Catherine Mathieu.

Évolution de la production et de la consommation d'énergie au Royaume-Uni (©Connaissance des Énergies)

Évolution de la production et de la consommation d'énergie au Royaume-Uni (©Connaissance des Énergies)

Sources / Notes
  1. En énergie primaire.
  2. La production française d'énergie primaire a atteint 139 Mtep en 2014 selon le « Bilan énergétique de la France pour 2014 » publié en juillet 2015. Selon les premières données portant sur 2015, cette production atteindrait 122 Mtep hors EnR thermiques et déchets, un niveau très proche de celui de 2014.
  3. Ceux-ci atteindraient en moyenne 20,95 $ par baril en 2015 contre 29,3 $ par baril en 2014.
  4. Les données actuelles n’incluent pas la production des auto-producteurs (et certaines données relatives à des sources d’énergie renouvelable).
  5. L’Energy Act, promulgué en décembre 2013, a posé le principe d’un prix plancher pour le CO2 en matière de production d’électricité avec une cible de 30 £/t (36€/t) en 2020 et de 70 £/t (84€/t) en 2030).
  6. En grande partie en raison de la baisse de la consommation de chauffage des ménages en 2014 et à celle de charbon pour la production d’électricité.
  7. Office for National Statistics 

 

UK Energy Statistics, Department of Energy & Climate Change